Neymar, symbole du foot devenu marketing

28
février
2018

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Catégorie : Ligue 1

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Dimanche soir au Parc des Princes le PSG s’est imposé 3-0 face à l’OM dans le « Classique » du championnat de France. Dimanche soir au Parc des Princes, les Marseillais semblaient accuser le coup physiquement et tirer la langue. Dimanche soir au Parc des Princes, les Parisiens l’ont largement emporté sans pour autant impressionner qui que ce soit en jouant en contre face à une équipe inférieure à eux. Dimanche soir au Parc des Princes, le CUP a fait honneur à cette rencontre au sommet en déployant un magnifique tifo figurant San Goku avec un blason du PSG. Mais dimanche soir, au Parc des Princes et dans toute la France du foot ou presque, tout le monde n’avait d’yeux que pour une seule et même info : la blessure du joyau de la couronne, l’inquiétude autour du trésor national, bref les grimaces de Neymar sorti sur blessure.

Coup de chance pour l’OM (du fait que sa défaite soit passée inaperçue ou presque) ou moyen d’évacuer la pression pour le PSG avant sa confrontation retour avec le Real Madrid selon le point de vue que l’on adopte – il en existe bien évidemment beaucoup d’autres – la blessure de Neymar (une entorse ainsi qu’une fissure osseuse aux dernières nouvelles) a largement occupé les discussions d’après-match et du début de semaine. Plus que ça, cette blessure et les réactions qui l’ont entourée ont crée la polémique notamment sur les réseaux sociaux, les uns trouvant scandaleux de se réjouir de la blessure d’un tel « artiste », les autres pouffant de rire ou de dépit devant le caractère ingénu que se découvraient soudain les supporters parisiens. Tout le cirque auquel nous avons droit depuis sa blessure, et plus largement le personnage même de Neymar depuis son arrivée en L1, est à mon sens révélateur d’une tendance mortifère qui frappe le foot : celle qui le transforme progressivement en vulgaire objet de marketing.

 

La vassalisation exigée

 

Tout au fil du match, Stephane Guy a été proprement insupportable à propos du PSG en général et de Neymar en particulier. Si le commentateur de Canal + est loin de suffire à dérouler un argumentaire, il me semble que l’attitude qu’il adopte régulièrement est symbolique du barnum qui a entouré l’arrivée de Neymar en France et qui se poursuit encore allègrement aujourd’hui. Le Brésilien, avant d’être un fabuleux joueur ce dont tout le monde convient, est avant tout présenté comme un outil marketing pour notre championnat. Combien de fois a-t-on entendu les représentants du football français nous expliquer que son arrivée allait permettre de rendre la L1 plus attractive et de vendre ses droits télévisuels à des tarifs plus élevés ?

Considéré comme le joyau du championnat, Neymar jouit donc d’une position rarement vue dans l’histoire du football, à la fois plus grand que l’institution du PSG mais également plus grand que le championnat dans lequel il évolue. Nous avions déjà touché aux prémisses de cette logique avec Ibra lorsque la LFP avait accepté qu’un match soit arrêté quelques minutes pour lui rendre hommage mais il me semble qu’avec Neymar nous atteignons désormais le climax de ladite logique. Nous assistons donc à une forme d’injonction à la vassalisation pour les autres équipes de L1, non seulement une vassalisation à l’égard du PSG mais évidemment à l’égard de Neymar. C’est ainsi que nombre d’observateurs et de supporters du PSG s’offusquent aussitôt que la France du foot se réjouit que Strasbourg fasse tomber l’ogre parisien, semblant mal supporter le statut de géant. Plus grotesques sont les appels à ne pas blesser Neymar voire même à le laisser faire ses grigris sans réagir. Le jeu de Neymar est fait de chambrage et cela fait totalement partie du foot, il est donc ridicule de lui reprocher cela. Il est en revanche tout aussi sinon plus ridicule encore de reprocher à ses adversaires de lui mettre des coups. Dans les deux cas c’est le jeu, le football est ainsi fait et à moins de vouloir le transformer en sport sans contact, souffrez bien que cela continue.

