Nice : la saison de tous les dangers

28
août
2017

Auteur :

Catégorie : Ligue 1

supporters-nice

Auteur d’un mois d’Août pour le moins compliqué (trois défaites en championnat dont un cinglant 3-0 à Amiens, une élimination sans saveur, bien que logique, contre Naples en barrages de la Ligue des Champions), les Niçois peinent à renouer avec le séduisant visage qu’ils nous ont montré depuis deux saisons. Plus que les résultats en eux-mêmes, c’est en effet le contenu des matchs qui inquiète, tout comme la gestion de cette intersaison par les dirigeants. Après deux années à avoir impressionné le monde du football hexagonal, cette  saison sera-t-elle celle qui verra les Aiglons rentrer dans le rang ?

2014-2017 : le fulgurant et inattendu envol des Aiglons

Pour essayer de comprendre la situation actuelle du Gym, il n’est pas inutile de se remémorer le contexte de leur récente progression fulgurante. Au lendemain d’une saison 2014/2015 tout à fait banale qui verra les azuréens finir à la 11ème place du championnat, sans particulièrement briller dans les coupes nationales, le club connaît une trêve estivale mouvementée avec notamment les départs de cadres et de jeunes à forts potentiels : Amavi, Bauthéac, Maupay, Eysseric… Néanmoins, et si c’est avant tout une analyse a posteriori qui permet de l’affirmer, le recrutement effectué en parallèle s’avère particulièrement intelligent, et les recrues s’avéreront être les pierres angulaires de la bonne saison niçoise : Jean-Mickael Séri, Paul Baysse, Ricardo Pereira, Valère Germain, et bien entendu Hatem Ben Arfa, auxquels on peut rajouter l’intégration au groupe pro de Vincent Koziello.

La belle quatrième place obtenue au terme de la 38ème journée, vient ponctuer une saison pleine, au cours de laquelle les Niçois ont révélé un nouveau visage, celui d’une équipe joueuse (58 buts, troisième meilleure attaque du championnat), sublimée par un Ben Arfa retrouvé. Cette réussite sportive couronne également la politique du club, entamée quelques années en arrière, qui porte une réelle volonté de s’appuyer sur la formation et de donner au club une identité de jeu nouvelle, basée sur la possession du ballon. Preuve de ce succès c’est un entraîneur, de talent mais pas nécessairement connu pour son amour du jeu léché, qui concrétisera en premier la nouvelle stratégie du club.

À l’été 2016, Nice connaît une nouvelle vague de départs massifs, notamment ceux de deux cadres de la saison précédente, Ben Arfa (fin de contrat) et Valère Germain (retour de prêt à Monaco), qui ne rapporteront aucun euro au président Rivère. Deux autres départs font craindre à certains une saison difficile aux Aiglons, celui de l’entraîneur Claude Puel, et celui de Nampalys Mendy (Leicester), véritable cheville ouvrière du milieu de terrain niçois. Mais une nouvelle fois, la direction du club gère magnifiquement cette transition, en plaçant un technicien reconnu (Lucien Favre) à la tête de l’équipe, en attirant Mario Balotelli, Dante et Younes Belhanda (prêt), et en dénichant des joueurs en devenir (Cyprien, Dalbert), qui là encore s’avéreront être d’excellentes trouvailles. La saison est encore plus belle que la précédente, malgré un parcours européen quelconque (élimination en poules d’Europa Ligue), et l’entraineur suisse mène ses hommes à une troisième place inespérée, malgré les graves blessures de deux cadres (Cyprien, Pléa), au cours de la saison.

