Mercato (1997-2017) : La Folie des grandeurs

30
juillet
2017

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Catégorie : Mercato

ronaldo

Le 26 juin 2009 a marqué à coup sûr un tournant sur le marché des transferts. Ce jour là, Florentino Pérez, le président du Real Madrid, annonce l’arrivée de Cristiano Ronaldo dans la capitale ibérique. Après deux ans de négociations, la star lusitanienne quitte Manchester United pour 94 millions d’euros et bouleverse un marché des transferts qui ne sera plus jamais le même.

Ainsi, depuis 2014, huit des dix plus gros achats de l’histoire du football ont été effectués, reléguant Zinédine Zidane – longtemps le joueur le plus cher de l’histoire – à la dixième place de ce classement. Le marché estival de 2017 ne fait que confirmer, voire accroître ce phénomène. La folle rumeur Neymar au PSG pour 222 millions d’euros, celle d’Mbappe au Real Madrid pour 180 millions, rien ne semble pouvoir arrêter cette escalade, pas même le fair-play financier cher à Michel Platini.

Cette métamorphose du marché est propre aux vingts dernières années, et elle trouve racine dans l’application d’une nouvelle règle qui a révolutionné le mercato.

Une fuite en avant nommée Bosman

L’année 1997 est synonyme de séïsme dans le monde du football. La mise en vigueur de l’Arrêt Bosman déclenche une première vague d’inflation sur le marché des transferts. En effet, en 1990, Jean-Marc Bosman modeste joueur belge du RFC Liège est en fin de contrat et souhaite rejoindre Dunkerque en D2 française. Or, à cette époque, son club (Liège) a le droit de s’opposer à ce départ sans indemnité et demande donc une compensation financière au club de Dunkerque. Le joueur décide alors de saisir les instances via la Cour de Justice des Communautés européennes (CJCE), qui lui donne raison en 1995 jugeant les règlements de l’UEFA « contraires à l’article 48 du Traité de Rome sur la libre circulation des travailleurs entre les États membres ».

Cette décision chamboule les prérogatives du sport international, et notamment du football. Avant cet arrêt, il était impossible d’aligner trois joueurs étrangers dans une même équipe et les clubs avaient le droit de demander une indemnité de transfert pour un joueur en fin de contrat. La jurisprudence Bosman applique désormais deux nouvelles règles fondamentales :

    • la libre circulation (sans limites ni quotas) des joueurs européens entre les pays faisant partie de l’Espace économique européen

    • l’interdiction pour les clubs de demander une indemnité de transfert pour un joueur en fin de contrat

Avec cet arrêt, le football entre dans une nouvelle ère ultra-libérale, prônant la libre circulation des footballeurs et favorisant l’internationalisation des championnats comme en témoigne le mercato de 1997.

Cet été là est un été de tous les records. De nombreuses transactions dépassent les 100 millions de francs, une somme pharaonique pour l’époque. De ce fait, l’Atlético de Madrid s’adjuge les services de Juninho Paulista pour 116MF, le FC Barcelone ceux de Sony Anderson pour 120MF ( 18 millions d’euros). Mais le marché s’embrase littéralement pour trois autres joueurs brésiliens que sont Rivaldo, Ronaldo et Denilson. Le premier nommé, fort d’une saison initiale réussie en Europe, (21 buts avec le Deportivo La Corogne) est acheté par le Barça pour 180 MF. Il Fenomeno, lui, malgré une clause libératoire monstrueuse, et après une saison exceptionnelle en Catalogne (Pichichi de la Liga avec 33 buts) est débarqué par l’Inter pour 184MF ( 30 millions d’euros) et devient, pour peu de temps, le transfert le plus cher de l’histoire.

Car dans la foulée, c’est un autre prodige du football brésilien, Denilson, âgé de 20 ans qui quitte São Paulo pour le Betis Seville contre la somme de 210 MF ( 32 millions d’euros). Celui que l’on surnomme « le futur meilleur joueur du monde » n’a pourtant pas prouvé grand chose mais est propulsé au rang de joueur le plus cher de l’histoire. Un titre bien difficile à assumer comme il le révèle dans les colonnes du journal Le Monde en mai dernier « Ce prix exorbitant pour l’époque est vite devenu un problème. Je devais tirer le corner et marquer le but moi-même ». Le Betis ira même jusqu’à fixer une clause libératoire à plus de 2,6 milliards de francs, soit environ 400 millions d’euros pour protéger son prodige auriverde.

