Monaco : l’ambition au rabais

05
octobre
2017

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Catégorie : Ligue 1

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L’AS Monaco a sans contestation été l’équipe française la plus en vue tout au long de la saison 2016/2017. Irrésistibles en championnat, brillants en coupe d’Europe, les monégasques ont surfé de août à mai sur l’époustouflante richesse d’un effectif sublimée par un coach aux ambitions de jeu plus que séduisantes. Alors qu’elle était presque tout en haut, l’équipe du rocher semble avoir tout gâché en un été, la faute à une stratégie affichée comme sportive, mais sur laquelle la logique économique a très largement pris le pas.

Un été pour capitaliser : la décevante vision des dirigeants monégasques

La fenêtre estivale du mercato a été particulièrement mouvementée du côté de la Turbie. La liste des départs est vertigineuse : M’Bappé, Mendy, Bakayoko, Bernardo Silva, entre autres, s’en sont allés exporter leurs talents sous d’autres horizons. La génération dorée monégasque n’aura donc fait le bonheur des amoureux du beau jeu que l’espace d’une saison. Pourtant, quiconque ayant eu l’occasion de voir jouer les hommes de Jardim la saison dernière, aurait souhaité voir cette aventure se poursuivre. Cette équipe, avait très certainement les moyens de concurrencer le PSG « galactique » (les dirigeants auraient à coup sûr trouver une autre star que M’Bappe pour former son trio offensif), et la voir de nouveau partir à l’assaut de la coupe aux grandes oreilles, aurait très certainement pimenté cette nouvelle campagne européenne. Tout cela n’arrive malheureusement pas. Comme le relevait très récemment FourFourTwo dans un excellent article, ce n’est toutefois pas la première fois dans l’Histoire du football, qu’une telle situation se produit.

Si nous reviendrons dans un second temps sur les joueurs qui sont arrivés, cette saignée de départs pose une première question sur les intentions réelles des dirigeants monégasques. Cet été 2017 a révélé à quel point l’ASM n’était en fait qu’une belle machine à polir des diamants, à la tête de laquelle a été placée un artisan joaillier plus que doué en la matière. Nous ne sommes pas ici entrain de découvrir que Dmitry Rybolovlev n’est pas un mécène bienfaiteur, dépensant sans compter pour le simple plaisir des supporters monégasques ou de la famille princière. Cependant, le fait qu’ait été prise la décision de bonifier les « valeurs marchandes » en dehors de toute considération sportive, alors même que l’équipe semblait armée pour continuer son ascension, va presque à l’encontre même des principes du sport. Peut être était il naïf de croire que, à l’ère du football business 2.0, les dirigeants des grands clubs souhaitaient encore gagner des titres, mais la sensation d’avoir sacrifié une des plus belles équipes françaises de ces dernières années, sur l’autel de la spéculation et du bénéfice, est un crève cœur pour nombre d’amoureux du ballon rond.

Il faudrait ne pas connaître le football pour penser que Monaco aurait pu garder tous ces joueurs. D’une part, le club était dans l’obligation, malgré tout, de trouver des sources de recettes et ce n’est un secret pour personne que la vente de joueurs reste la première d’entre elle, tandis que certains d’entre eux ne souhaitaient plus rester au club, et désiraient rejoindre une nouvelle équipe. Très peu savent ce qu’il s’est passé dans les bureaux, et dans les têtes, des dirigeants cet été. Néanmoins, les récentes déclarations de Kylian M’Bappé ayant avoué à demi-mot avoir décidé de quitter le club après avoir appris que ce dernier menait des discussions avec le Réal Madrid dans son dos, tendent à conforter le positionnement du board monégasque présenté précédemment. D’autant plus qu’au mois d’août, quand le néo-parisien a quitté son club formateur, les caisses de l’AS Monaco étaient déjà pleines. Le club n’avait en outre, à la même période, pas complètement fermé la porte à un départ de Lemar, preuve de sa « fièvre vendeuse ». Enfin, au vu des belles plus values réalisées les années précédentes, et des bons résultats sportifs également acquis, il ne paraît pas totalement impertinent de penser que les monégasques avaient les capacités financières de prolonger certains de ces joueurs partis, pour étaler dans le temps ces ventes, et ainsi consolider la logique sportive du projet monégasque à plus long terme.