Un inquiétant rendez-vous manqué en Ligue des Champions

Cet OGC Nice, c’est donc l’histoire d’un succès pas vraiment programmé, du moins pas dans les proportions atteintes, mais totalement mérité. Si certains clubs ont pu par le passé réaliser des exploits sur une saison (Auxerre, Montpellier en France, ou Leicester en Angleterre), aucune de ces équipes n’a su confirmer deux saisons de suite, comme l’ont fait les niçois. Le projet semblait d’autant plus cohérent, que l’arrivée des investisseurs pouvait laisser penser qu’elle permettrait au club d’investir pour se maintenir à ce niveau. Car une nouvelle fois, le Gym a subi des départs de poids cet été : retours de prêt de Ricardo Pereira à Porto et de Belhanda à Kiev (avant de signer à Galatasaray), vente de Dalbert à l’Inter de Milan. Un énième virage à bien négocier.

.

lucien-favre-nice

.

Et pourtant… À l’heure où nous écrivons ces lignes, la fenêtre des transferts ne se ferme que dans 4 jours, ce qui laisse la possibilité au club de se renforcer, comme il l’avait fait l’année dernière en fin de mercato : Balotelli, Dante et Belhanda avaient en effet rejoint la côte d’azur en fin de mercato. On peut imaginer que cela fait partie de la stratégie du club, étant donné que les prix baissent et que les joueurs en partance peuvent revoir leurs exigences à la baisse en voyant la date limite approchée. Or, si l’année dernière le club n’avait pas d’échéance particulière au mois d’Août, il devait disputer cette saison les barrages de la Ligue des Champions, pour la première fois de son histoire, dès début Août. Certes, les Aiglons ont d’abord disposé de l’Ajax, mais la double prestation contre Naples fût révélatrice de ce manque de préparation de l’effectif en amont, pour cette échéance pourtant cruciale : Saint-Maximin arrivé juste avant le premier match, Sarr totalement dépassé à un inhabituel poste de latéral gauche, Sneijder très emprunté, titularisation de l’inexpérimenté Adrien Tameze… La différence a été saisissante, face à des Napolitains extrêmement séduisants, et dont l’effectif n’a quasiment pas bougé cet été, et qui pourtant ont repris la compétition plus tard. L’image laissée par les hommes de Lucien Favre à l’issue de cette double confrontation est bien terne, alors qu’il s’agissait du plus grand rendez-vous de l’histoire du club.

Les limites d’une politique sportive contrainte

Nice paye aussi des stratégies payantes à court terme, mais qui ne permettent pas de construire le club dans des échéances plus éloignées : Belhanda, Germain, Ricardo Pereira, cadres du club, étaient tous prêtés, et on peut rajouter Ben Arfa, dont le deal (un contrat d’un an) était la condition sine qua non pour que le club puisse le signer. Les départs de joueurs prêtés, surtout lorsqu’ils occupaient un rôle de titulaire, fragilise inévitablement le club. Il devient alors difficile de pouvoir se relever tous les étés du départ de plusieurs cadres…

Le choix de relancer Balotelli et Sneijder est lui aussi à double tranchant. Si le premier a fait une bonne saison l’année dernière (15 buts en 23 matchs de L1), 80% de ces buts ont été inscrits à domicile. L’italien est à double tranchant : redoutable pour sublimer une équipe qui joue bien au ballon, et transparent lorsque celle-ci est en difficulté, là où un Ben Arfa était par exemple capable d’un exploit à tout moment. La prestation de l’ancien interiste contre Naples en est un bon exemple, alors que ses coéquipiers avaient justement besoin d’un véritable leader sur le terrain, rôle qu’il aurait pu enfilé au vu de son passé et de son expérience. Lucien Favre lui a d’ailleurs vivement reproché son manque d’implication à l’issue de la rencontre. Sneijder est également, peut être à un degré moindre, ce genre de joueur, qui ne brille jamais autant que lorsqu’il peut se concentrer sur ses taches offensives. Mais voilà, que ce soit contre Naples où lors de la triste défaite à Amiens (3-0), le formidable état d’esprit niçois que l’on avait appris à aimer les années précédentes, avait totalement disparu, ne faisant qu’isoler un peu plus les deux stars.

