Mustapha Hadji, le grand frère

12
novembre
2017

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Catégorie : Afrique

hadji

10 Juin 1998 – Montpellier. Sur la pelouse desséchée du Stade de la Mosson et pour leur quatrième participation à une phase finale de Coupe du Monde, les Lions de l’Atlas font leur en entrée en lice face à la Norvège. 38ème minute. Mustapha Hadji part en contre-attaque, course de 60 mètres côté gauche, servi dans la profondeur, il se saisit du ballon, élimine subtilement son défenseur et frappe fort à ras de terre dans le petit filet opposé. 1-0. Le talent du plus emblématique joueur marocain de l’histoire a parlé. La suite est connue de tous. La Norvège arrachera finalement un match nul 2-2 et le Maroc, malgré une probante victoire 3-0 face à l’Ecosse, ne parviendra pas à sortir de ce groupe très difficile où figurait également le Brésil.

À ce jour, la Coupe du Monde 1998 ne constitue pas la meilleure performance du Maroc dans une phase finale de Coupe du Monde. Si la génération des Nourredine Naybet et Mustapha Hadji qui comptait également dans ses rangs le talentueux Mohammed Chaouch passa clairement à côté de son mondial 1994 aux États-Unis, douze ans auparavant, la génération emmenés par Aziz Bouderbala et Abderrazak Khairi atteignit elle les huitièmes de finale du mondial 1986 au Mexique (Défaite 1-0 face à l’Allemagne de Lothar Matthaus).

Ballon d’or africain en 1998, Mustapha Hadji reste le seul Lion de L’Atlas a avoir été considéré comme le meilleur joueur du continent africain depuis presque 30 ans. À cette époque, il me paraît important de rappeler qu’il était en concurrence avec des joueurs tel que Jay-Jay Okocha, George Weah, ou encore Nwanko Kanu. Rien que ça. Natif de Ifrane Atlas Saghir, petite commune rurale de la province de Guelmim dans le sud du Maroc, son arrivée en France à l’âge de dix ans, à Saint-Etienne puis en Moselle, sera semée d’embûches. Entre les montagnes du sud marocain et le bitume des villes minières de l’hexagone, le contraste est saisissant, l’acclimatation difficile. Le football, langage universel, servira de moyen d’épanouissement. C’est à l’AS Nancy Lorraine qu’il laissera exploser son talent avant de connaître une riche carrière au Sporting Portugal, Deportivo La Corogne, Coventry, Aston Villa ou encore à l’Espanyol Barcelone. En plus de sa vitesse et son incroyable sens du but, le numéro 7 de la sélection marocaine possédait cette souplesse dans le dribble qui caractérise bon nombre de joueurs nord-africains. Mustapha Hadji était un artiste, n’ayons pas peur des mots. 63 sélections pour 12 buts et une virtuosité restée dans les annales du football mondial grâce à certains buts de très grande classe dont celui face à la Norvège au mondial en France.

C’était également un modèle, un précurseur. Pour l’anecdote, “Hadji” ou “El-Hajj” signifie en arabe “l’aîné”, “le modèle”, c’est un titre honorifique donné à un musulman qui a accompli le pèlerinage à la Mecque. Mustapha Hadji a inspiré des générations entières de jeunes marocains dont le premier fut Youssouf, son jeune frère, élément moteur de l’AS Nancy Lorraine depuis presque deux décennies, qui lui a très vite emboîté le pas et réalise lui aussi une fantastique carrière ponctuée de 64 sélections en équipe nationale (pour 16 buts). Même coiffure et même style de jeu que Mustapha, le modèle, bien entendu. Le fils du Ballon d’or africain 1998, Samir Hadji, s’éclate lui depuis cinq saisons au poste d’attaquant dans le club luxembourgeois de Fola Esch, là où son père mis un terme à sa carrière en 2010.

Aujourd’hui sélectionneur adjoint d’Hervé Renard, son aura et son prestigieux passé sous le maillot marocain a-t-il amené un supplément d’âme et de rigueur dans une sélection qui en manquait cruellement ? On sera tenté de répondre par l’affirmative tant la vie de l’ancien numéro 7 se résume à être une source d’inspiration pour tous.

Samedi, l’équipe nationale du Maroc a donc validé son billet pour le mondial en Russie au détriment de la Côte d’Ivoire grâce à des buts signés Nabil Dirar et Mehdi Benatia, procurant au peuple marocain une joie indescriptible. Vingt ans après la génération Hadji, les Lions de l’Atlas défendront les couleurs du royaume face à l’élite du football mondial. Le Maroc est une terre de football où le ballon ne s’arrête jamais de tourner. L’ambiance frénétique de ses stades et la liesse qui entoure les matchs sont significatives d’un pays où le football est roi. Le Maroc, c’est un football chargé d’histoire, de passion, et de clubs mythiques, du derby Casablancais entre le Wydad et le Raja, en passant par le FAR Rabat et l’Hassania d’Agadir, jusqu’au légendaire Mouloudia d’Oujda dans le nord-est, connu pour ses performances en Coupe du trône. Le Maroc, ce peuple si chaleureux débordant d’amour pour le ballon rond, a toute sa place dans le grand concert des nations que sera le mondial russe. Il incombera alors aux Benatia, Dirar, Belhanda et Ziyech de s’inspirer et se montrer dignes de leurs aînés.

Auteur : Yannis Eleftheria

Méditerranéen rebelle et romantique baptisé à la religion footballistique. Le foot pour sa dimension sociale, la plume comme arme.

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