Un mercato décevant, sans ambition ni cohérence

Car oui, sportivement l’horizon s’est bouché sur le rocher cet été. Il y a eu ces départs, dont nous venons de parler, lesquels sont venus stopper net la dynamique de la saison dernière, en même temps qu’ils ont démontré le manque d’ambition du club de la Principauté. La politique de recrutement de ce dernier est connue de tous, et est un modèle, à moindre échelle, pour de nombreux autres clubs : recruter des jeunes à fort potentiel, afin de les revendre très cher. Notons, et c’est d’autant plus dérangeant pour un club de la stature de Monaco, que la notion de succès sportif n’est pas réellement centrale dans ce modèle, tout juste permet elle de faire prendre de la valeur aux joueurs. L’ambition footballistique même, est au service du processus d’achat vente. L’été 2017 n’a pas fait exception, et les choix se sont orientés de manière quasi exclusive sur des « wonderkids » pour reprendre un anglicisme en vogue, plus que sur des joueurs permettant d’améliorer sportivement l’équipe dès leur arrivée. Quelques kilomètres plus au Nord, Lyon s’est retrouvé dans une situation comparable : de grosses rentrées financières émanant de la vente de cadres. La stratégie a été cependant différente, avec le choix de recruter des titulaires en puissance capables de tirer le groupe vers le haut (Mariano, Traore, Marcelo, et même Depay arrivé en Janvier). Certains de ces joueurs seront probablement revendus plus cher à terme, à l’image de ce que prône le « modèle monégasque », mais cette logique n’a pas guidé l’ensemble de la campagne de recrutement entre Rhône et Saône, à la différence des orientations qui ont été prises au bord de la Méditerranée.

Monaco a dépensé 54 millions d’euros. Une somme conséquente, mais bien en dessous des 165 millions d’euros engrangés pendant l’été. Deux noms ressortent de cette liste : ceux de Yuri Tielmans et celui de Baldé Keita. Le premier est arrivé très vite à Monaco, était courtisé par les plus grands clubs d’Europe, et a déjà eu l’occasion de montrer l’étendue de ses qualités avec Anderlecht, tandis que le second sort d’une saison pleine en Série A, et son profil tout en percussion et en puissance pourrait en faire le parfait complément de Radamel Falcao. Il y’a de très grandes chances que l’avenir démontre que l’AS Monaco a réalisé deux bons coups avec ces joueurs là. Sur ce tout début de saison, avec la prudence que cela impose, leur impact n’est cependant pas immédiat. Les autres recrues ont davantage le profil de paris, que de joueurs au niveau de ceux qu’ils sont censés remplacer. L’arrivée de l’ancien Rennais Diakhaby est par exemple emblématique : acheté 10 millions d’euros, les dirigeants monégasques espèrent sûrement avoir trouvé le prochain Dembelé, mais ses premières prestations et l’avis de spécialistes des équipes jeunes relevant qu’il ne s’est jamais véritablement fait remarqué par le passé, interrogent sur sa capacité à être au niveau d’un club comme l’AS Monaco. Le constat est le même pour Jovetic, qui, en dehors de deux saisons pleines entre 2011 et 2013 sous les couleurs de la Fiorentina, a enchaîné les saisons quelconques. Pourquoi ne pas alors avoir gardé Valère Germain, plutôt convaincant et très précieux l’année dernière ?

Le risque pour les monégasques, est d’être un jour pris à leur propre jeu. Un jour de mercato estival mal géré par exemple… Car si les ventes ont rapporté 165M l’été dernier (sans compter M’Bappé, officiellement prêté), c’est grâce aux performances sportives des joueurs et de l’équipe, l’un mettant en valeur l’autre dans un système vertueux. Or, la saison que s’apprêtent à vivre les joueurs de Jardim, ne ressemblera en rien à la précédente. Ce début de saison en est le témoin : tantôt brillant (Lille, Marseille, Dijon), tantôt plus inquiétant dès que l’opposition est d’un cran supérieur (Nice, Leipzig, Porto). Le seul joueur véritablement performant est d’ailleurs Falcao, un « ancien », alors que ses nouveaux coéquipiers sont encore en train de chercher leurs marques, ce qui est tout à fait compréhensible dans un effectif largement remanié cet été. Thomas Lemar semble en outre pour l’instant avoir du mal à retrouver son niveau de l’année dernière sous le maillot rouge et blanc, dans cet effectif en manque de repères. La saison est encore longue, mais sur le terrain, l’AS Monaco a très probablement perdu en qualité par rapport à la saison dernière, davantage de ce qui aurait pu être considéré comme normal au vu du niveau de l’équipe championne de France.

Dortmund est souvent cité comme exemple de développement pour les clubs français, hors PSG , un modèle raisonnable, une équipe plaisante, une certaine régularité en coupe d’Europe… Seules les difficultés à rivaliser sur le long terme avec le Bayern en Bundesliga viennent ternir le tableau. Monaco avait la possibilité d’être le pendant français des Schwarz-Gelben, et de pérenniser la réussite sportive de la stratégie déployée depuis quelques saisons. Il semblerait pourtant du côté de la principauté, que l’on accepte sans sourciller son statut de bon élève, tant que celui ci suffit à faire fonctionner le modèle boursier mis en place, sans chercher à aller plus haut. Se conforter comme leader des poursuivants, plutôt que d’ambitionner d’aller challenger les meilleurs.

Auteur : Raphaël Grandseigne

Enfant du Chaudron, c'est avant tout la ferveur du peuple vert qui m'a rendu fou de foot. Pour un football populaire et le respect des libertés des Ultras. (A gagné le 100ème derby).

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