Mohamed Salah : de Basyoun à Pharaon

13
décembre
2017

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Catégorie : Coupe du Monde 2018 / Europe

Mohamed-Salah

Auteur de son treizième but en Premier League contre Everton (1-1) le week-end dernier, son vingtième toutes compétitions confondues, l’égyptien est en pleine bourre depuis le début de la saison. Un garçon qui aime jouer comme en témoigne son parcours jusqu’à présent. Ses choix de carrière ayant toujours été guidés par le temps de jeu.

“Un joueur qui pue le football”, voilà comment on pourrait décrire Mohamed Salah. Avec Kevin De Bruyne (Manchester City), l’ailier droit de Liverpool est le tube du moment outre-Manche. A 25 ans, son talent est enfin reconnu aux yeux de tous, un élément important des Reds bien sûr, aux côtés de Mané, Coutinho et Firmino, mais aussi de la sélection égyptienne qui retrouvera la Coupe du Monde en Russie l’été prochain.

Le globe-trotteur

C’est à Basyoun (dans le gouvernorat de Gharbeya), au nord de l’Egypte, que Mohamed Salah touche ses premiers ballons. Très vite, on décèle chez lui une vélocité à part. Pourtant, sa mère ne souhaitait pas que son fils emprunte le chemin tumultueux et magique du football. Mais le talent est là. Ce petit gabarit d’1m75 pour 67 kg est fait pour déstabiliser les défenses. Le club d’El Mokawloon (Le Caire) n’hésite pas à lui faire confiance et à l’âge de 17 ans, le gaucher devient le plus jeune joueur du championnat égyptien. En deux saisons (2010-2012), Salah martyrise tout le monde (46 matchs, 12 buts) grâce à son jeu en une touche et ses coups de reins. Les comparaisons fusent dans un pays où football rime avec passion. Certains le désignent même comme l’héritier de Mido (ancien joueur de l’Ajax et de l’OM), Mohamed Zidan ou encore la légende Mohamed Aboutrika. Il fait certes bon de s’appeler Mohamed en Egypte. Très vite, les deux grands clubs du pays – Al Ahly et Zamalek – s’arrachent pour le jeune prodige mais c’est finalement la Suisse qu’il choisira en signant au FC Bâle moyennant une somme record de 2,5M€. Un choix judicieux pour son adaptation en Europe.

 

 

En foulant les pelouses des stades helvètes, Mohamed Salah n’imaginait pas que son destin avait déjà basculé. Nous sommes en août 2012, Heiko Vogel, son coach de l’époque, l’affirme haut et fort : “Salah deviendra un élément essentiel pour nous cette saison”. Aligné d’abord côté gauche, le Pharaon ne quittera plus l’équipe type aux côtés de Marco Streller, Matias Delgado et Michael Lang (20 buts en 79 rencontres toutes compétitions confondues). Discret et généreux, Chelsea lui fait les yeux doux après un match incroyable où Bâle s’impose chez les Blues (1-2) en phase de poules de la Ligue des Champions. Ce soir-là, Salah auteur d’un gros match, inscrit le but égalisateur.

Mais son principal fait d’arme reste son match grandiose à Tottenham où il enchaînera prouesses techniques et courses intenses. Le gardien suisse du FC Bâle à l’époque (aujourd’hui au Borussia Monchengladbach), Yann Sommer partage son admiration : « Tottenham ne savait pas comment l’arrêter ». Son président Bernhard Heusler rajoute très justement : « S’il était plus réaliste, je pourrais rajouter un zéro à son prix ! ». L’air de dire que l’attaquant égyptien doit encore progresser notamment au niveau de la finition.

