Olympique de la Mémoire

03
mars
2019

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Catégorie : Ligue 1

Forza_Olympique_de_Marseille

C’est une nouvelle saison vierge de titres que bouclera en Mai prochain l’Olympique de Marseille. Plus de deux ans après le rachat du club par l’américain Franck McCourt, le constat est cruel pour les amoureux du maillot blanc. Sans la parenthèse victorieuse de l’ère Didier Deschamps, l’OM n’aurait rajouté aucune ligne à son palmarès depuis l’apothéose du 26 Mai 1993 à Munich. Le mince espoir de qualification européenne qui subsiste cette saison ne suffira pas à gommer tant d’années de disette et de désillusions. Et si l’OM était rentré dans le rang ? L’aura du club phocéen s’amenuise-t-elle au fil des saisons ? À Marseille, le redoux hivernal draine toujours son lot de mélancolie.

Comme le soleil éclatant qui irradie ces jours-ci la calanque du Lacydon – plus communément appelé le Vieux-Port – la récente série de victoires des joueurs de Rudi Garcia a quelque peu réchauffé l’atmosphère dans la cité aux 2600 ans d’histoire. En recevant consécutivement Saint-Etienne et Nice au Vélodrome, les olympiens peuvent s’offrir de manière quasi inespérée une fin de championnat intéressante et un sprint final haletant. Mais après avoir renoué avec son histoire le temps d’une épopée européenne la saison passée, cette saison moribonde va quoiqu’il arrive laisser des traces. Le fossé semble s’être creusé entre le club phocéen et les autres puissances hexagonales. Paris intouchable, Lyon bien mieux structuré, Monaco inconstant mais richissime, voire le LOSC dont le nouveau projet semble porter ses fruits. Une question est dans tous les esprits : L’OM est-il destiné à ne plus rien gagner ?

 

Le club marseillais reste le seul club français à avoir disputé cinq finales européennes, pour le bilan malheureusement famélique d’une seule victoire pour quatre échecs, et un seul but marqué. Comptoir méditerranéen fondé par les grecs il y a plus de 2600 ans, Marseille est une porte ouverte sur le monde et sur les autres. Il n’y a donc rien d’anodin à voir le maillot blanc performer régulièrement sur la scène continentale. Sur le plan hexagonal en revanche, si le club phocéen parvient si difficilement à se hisser sur le podium, la raison peut clairement s’identifier. Le club marseillais souffre d’instabilité chronique et d’un manque de continuité latent. À l’OM, les joueurs et dirigeants passent certes, mais chaque équipe dirigeante s’évertue à détruire ce que la précédente avait mise en place. Impossible dès lors de progresser structurellement à l’instar d’un club comme Lyon. C’est à la fois le charme et la grande faiblesse du club de la cité phocéenne, cette atmosphère volcanique et instable que nul ne semble pouvoir endiguer.

Dans les travées du Vélodrome, le temps a aussi fait son œuvre. Le bouillant public marseillais ne semble jamais avoir été autant désuni, voire hiérarchisé. Pire, il semble que le contre-pouvoir que représente le mouvement Ultras marseillais ait tendance à faiblir au fil du temps. Si l’OM peut et pourra toujours compter sur le soutien indéfectible de ses supporters dans tous les stades, l’esprit contestataire qui anime ses tribunes semble menacé d’extinction. Récemment, une réunion entre dirigeants, joueurs et supporters a sonné le glas de leur révolte et la tête de Rudi Garcia a tenu. Impensable il y a encore quelques années. Si le boss Bernard Tapie savait se servir des groupes de supporters afin de galvaniser son équipe et tirer la quintessence de ses hommes, la direction actuelle semble désireuse de rendre les supporters marseillais plus patients et moins exigeants.

 

Tribune_Stade_Velodrome

 

Fanatics, Dodgers, MTP, Winners et Ultras ont la lourde tâche de ne pas céder face à l’aseptisation qui les guette. Les membres de la Vieille Garde du Commando Ultras 84, en bas du virage Sud, sont les garants d’une ferveur authentique qui doit continuer d’animer le Vélodrome. Et on ne peut qu’être nostalgique devant les photos des travées écharpes tendues, caressées par le Mistral, où smartphones et petits influenceurs de l’internet n’avaient pas encore pris place. Aujourd’hui malheureusement, la ferveur s’affiche, s’achète et se vend. C’est l’histoire d’une américanisation, où tout se consomme, même la passion.

Dans un club de football la mémoire est importante. La passion ne peut se perpétuer qu’à travers la transmission d’un héritage, d’une histoire, d’une culture-club. À Marseille, on fait très souvent référence au passé. Car il fut glorieux, chaotique certes, mais inoubliable. Quand on voit récemment un joueur comme Florian Thauvin – prompt à mettre en avant les « sacrifices financiers » qu’il a consenti pour revenir à l’OM et son « amour du maillot » – resté maladroitement muet devant une photo de René Dufaure de Montmirail, fondateur du club, on peut s’interroger. Ces jeunes joueurs ont-ils pleinement conscience de ce que représente le maillot qu’ils portent sur les épaules ?

L’OM est-il devenu un club du passé ? Le club phocéen inspire-t-il encore la crainte et le respect ? Joueurs, dirigeants, supporters, lorsqu’on épouse la destinée de l’OM, cent vingt ans d’histoire nous contemplent. Cent-vingt ans de passion, jalonnés de succès. Marseille vous absorbe humainement, ma ville est une idylle. C’est comme votre premier amour que vous n’oublierez jamais. La relation orgasmique que procure cette ville et ce club est ancrée à jamais en chaque supporter. L’amour de l’OM est une étincelle de vie qui sommeille en chacun de nous. C’est pour cette raison que Marseille rend mélancolique, elle nous rattache à un passé idyllique qui n’existera peut-être plus jamais. « Ce sont souvent des amours secrètes, celles que l’on partage avec une ville » écrivait Jean-Claude Izzo.

Credit Photo : Vieille Garde CU84 / Tribune du Stade Velodrome lors de OM-OL (31.01.2007) par goldenbembel sous licence creative commons

Auteur : Yannis Eleftheria

Méditerranéen rebelle et romantique baptisé à la religion footballistique. Le foot pour sa dimension sociale, la plume comme arme.

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