Michel Hidalgo, le créateur d’émotions

27
mars
2020

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Catégorie : Editos

Michel_Hidalgo_(1981)

La nouvelle est tombée hier, Michel Hidalgo est décédé. Il avait 87 ans, le foot français est en deuil et moi, j’ai 10 ans …

Retour sur la carrière d’un humaniste du football

On s’en doutait un peu après avoir vu les images de la réunion du mercredi 12 février avec la bande à Platini de 1982-86. L’œil toujours bleu mais hagard, comme déjà ailleurs, une maigreur inquiétante, une allure fébrile, la fin semblait proche … Le témoignage de Bruno Bellone accentuait ce sentiment : « On s’est présenté parce qu’il ne reconnaissait pas tout le monde mais ce n’est pas grave, l’important c’était d’être ensemble ». Mais cette heureuse initiative, dont Jean Tigana, président du CIF (le Club des Internationaux de football) était à l’origine, a certainement donné du peps au vieil homme. « Je pense que ça l’a requinqué d’être tous ensemble comme avant »  dixit l’ancien ailier gauche, auteur du 2ème but lors de la finale gagnée contre l’Espagne, à l’Euro 1984.

Un sélectionneur novice

Lorsqu’il succéda à Stefan Kovacs, dont il était l’adjoint, en 1975, à la tête de l’équipe de France, Michel Hidalgo n’était certes pas un inconnu. Ailier ou milieu du grand Reims (1954-1957), puis de l’AS Monaco (1957-1966), président du syndicat des joueurs jusqu’en 1969, quid alors de sa capacité à redorer le blason d’une sélection absente des compétitions internationales depuis la coupe du monde 1966, où elle joua un rôle de simple figurant. C’était l’inconnue.

Mais, face à ce scepticisme, il entreprit de former un groupe d’abord basé sur les joueurs de Saint-Etienne récents finalistes de la coupe d’Europe contre le Bayern Munich ainsi que les nantais, champions de France. Il donna également sa chance à un jeune lorrain de 20 ans, qui allait s’avérer être le leader de cette génération et l’emmener au sommet. Ce fut le début de l’ère Platini, sur lequel Hidalgo s’appuya dans le jeu mais aussi lors des prises de décision quand à la tactique à adopter ou parfois le choix des joueurs (Jean-François Larios, milieu de terrain mis au placard en raisons de relations extra-conjugales avec Mme Platini …).

Le natif de Leffrinckoucke dans le Nord (le 22 Mars 1933) n’était pas un autoritaire. Il ne fondait pas son leadership sur la discipline ou la contrainte militariste, c’était un homme de convictions mais surtout de dialogues. Il aimait partager avec ses joueurs pour diffuser le bien fondé de ses principes, un jeu offensif avec un cadre défini, mais aussi une liberté donnée aux joueurs offensifs afin de privilégier leur créativité.

Des choix forts

Il en a notamment fallu, de la persuasion, pour faire accepter le fameux carré magique. Les 4 milieux du 4-4-2 de 1982 étaient des offensifs à la base, mais Tigana, Genghini, Giresse et Platini se partageaient les tâches. Même si le premier nommé était davantage associé à la récupération comme l’attesta Bellone : « il (Tigana) a raconté qu’il était pas l’essuie-glace mais le double essuie-glace parce qu’aucun des trois autres ne défendait avec lui ». 4 ans auparavant, lors de la coupe du monde 1978 en Argentine, les bleus étaient des « apprentis » formés autour d’une ossature vert-jaune des joueurs de l’ASSE et du FC Nantes (Bertrand-Demanes, Rio, Bossis, H,Michel pour les canaris, Janvion, Lopez, Bathenay, Rocheteau pour les verts) encadrés par des joueurs plus expérimentés (Maruis Trésor, Guillou) et le prodige Platini.