 

Viser le système plutôt que le joueur

 

Dire que Neymar est un symbole de ce foot devenu marketing n’est pas anodin. Qu’est-ce, en effet, qu’un symbole sinon un élément qui renvoie à autre chose qu’à lui-même ? En ce sens dire de la star brésilienne qu’elle est un symbole revient également à dire qu’elle n’est qu’un symptôme du mal qui ronge notre football. Si l’on voulait être provocant on pourrait aller jusqu’à dire que Neymar est lui aussi une victime de ce système qui l’a façonné tout autant sinon plus que ce que lui-même lui apporte. Depuis dimanche soir, l’une des raisons de la polémique est constitué par le fait que nombre de réactions enjouées voire franchement satisfaites ont vu le jour sur les réseaux sociaux à la suite de la blessure de Neymar. Remettons les choses dans leur contexte, le Brésilien s’est tordu la cheville et s’est fait une entorse ce qui, tout le monde en conviendra, n’est pas bien grave. Nulle rupture des ligaments croisés ou fracture tibia-péroné dans le cas du joueur parisien. Transformer en affaire d’Etat comme si l’on parlait du gazage d’enfants le fait que certains se soient réjouis est hautement ridicule à mes yeux. Les rivalités footballistiques sont également faites de ce genre de provocations et c’est ce qui fait le sel de ce sport que nous aimons tant. On peut trouver cela déplacé et inélégant voire même pas très intelligent mais s’en offusquer me parait bien ridicule – et n’est pas sans rappeler les réactions après la célébration de Fekir dans le Chaudron.

Parmi ceux qui vouent aux gémonies les réactions enjouées combien se réjouissaient des blessures de Marcelo, Kroos ou Modric dans l’optique du match retour contre le Real ? De la même manière, parmi ceux qui jouent les vierges effarouchées, combien se plaignent dans le même temps de l’aseptisation du football ? Ces personnes semblent être pareilles au Jourdain du Bourgeois gentilhomme, lui faisait de la prose sans s’en rendre compte, eux aseptisent le foot tout en se plaignant de le voir aseptisé dans une réminiscence de la double-pensée orwellienne. Plus drôle encore, Canal + a fait la promotion de ce match en mettant en scène des poupées vaudou et cela n’a, me semble-t-il, choqué personne. Où était donc les belles âmes à ce moment-là ? Leur tartufferie n’a d’égal que leur côté grotesque. Au-delà de cette simple question, le foot devenu marketing est en train de tuer la ferveur à petit feu et cela s’est largement ressenti dans l’avant-match. A en croire les réseaux sociaux et les réactions ci et là, ce match n’électrise plus personne parce qu’il ne s’agit quasiment plus de foot. Les journalistes ont bien tenté d’allumer des mèches en sortant des phrases de leur contexte ou en montant en épingle des déclarations ne disant rien à tel point que Rudi Garcia dans sa conférence de presse d’avant-match s’est amusé de cette volonté des journalistes à trouver la phrase choc. Non un PSG-OM n’est pas un match comme un autre mais non ce match n’est plus aussi attendu que par le passé. Ce à quoi nous avons assisté est peut-être à la révélation grandeur nature de la tendance mortifère que représente cette substitution du foot par le marketing, cette même logique qui fait que la LFP met des amendes aux clubs ne remplissant pas la tribune face caméra mais ferme les tribunes populaires de manière aveugle et impitoyable. Les téléspectateurs du monde entier contre les supporters dans les stades, les paillettes contre la beauté sale du foot en bref le marketing contre la ferveur, voilà le choix qu’ont fait les décideurs du football français. A nous de lutter contre cette logique morbide comme l’a fait le CUP avec son tifo et ses fumigènes. Les forces contre nous sont colossales et impitoyables mais nous devons garder la foi. Si nous luttons nous pouvons perdre, si nous ne luttons pas nous sommes perdus. Luttons la tête haute et en restant debout, dans nos tribunes et ailleurs.

Auteur : Marwen Belkaïd

Qui a dit que le foot et la culture étaient antinomiques ? Mon (humble) ambition est de réunir Camus, Jaurès et Shankly et de montrer que non le foot n'est pas un monde de débiles et de brutes

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