 

Chelsea, le gâchis

Un grosse marge de progression qui convainc donc José Mourinho de laisser partir Juan Mata à Manchester United. Mohamed Salah débarque à Chelsea, lui qui rêvait de jouer en Premier League. Montant du transfert : 13 millions d’euros. L’actuel coach de MU déclarera : « Il est jeune, rapide, créatif et enthousiaste. Le genre de joueur qui est humble sur le terrain et prêt à travailler pour l’équipe. Je suis très heureux de l’avoir avec moi dans l’équipe ». Au début, c’est un conte de fée. Après être entré en jeu, Salah inscrira le dernier but lors de la victoire historique des Blues (6-0) contre Arsenal. Mais son arrivée en Angleterre laisse toujours planer au dessus de lui une question : sera t-il le remplaçant numérique de Mata sur le banc de Chelsea ? Si on refuse d’y croire dans un premier temps, la réalité est tout autre, Mourinho compte de moins en moins sur le prodige polyvalent face aux mastodontes Oscar, Hazard et Diego Costa. Et l’arrivée de Juan Cuadrado (Fiorentina) contre un chèque de 25M€ contrecarrera davantage ses plans. “MS” doit partir.

L’Égyptien fait donc le chemin inverse. Deux ans de prêts – à la Fiorentina et à l’AS Rome – où il hérite du surnom de “Messi égyptien”. De l’autre côté des Alpes, l’attaquant se refait une santé et formera notamment une doublette d’enfer avec Edin Dzeko en 2016. La saison dernière, Mohamed Salah réalise un exercice plein (15 buts et 11 passes décisives) et réalise ainsi sa meilleure saison. La presse transalpine l’encense à chaque prestation. Salah est aimé de tous, sur et en dehors du terrain. Le natif de Basyoun avait fait don d’une somme de 60.000 euros destinée à l’entretien et la rénovation des mosquées et des centres islamiques de la région de Florence à son arrivée en Italie en 2014. Suffisant pour que Liverpool l’achète l’été dernier pour 42M€ (+ 8 de bonus), devenant le joueur arabe et africain le plus cher de l’histoire. Après la rédemption, la confirmation au plus haut niveau.

“J’ai l’ambition de devenir le meilleur joueur égyptien de l’histoire”

En ayant reçu le trophée de footballeur africain de l’année par la BBC lundi dernier, Mohamed Salah succède donc à Riyad Mahrez (Leicester) au palmarès, Sadio Mané et Victor Moses complétant le podium. Sur les ondes de la chaîne britannique, il confirme ses ambitions : « Depuis que j’ai quitté l’Egypte, je suis animé par l’ambition de devenir le meilleur joueur égyptien de l’histoire. Je travaille dur pour y parvenir ». Difficile de lui donner tort tant son début de saison à Liverpool est incroyable en étant l’actuel meilleur buteur de Premier League avec 13 réalisations en 16 matchs disputés, soit une de plus qu’Harry Kane (Tottenham). Dans le 4-3-3 de Jurgen Klopp, Mohamed Salah est comme un poisson dans l’eau. En marquant face à Chelsea (1-1), le Pharaon ne célèbre pas sa joie, d’où les applaudissements de certains supporters blues en tribune.

Comme pour laisser entendre un message subliminal d’un éventuel come-back du côté de Stamford Bridge? En attendant, sa dignité et son humilité l’ont amené très haut, bien plus haut qu’on ne pouvait y penser au départ. Outre la régularité et le travail, force est de constater que ses choix de carrière ont été jusqu’ici payants. Devenu un cadre de l’Egypte, septuple championne d’Afrique, Mohamed Salah (32 buts en 56 capes) a inscrit le penalty salvateur face au Congo dans le temps additionnel (2-1) qui envoie son pays au mondial après 28 ans d’absence. Oui, un joueur hors-norme. Oui, un joueur qui “pue le football” !

 

Crédit photo : https://liverpooloffside.sbnation.com

Auteur : Nassim Jabeur

Fan de la modestie et du talent incroyable de Zinedine Zidane, Ngolo Kanté, Riyad Mahrez et Karim Benzema sont aujourd'hui les fils spirituels du foot d'aujourd'hui. Un sport toujours aussi magique et passionnant grâce à ces personnes. Au service d'APP et du plaisir de l'écriture

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