OM 2000/2001 : Le chemin de croix

09
juillet
2019

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Catégorie : Ligue 1

OM_George_Weah

Selon le philosophe et politicien Athénien Thucydide (460 – 397 av. JC) « L’histoire n’est qu’un éternel recommencement ». En se plongeant dans les archives de la riche histoire olympienne, d’inquiétantes similitudes apparaissent avec la période d’incertitude que traverse actuellement le club phocéen.

Après sa finale de C3 perdue face à Parme en 98/99, l’OM a vécu une très pénible saison 99/00 telle une lente agonie qui le verra flirter avec la relégation en seconde division. L’an 2000 est une année charnière dans l’histoire de Marseille et de l’OM. Cette année là, la cité phocéenne perd le romancier Jean-Claude Izzo en Janvier et l’enfant chéri du Vélodrome Patrice De Peretti dit Depé en Juillet. Une page de la cité aux 2600 ans d’histoire s’est alors tournée, pendant que l’OM errait dans les limbes du championnat deux ans seulement après une épique épopée européenne. Et si l’histoire se répétait ?

Comme l’équipe de Rolland Courbis en 98/99, l’OM de Rudi Garcia s’est illustré sur la scène européenne avant de connaître un parcours beaucoup plus pénible la saison suivante. Comme avec André Villas-Boas récemment, la direction phocéenne de l’époque amorce un plan de relance et en 2000/2001, un nouveau technicien prend place sur le banc de l’OM : Abel Braga. C’est un OM à l’accent brésilien qui se dessine avec les arrivées de Marcelinho et d’Adriano. Le rugueux international suédois Klas Ingesson vient lui renforcer l’entrejeu. L’entraîneur brésilien hérite d’un groupe composé des vestiges de l’ère Courbis. Gallas, Blondeau, Brando, et Florian Maurice sont toujours là. La saison va s’avérer instable et chaotique alors que moins de deux ans auparavant, ces garçons étaient amenés à disputer une finale de C3. En effet, c’est aussi difficile à croire qu’à écrire, mais moins de quinze mois après une année du centenaire haute en couleurs et pleine de promesses, l’OM s’apprête à vivre sa pire saison depuis quinze ans.

OM_2000_2001

« Je me suis toujours dit que, comme tous les héros, il ne vivrait pas jusqu’à 85 ans. Comme toutes les icônes, il était extrême. J’ai toujours senti que c’était une flamme qui pouvait s’éteindre facilement. » Gari Grèu à propos de Depé

Malgré la victoire inaugurale face à Troyes (3-1) le 28 Juillet 2000, jour de la mort de Depé – marqué par le vibrant hommage des joueurs torses nus devant le Virage Nord avant le coup d’envoi – le début de saison est très décevant. Abel Braga est un coach sympathique qui tente d’insuffler un réel projet de jeu mais il est loin de faire l’unanimité et ses joueurs manquent de réussite. Défaites à Saint-Etienne (3-0) et à Nantes (3-2), match nul à domicile face à Lens (0-0), malgré une victoire arrachée à Monaco le 5 Septembre 2000 (0-2) grâce à la fougue du vaillant Pancho Abardonado, l’OM piétine. Le 13 Octobre le réalisme parisien a raison d’un OM séduisant dans le jeu mais peu tranchant (2-0). A cette déconvenue au Parc s’ajoute deux courtes défaites au Vélodrome face à Lille (0-1) et Rennes (0-1). L’OM vacille, Braga est fragilisé. Il est remercié au lendemain d’une victoire 4-1 face à Metz où Djamel Belmadi et Jérôme Leroy – rares satisfactions de la saison avec le brésilien Marcelinho – s’illustrent. Le tandem Galtier-Emon assure un intérim à Bastia sans grande réussite (3-0).

OM_William_Gallas

Malgré Damien Gregorini qui succède à Trevisan dans les buts, « Papus » Camara, Bruno N’Gotty, Brahim Hemdani, Lucas Bernardi, Ibrahima Bakayoko et George Weah, l’OM de l’espagnol Javier Clemente ne se montrera guère plus efficace en seconde partie de saison. Mais c’était une époque où, contrairement à aujourd’hui, un OM moribond savait encore répondre présent lors des affiches. En témoigne les victoires face à Monaco (2-0) grâce à deux buts de « Mister George » Weah, et Paris (1-0, Bakayoko) le 17 février 2001. Le club de la capitale traverse lui aussi une saison très pénible si bien que France Football titre alors « OM/PSG : le sommet des paumés ». Après une nouvelle défaite à Rennes début avril, Tomislav Ivic est intronisé entraîneur par Bernard Tapie, à qui Robert Louis-Dreyfus a décidé de confier la gestion du secteur sportif. Le « Boss » est de retour dans son jardin et l’opération sauvetage prend forme grâce à deux victoires à domicile face à Sedan (2-1) et Bastia (2-1) et un match nul à Troyes (1-1). Saison sans Coupe d’Europe, marqué par des éliminations prématurées lors des Coupes nationales, cet OM 2000/2001 termine pour la deuxième année d’affilée à une piteuse quinzième place (premier non-relégable) et doit son salut à la « grinta » du minot Pancho Abardonado et la roublardise de Djamel Belmadi, auteur de 8 buts.

« Marseille, où moins on concède à la vie, plus on se coltine avec la mort » Jean-Claude Izzo

Malgré la quarantaine de transferts opérés par Bernard Tapie la saison suivante, l’OM ne se relèvera pas et connaîtra une nouvelle saison très moyenne. Le contexte actuel dans lequel baigne le club provençal comporte de troublantes similitudes avec ce passé peu glorieux. Le club au maillot blanc ne fait jamais les choses à moitié et son instabilité chronique l’a toujours fait passer des sommets européens à la déchéance en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire. Comme si à Marseille l’éphémère prenait tout son sens et rien ne pouvait durer, comme emporté par les flammes de la passion. Si l’OM, en tant qu’entité, semble immortel, ce club ressemble de moins en moins à ses fidèles, dans son américanisation et son caractère beaucoup moins fiévreux. C’est assurément une certaine idée de l’OM qui est en train de disparaître autant sportivement qu’ideologiquement, sous l’égide du président Jacques-Henri Eyraud, ses mercenaires et son marketing aux antipodes de l’esprit Depé. Le 4 août prochain, l’OM recevra le Napoli au Vélodrome dans un match de gala. Clin d’œil du destin, pour fêter les cent vingt ans du club, les olympiens pourraient arborer un maillot spécial orné de la croix phocéenne comme lors de la saison 2000/2001. Pour les plus nostalgiques, cela n’augure rien de bon.

Auteur : Yannis Eleftheria

Méditerranéen rebelle et romantique baptisé à la religion footballistique. Le foot pour sa dimension sociale, la plume comme arme.

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