Naples / Juve : L’éruption du San Paolo

30
novembre
2017

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Catégorie : Europe

sanpaolo

Entré en éruption pour la dernière fois en 1944, le Vésuve est le plus observé et le plus dangereux des volcans du monde. Mais depuis quelques années, à Naples, ce n’est pas le seul cratère scruté et redouté. Ce vendredi, un Stade San Paolo plein à craquer s’apprête à rugir pour le choc tant attendu de Serie A face au club honni de la Juventus. Dans ce Calcio très rythmé où les équipes de tête engrangent une moyenne de points bien supérieure aux précédentes saisons, le Napoli de Marek Hamsik doit affirmer ses ambitions face au sextuple champion d’Italie. De son côté, en net regain de confiance après un début de saison poussif sur le plan du jeu, c’est une Vecchia Signora ragaillardie qui se dresse sur la route des partenopei. Dans un San Paolo en ébullition, la terre s’apprête à trembler.

Il ruggito del San Paolo e la terra va’ tremare

Alors qu’ils n’étaient qu’une dizaine de milliers la semaine passée pour le match décisif de Ligue des Champions face au Shakhtar Donetsk remporté 3-0, demain les tifosi napolitains vont copieusement garnir le vétuste stade San Paolo. Cette confrontation face à la Juve revêt toujours un caractère très particulier pour le peuple napolitain. C’est un match à part. Un défi. L’occasion de répondre au mépris des villes du Nord pour le Sud de la botte. Les coéquipiers de Marek Hamsik le savent, la route du Scudetto passe par un résultat face à la Vieille Dame. Cela constituerait à ce stade de la saison, à défaut d’un avantage mathématique décisif, un symbole fort et la confirmation d’une réelle prise de pouvoir des hommes de Maurizio Sarri sur le Calcio.

Toujours placé mais jamais gagnant ces dernières saisons, que manque-t-il à Naples pour détrôner enfin la Vieille Dame ? Pas grand chose serait-on tenté de dire au regard des dernières confrontations entre les deux équipes. Le Napoli a confirmé par son début de saison qu’il pratiquait un des football les plus attrayant d’Italie et du Vieux Continent mais sa gestion des grands rendez-vous reste perfectible. Face au Real Madrid l’an passé et Manchester City plus récemment, les napolitains ont su proposer une première mi-temps des très haute intensité, agrémenté de leur football fluide et imparable, avant d’être assommé par le froid réalisme de leurs adversaires. Si l’Europe entière se délecte désormais du célèbre “Champion’s!” rugi par les cœurs azzurri en préambule de chaque match de Ligue des Champions, le monde du foot observe lui avec fascination le jeu développé par Sarri et son équipe. Impressionnant de ferveur et d’enthousiasme, la terre tremble quand le public napolitain chante à l’unisson pour pousser son équipe. Dans cette confrontation avec la Juve qui s’annonce âpre et tendue, l’atmosphère volcanique du San Paolo servira de décor à ce match pas comme les autres. De quoi aider les partenopei à enfin offrir 90 minutes de très haut niveau car la Juve, a défaut d’être enthousiasmante dans le jeu, sait être, comme tout grand d’Europe, efficace et autoritaire face à l’adversité.

I gran’ gioccatori nei gran’ match

Ce n’est un secret pour personne, les grands joueurs illuminent toujours les grands matchs de leur classe. Avec un Marek Hamsik en demi-teinte depuis le début de saison, certes influent dans le jeu mais bien moins efficace que la saison dernière, une grande partie des espoirs napolitains reposent sur le talent de Lorenzo Insigne. Par sa finesse technique et son insatiable soif de vaincre, en plein boum cette saison, “Il magnifico” a régalé le peuple partenopeo lors de ses récentes prestations. Snobé par le sélectionneur Ventura lors du barrage face à la Suède, l’attaquant azzurro confirme pourtant match après match qu’il est sans doute l’un des meilleurs joueurs transalpins du moment. Son allant, son attachement à porter haut les couleurs de sa cité, et ses buts aussi esthétiques que décisifs font de lui un Fuoriclasse absolu.

Higuain incertain, les bianconeri devront eux compter plus que jamais sur le génie de l’argentin Paulo Dybala. Face au solide bloc défensif du Napoli, habile dans ses ressorties de balle à montrer dans toutes les écoles de football,  nul doute que la Vieille Dame aura des arguments à faire valoir.

Napule non è un’ città, iene un’ sentimento

Depuis l’arrivée de Sarri à la tête du Napoli, cette équipe ne cesse de dérouler son jeu léché tel un rouleau compresseur teinté d’esthétisme. Ces enchaînements de passes, ces dédoublements, cette fluidité dans la circulation du ballon et cette recherche constante de verticalité enchantent les amateurs de foot de manière contagieuse. Naples fascine. C’est une terre et un peuple à part, avide de répondre à l’opprobre constante des villes du Nord par sa démesure, reflet des rues grouillantes d’humanité qui la compose. Comme le relate parfaitement l’ouvrage de Romain Molina retraçant le parcours du matador Edinson Cavani, les napolitains aiment user de formules les plus folles pour décrire leur ville. Certains iront jusqu’à vous dire que “Naples n’est pas une ville, c’est un sentiment”. L’heure est venue pour la génération de Marek Hamsik et Lorenzo Insigne de se montrer digne des Renica, Ferrara, Bagni, De Napoli, Carnevale, Maradona et Giordano qui avaient réussi à donner un beau jour de Mai 1987 son premier titre de champion à Naples, déclenchant dans les rues une gigantesque “festa Scudetto”, liesse folle et indescriptible qui s’était emparé de la ville. Naples le mérite. Cette équipe et cette ville régalent les yeux et soulèvent les cœurs. Adesso per Napoli è l’ora del trionfo !*

 

naples-juve

 

* Maintenant pour Naples c’est l’heure de triompher

Crédits photos : OldFootballPictures & SSCNapoliFr

 

Auteur : Yannis Eleftheria

Méditerranéen rebelle et romantique baptisé à la religion footballistique. Le foot pour sa dimension sociale, la plume comme arme.

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