Mais Nice a également joué de malchance l’année dernière, freinant son développement. Comme tous les clubs qui n’appartiennent pas à un mécène, une des seules possibilités de faire progresser le club sportivement et financièrement, est de recruter des jeunes à fort potentiel, de participer à leur éclosion, avant de les revendre à prix fort ensuite. A ce jour, seuls deux joueurs ont suivi ce schéma : Nempalys Mendy recruté en fin de contrat à Monaco puis vendu 15 millions d’euros à Leicester, et Dalbert acheté 2 millions d’euros à Guimaraes avant d’être revendu 10 fois plus cher à l’Inter un an plus tard. Jean-Victor Makengo recruté cet été, pourrait à l’avenir connaître le même destin. Pourrait, car cette stratégie ne fonctionne que si le joueur connaît une progression linéaire, sans blessure…

Or, Alassane Pléa et Wylan Cyprien, les deux hommes incontournables de la première partie de saison niçoise l’année dernière, se sont gravement blessés l’hiver dernier. Outre le lourd préjudice sportif que le club continue de payer aujourd’hui, ces imprévus ont entériné la possibilité de vendre ces deux joueurs cet été (très certainement pour des montants très élevés), et ainsi poursuivre la logique de développement du club, en réinvestissant cette manne financière sur d’autres jeunes joueurs prometteurs. Au lieu de ça, le premier cité peine à revenir en ce début de saison, tandis que l’ancien lensois ne devrait retrouver les terrains qu’à la fin de l’hiver 2018… N’oublions également pas, dans un autre registre, l’épisode Séri dont le transfert au Barça semblait bouclé (40 millions d’euros), mais qui a été annulé au dernier moment, vraisemblablement par le club catalan (le président Rivère a précisé qu’il s’exprimerait à ce sujet une fois le mercato terminé). Une nouvelle possibilité de disposer d’une belle enveloppe des transferts qui s’évapore.

// //

Une concurrence plus que jamais à l’affût

La saison ne fait que commencer, la période des transferts n’est pas terminée, et bien que partis sur un rythme de relégable, les niçois devrait passer la majeure la partie de la saison dans la première partie de tableau. Lucien Favre reste en effet un très grand entraineur d’expérience, et l’effectif dont il dispose, comporte des joueurs de qualité (Jallet, Less-Melou, Dante, Pléa, Saint-Maximin…). Il semble pourtant difficile d’imaginer que les Aiglons aillent se mêler à la course au titre, comme ils ont pu le faire l’année dernière (sauf arrivées de poids d’ici le 31 août). La lutte pour les places européennes sera en revanche très certainement acharnée avec l’OL (qui a connu un été mouvementé, mais qui a investi dans ses recrues), et même avec Saint-Etienne (arrivée de Garcia, nouvelle philosophie de jeu et absence de coupe d’Europe) ou des bordelais auteurs d’une excellente deuxième partie de saison l’année dernière, portés par un Malcom plein de promesses, et très actifs sur le marché des transferts (Cafu, De Jong…). Cette saison est peut être la plus importante pour les niçois : confirmer pour continuer de progresser et se démarquer de leurs concurrents.

Auteur : Raphaël Grandseigne

Enfant du Chaudron, c'est avant tout la ferveur du peuple vert qui m'a rendu fou de foot. Pour un football populaire et le respect des libertés des Ultras. (A gagné le 100ème derby).

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le !

Les derniers articles de la catégorie Ligue 1

Plus dans Ligue 1
Une saison de l'Olympique de Marseille résumée en une semaine et quatre articles c'est Au Premier Poteau. Quatrième partie, jusqu'à mai
L’OM, jamais rené de ses cendres

Il y a un peu plus de vingt ans, l’Olympique de Marseille faisait son retour en Division 1, l’ancêtre de...

2143692-44831250-2560-1440
RC Strasbourg, le retour de l’enfer

19 Mai 2017. Il est environ 21h50 et le sol bouge du côté de l'est de la France. Il souffle au...

nabil-fekir
Nabil Fékir : faut-il croire à sa renaissance ?

Auteur d’un but splendide ce week-end contre Bordeaux (3-3) lors de la troisième journée de Ligue 1, l’attaquant de 24...

Fermer