On se souvient du fameux 3ème match avec l’histoire des maillots similaires à ceux de la Hongrie obligeant de recourir au club amateur de l’Atlético Kimberley pour récupérer des tuniques rayées vert et blanc, mais avant cela, la France avait perdu ses rencontres face aux italiens (futurs 4èmes) et l’Argentine (futur lauréat) dans un groupe de la mort. La victoire finale 3-1 contre les magyars demeure anecdotique. L’après world cup fut une déception, « champions du monde des matches amicaux », les tricolores échouaient à se qualifier pour l’Euro 1980, Platini blessé, rata les premiers matches de qualification et les hommes d’Hidalgo laissèrent la Tchécoslovaquie de Panenka rejoindre l’Italie et les 7 autres équipes réunies pour le trophée continental.

L’Apogée du “groupe France”

C’est ensuite que le « groupe France » allait connaître son apogée. Hidalgo tâtonnant sur le poste idéal pour son joueur-leader tenta d’en faire un neuf puis un neuf et demie lorsque le revenant Giresse (29 ans) se révéla au milieu permettant, à celui qui allait devenir « Michele » à la Juventus, de se positionner plus haut sur le terrain et enfiler les buts (41 en 72 sélections). Le Mondial 1982 vit aussi le sélectionneur prendre des décisions drastiques après l’échec initial contre l’Angleterre. Ainsi on voit l’intronisation du jeune Amoros et Janvion en stoppeur, aux côtés de Tresor, mise au placard de Larios et Soler au profit du carré magique évoqué plus haut et une attaque Rocheteau, Six en 4-4-2. Les débuts furent chaotiques avec ce curieux match face au Koweit où l’on aperçu Hidalgo, les mâchoires serrées, ivre de colère, s’en prendre aux officiels coupables d’avoir laissé entrer l’Emir sur le terrain pour contester un but. Cependant la victoire finale (4-1) permit a son équipe d’aller jusqu’à la mythique demie-finale de Séville, malgré la défaite aux tirs au but contre la RFA.

Le championnat d’Europe avait lieu en France en 1984 et l’on se disait qu’il s’agissait là d’une formidable opportunité pour les tricolores de gagner enfin un trophée. L’ex-président du syndicat des joueurs décida même que, sitôt cette échéance atteinte, il laisserait son poste à Henri Michel, son adjoint, lui qui avait succédé au roumain Kovacs 9 ans plus tôt. Mais il entendait d’abord former son disciple et lui laisser la bride progressivement.Cette compétition sera l’apothéose de l’ère Hidalgo avec un Platini en feu auteur de 9 buts en 5 matches. Ni le Danemark, ni la Belgique ou la Yougoslavie ne purent empêcher les bleus d’atteindre la ½ finale au cours de laquelle, à Marseille dans une ambiance volcanique, Tigana, le régional, fit une ultime accélération après 120 mn de jeu pour permettre à son capitaine d’éviter une nouvelle séance de tirs au but et accéder à la finale (3-2).

De cette dernière on retiendra le coup franc du numéro 10, la bévue du (pourtant excellent) gardien espagnol Arconada, et, après le coup de sifflet final, les larmes d’un homme, pour une fois en costume, juché sur les épaules de ses joueurs brandissant le trophée, heureux de ce succès dont il savait quelle part lui revenait. A jamais le premier sélectionneur vainqueur d’une compétition internationale, mais également le créateur d’un style de jeu et d’un esprit basé sur le plaisir de jouer, faire vivre le ballon et donner de la joie aux spectateurs.

Malgré sa vraie-fausse renaissance à la fin des années 80 pour mettre en chantier l’OM de l’époque Tapie, Michel Hidalgo restera pour toujours le sélectionneur des bleus, le « créateur d’émotions », comme l’a dit Platini lors de ce repas du 12 Février, qui sonne à présent comme un dernier hommage à un homme exceptionnel.

Merci Monsieur.

 

Crédit photo : Michel Hidalgo lors du match de qualification de la Coupe du monde Pays-Bas – France à Rotterdam (1-0) par Rob Bogaerts / Anefo le 25.03.1981 sous licence creative commons

Auteur : Gilmon

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