Mercato : la rumeur en chanson

22
juillet
2013

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Catégorie : Editos

falcao

Interprété par Yves Duteil en 1987, « La Rumeur » dresse le portrait de ce qui fait l’essence même d’un mercato. Là où la parole se débride, où la raison disparaît pour quelques instants, où la croyance est périlleuse. En chanson, celui qui est un ardent défenseur de la langue française, nous entraîne dans les travers du mercato. Ce qui le rend si excitant à vivre.

« Ça occupe, ça converse, ça nourrit la controverse, ça pimente les passions, le sel des conversations… »

Dans une période de disette (pour ne pas dire famine) footballistique, la rumeur fait souvent office d’accélérateur cardiaque. Une excitation, un stress haletant qui peut être assimilé à un match lambda. Alors, quand on a pas droit à des rencontres en plein juillet, on parlera du dernier billet de FootMercato, Football365, et pléthore de sites d’infos transferts, souvent contradictoires, jamais sur la même longueur d’ondes mais qui bascule dans le racolage pour vendre du rêve à des supporters en manque de sensations fortes. Le sujet de conversation vire souvent alors au dialogue de sourds entre deux personnes qui ont tout lu, et leur contraire. On se veut prudent, mais l’euphorie guette toujours. Après tout, quitte à repartir pour dix mois de championnat, autant vivre à fond une période souvent cruciale. Si le piment ne promet rien de plus que de la douleur et de rehausser le goût du plat, la rumeur, elle, présente un cocktail encore plus explosif. Car saupoudrée du doute, d’adrénaline et de passion, à l’état brut.

« La parole était d´argent, mais la rumeur est de plomb, elle s´écoule, elle s´étend, elle s´étale, elle se répand… »

Le silence est d’or. Mais quand la rumeur s’y immisce, c’est alors que le silence dort, n’est plus. Le jeu du téléphone arabe déforme, change des termes capitaux quand on parle de contrats et salaires. Un enfer qui menace même les plus avertis, susceptible d’être décontenancé devant l’aplomb d’un ami détenant une fausse info. Et le plomb se transforme ainsi en toc. Du « low-cost » qui pèse mine de rien. A la manière d’un arroseur automatique, l’info est distillée, tant bien que mal, à tout ce qui veulent bien y prêter une oreille. Le bouche à oreille commencera alors son travail de sape, un sale boulot qui peut même brouiller les cartes entre joueurs et agents, qui entendront alors toutes les extravagances propres au milieu.

« C´est du miel, c´est du fiel, on la croit tombée du ciel, jamais nul ne saura, qui la lance et qui la croit… »

Et c’est bien là tout le problème de la rumeur. Aussi facilement traçable que l’itinéraire de la viande de cheval arrivant dans des plats cuisinés Findus, la rumeur est originale par le mystère entourant celui qui la lance. Lorsque les langues se délient et que l’info fait son petit bonhomme de chemin, retrouver le « whistleblower » relève du casse-tête. Difficulté supplémentaire, l’instigateur de la rumeur niera. Évidemment. Libre à toi de croire, laisser pour compte, ou tout de suite abandonner. Il en va de ta crédibilité et de ton sens aigüe du milieu football.

« C´est bien plus fort qu´un mensonge, ça grossit comme une éponge, plus c´est faux, plus c´est vrai, plus c´est gros et plus ça plaît …»

Le bruissement d’une ruche serait donc plus important que la nature des abeilles à l’intérieur ? Si quinze brebis galeuses, soucieuses de lancer des rumeurs dans le but de blesser, heurter, provoquer un départ font le plus de ramdam, on ira les croire ? Et le monde fou dans lequel nous vivons, merci à l’arrêt Bosman, n’incite pas à la raison, loin de là. La démesure et les surprises sont légion désormais. On pratique aussi bien le contre-pied sur le terrain qu’en dehors, histoire de négocier plus tranquillement, brouiller les pistes. Oui, on peut appeler là l’arroseur arrosé.

« Elle rôde autour de la table, nous amuse ou nous accable, c´est selon qu´il s´agit, de quiconque ou d´un ami …»

Tout est question de point de vue dans le football actuel. La rumeur faisant état du départ de ton meilleur buteur te fait couler de sacrées sueurs froides, alors que le supporter qui le verra arriver chez lui sera euphorique. Selon les intérêts, les goûts et les couleurs, la rumeur est à double tranchant. On l’aime intensément ou on la déteste au plus haut point. Si dans le meilleur des cas, elle ne ferait que des heureux, joueur indésirable car trop cher par exemple, ces cas sont rares. Et le petit malin qui s’est mis à souffler une idée assez crédible pour être crue ne peut imaginer le mal engendré chez la réputation d’un joueur, supposé gourmande financièrement, ou ternir l’image d’un club, réticent à sortir le chéquier, mais qui « teste » pas mal de joueurs en devenir. Mais on ne serait rien sinon des légumes durant cet été sans ces belles rumeurs. Magnifique invention. Je remercie son auteur. Ah oui, c’est vrai. Il niera. Saloperie de règles dans ce règlement de la rumeur.

Auteur : Fabien Burgaud

Fabien : motivation le journalisme sportif. Supporter du FCN et amoureux du football.

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