Ni hooligans ni terroristes

09
février
2018

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Catégorie : Dossiers supporters / Editos

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Le week-end dernier et la dernière journée de Ligue 1 ont certes été marqués par le festival offensif de l’OM ou la victoire de Monaco à dix contre onze face à Lyon mais le week-end dernier a surtout été l’occasion d’un nouveau franchissement dans la violence, symbolique et physique, à l’égard du mouvement ultra. Je pourrais convoquer  « les heures  les plus sombres de notre Histoire », cette antienne que l’on nous sert matin, midi et soir. Je pourrais faire la démonstration déjà faite des centaines de fois aboutissant à la conclusion que les libertés fondamentales des Ultras sont bafouées tous les week-ends. Je pourrais, comme souvent, être lyrique et convoquer tel ou tel auteur, tel ou tel philosophe, tel ou tel figure intellectuelle pour appuyer mon propos. Je pourrais faire tout cela mais je ne le ferai pas. Je ne le ferai pas parce que la situation est extrêmement grave et qu’elle n’appelle ni forfanteries ni bons mots. Plutôt que se perdre dans les cieux littéraires ou philosophiques, je préfère rester ancré dans la froide réalité, la sale réalité, l’odieuse réalité qui nous frappe, nous Ultras.

Ce qui s’est mis en place en réalité ce week-end, de Strasbourg à Marseille en passant par Paris, n’est ni plus ni moins que l’enclenchement de la lutte finale contre une certaine vision du football en France, ce football populaire que nous chérissons tant. A Strasbourg, des membres des Ultramarines ont bravé l’interdiction de déplacement avec l’aide des Ultras strasbourgeois. Alors qu’ils ne faisaient que soutenir leur équipe de manière pacifique, ils ont été expulsés manu militari du stade, menottés et emmenés en garde à vus comme des voyous. Quel était leur crime sinon celui d’avoir souhaité vivre leur passion ? Un jour plus tôt et près de 800 kilomètres plus haut sud, les parties basses des Virages ainsi que la zone dévolue aux Fanatics étaient désespérément vides au Velodrome. La notification de la décision de fermer ces parties en raison de l’usage d’engins pyrotechniques (fumigènes principalement) avait eu lieu moins de 24h avant le match. Cette méthode de fonctionnement illustre à merveille à quel point les Ultras sont traités avec mépris par les instances. Aucun égard pour ceux qui, venant de loin, s’étaient organisés (prise de congés, réservation d’hôtel, etc.), voilà quelle est la manière de fonctionner de la Ligue de Football Professionnel ajoutant l’humiliation à la fermeté absolue. Ces assassins du football populaire n’ont aucune espèce de scrupule et cela va des décisionnaires aux petites mains qui leur permettent d’agir. Assassins, le mot peut paraitre fort mais il est ici pesé. Voyez-vous vendredi dernier je ne pouvais pas me rendre au stade et c’est un jeune enfant qui allait profiter de ma carte d’abonné et me remplacer dans le bas du Virage Sud. Du fait des horaires des matchs et de la politique absurde de ventes en virage de la part de l’OM, cela constituait l’une de ses uniques occasions de suivre un match de son équipe de cœur depuis une tribune populaire. Eh bien chères personnes de la commission de discipline de la LFP, c’est ce genre de bonheurs que vous assassinez en assassinant le football populaire. Parce que pour nous, le foot n’est pas un marché fait d’offre et de demande, le seul cours qui nous intéresse est celui des émotions, la seule monnaie que nous connaissons est celle de la passion.

Ce week-end donc, les décors se sont définitivement écroulés comme dirait Camus, les masques – s’ils existaient encore – se sont fracassés, les oripeaux derrière lesquels se cachaient instances disciplinaires et étatiques sont tombés. Leur haine du football populaire est nue, elle est jetée là en pleine lumière, sans aucun fard. Ce week-end a également marqué l’aboutissement d’une logique délétère qui est menée par les instances depuis des années et qui s’est encore renforcée cette saison. La logique du tout répressif, si chère à la LFP et aux préfets craque et prend l’eau de toutes parts. Cette politique du tout répressif est un échec sur toute la ligne. On avait pu déjà avoir des prémisses de cette bérézina lors de l’Euro 2016 lorsque quelques hooligans russes et anglais avaient mis Marseille à sac et que le Velodrome avait été le théâtre d’un mouvement de foule qui aurait pu être dramatique.

Cette saison, les groupes Ultras démontrent week-end après week-end l’ineptie de la position des pouvoirs publics et de la Ligue. Leur refus du dialogue, leurs mesures liberticides, leur fermeté folle, ne fait que pourrir la situation. A un peu plus de la mi-saison, plus de fumigènes ont déjà été craqués que sur l’ensemble de la saison passée. Le sentiment de ras-le-bol est grandissant parmi les Ultras et le mépris avec lequel on nous traite ne fait qu’aggraver une situation déjà compliquée. Les mesures mises en place par la LFP sont bien plus créatrices de problèmes qu’autre chose. Celle-ci incite en effet les clubs à poursuivre leurs propres supporters pour éviter toute sanction pécuniaire. Cette dynamique morbide aboutit à des situations ubuesques voire kafkaïenne comme récemment à Brest lorsque deux ultras ont finalement été relaxés après avoir été poursuivi par leur club. De la même manière, loin de dissuader les groupes Ultras d’utiliser des fumigènes, les mesures prises par la Ligue concourent à augmenter les risques puisqu’il s’agit désormais d’allumer une torche et de la déposer rapidement voire de la jeter pour ne pas se faire prendre . L’hypocrisie de la LFP est doublée d’un cynisme absolu lorsque celle-ci utilise nos animations pour vendre la Ligue 1 à l’étranger à travers de clips promotionnels reprenant allégrement des images de tribunes.

Plutôt que le dialogue, les instances ont donc définitivement opté pour la fermeté la plus absolue. Ce week-end fera date, non pas parce qu’il s’agissait des premières sanctions mais parce que ces sanctions se sont accompagnées de violences très grandes à la fois symbolique (dans le cas de Marseille) et physique (dans le cas de Strasbourg). Il est d’ailleurs assez significatif que cette lutte finale contre le foot populaire ait été lancée à Marseille et Strasbourg, deux des villes où la ferveur est la plus grande. Cette fermeté et cette violence sourde qui s’abat sur nous n’est ni surprenante ni susceptible de s’arrêter. Personne sinon nous-mêmes ne nous défend, pas mêmes nos propres clubs. Dans son communiqué froid comme une lame de guillotine, l’OM n’a pas eu un mot de compassion pour les supporters privés de matchs moins de 24h avant la tenue de celui-ci.

Toutefois, c’est parfois des ténèbres les plus sombres que jaillissent les lumières les plus puissantes. Dans ce week-end très noir, nous avons également assisté à une première convergence des luttes Ultras. Plus qu’une convergence, ce à quoi nous avons assisté ce week-end est sans doute une rupture dans la lutte que nous menons contre les fossoyeurs du football populaire. Des Fanatics au Velodrome qui ont investi la tribune Ganay et affirmé « Nous n’abdiquerons jamais » aux Ultramarines qui ont bravé l’interdiction de déplacement, c’est au lever de tête des Ultras que nous avons assisté ce week-end. Assez d’attendre d’hypothétiques discussions de la part d’acteurs qui veulent nous voir disparaitre. Si l’oppresseur choisit bel et bien les armes de l’opprimé, c’est vous chers préfets et membres de la LFP qui nous poussez à agir de la sorte. Ce qui va se jouer dans les prochains mois ou années pour les Ultras n’est, à mon sens, ni plus ni moins qu’une lutte pour la survie, pour montrer qu’un autre horizon est possible. Aussi est-il selon moi fondamental que nous nous unissions vraiment et que les prémisses de rapprochement induit par les évènements du week-end dernier ne soit qu’un début. « L’homme est périssable. Il se peut; mais périssons en résistant, et si le néant nous est réservé, ne faisons pas que ce soit une justice ! » écrivait Etienne de Senancour. Faisons nôtre cette devise et luttons jusqu’au bout de l’enfer si cela est nécessaire. Ils disent de nous que nous sommes fous. C’est vrai, nous sommes complètement fous. Et nous ne voulons plus baisser la tête.

Liberté pour les Ultras !

 

 

Auteur : Marwen Belkaïd

Qui a dit que le foot et la culture étaient antinomiques ? Mon (humble) ambition est de réunir Camus, Jaurès et Shankly et de montrer que non le foot n'est pas un monde de débiles et de brutes

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