Si ces transferts ne sont pas la conséquence directe de l’Arrêt Bosman (les sud-américains ayant un statut d’extra-communautaire) celui-ci favorise les transactions entre les différentes entités européennes. Ainsi, le PSG de Canal + peut arracher au Milan AC lors de ce mercato, Marco Simone pour 40MF ( 6 millions d’euros) et réaliser dans le même temps le plus gros transfert de l’époque entre deux clubs français, à savoir celui de Florian Maurice débarqué de Lyon pour 42 MF. Pour se consoler de la perte de son attaquant transalpin, le Milan AC ira chercher, également à prix d’or, Ibrahim Ba du côté de Bordeaux.

Joueur le plus cher de l’histoire : un statut précaire

Depuis cette année 1997, le mercato estival n’en finit plus de battre des records, et de repousser les frontières du réel. Deux ans après la folie Ronaldo, c’est autour de Christian Vieri, la gâchette de la Lazio, de rejoindre l’Inter du millionnaire Massimo Moratti pour une somme record équivalente à 46 millions d’euros.

Cette nouvelle ère du football business en Europe se traduit par l’arrivée massive de riche hommes d’affaires à la tête des grandes écuries européennes à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Moratti, Abramovitch, Pérez, pour ne citer qu’eux, se lancent les premiers dans l’aventure avec les coups d’éclat que l’on connaît. Au début des années 2000, le championnat phare est encore le Calcio en Italie, il est donc logique d’y retrouver ici les plus gros transferts de l’époque. L’Inter n’est pas la seule à investir, l’étonnante Lazio, et son riche propriétaire Cragnotti, réalisent coup sur coup le transfert d’Hernán Crespo pour 56,5 millions d’euros (nouveau record) en 2000, et celui de Mendieta en 2001. La Juventus n’est pas en reste puisqu’elle est capable, dans le seul été 2001, (aidée il est vrai par la vente de Zidane) de recruter à la fois Thuram, Nedved et Buffon pour plus de 135 millions d’euros !

En Espagne, pour le tout nouveau président Florentino Pérez, la stratégie est simple : il faut faire rêver les socios à chaque mercato. Et pour ce faire, peu importe le prix, au contraire, l’objectif étant de marquer les esprits. Ainsi, Figo devient le joueur le plus cher de l’histoire en 2000. C’était une promesse de campagne de Pérez : chiper le Ballon d’Or 2000 à l’ennemi héréditaire du Barça. 61,7 millions d’euros plus tard c’est chose faite. Pourtant, la Maison Blanche continue ses folies l’année suivante, dans un mercato 2001 décidément complètement fou, avec l’arrivée du meilleur joueur du monde, Zidane, pour 75 millions d’euros. Afin de constituer son équipe des Galactiques (Figo, Zidane, Ronaldo, Beckham), Pérez aura dépensé entre 2000 et 2003, plus de 215 millions d’euros pour ces quatre joueurs.

 

abramovich

 

En Angletere, l’arrivée d’un homme, Roman Abramovitch, bouscule les mœurs anglo-saxonnes. A peine en poste, le multimilliardaire russe écrase le mercato de 2003. En l’espace de deux mois, et pour plus de 150 millions d’euros il attire du côté de Stamford Bridge une pléiade de stars : Joe Cole, Juan Sebastian Veron, Adrian Mutu, Claude Makélélé, Hernán Crespo et Damien Duff. Puis il attire, sur commande de José Mourinho, Drogba, Essien et Shevchenko entre 2004 et 2006, là encore pour 120 millions d’euros. La manne financière des Blues tarde pas à faire des envieux en Grande Bretagne, et les adversaires sont bien obligés de s’aligner pour pouvoir résister. En effet, depuis 2003 les grandes écuries de Premier League sont passées sous pavillon étranger. Que ce soit à United où la famille Glazer finit par acheter le club en 2005, à Arsenal avec Stan Kroenke ou encore à City avec le Cheick Mansour, tous se mettent au diapason. Les transferts fleuves affluent sur la Tamise et sur les bords de l’Irwell, avec des chiffres qui donnent le vertige : 105 millions pour Pogba, 85 pour Lukaku, 80 pour Morata, 75 pour Di Maria, 74 millions pour De Bruyne, et il serait aisé de prolonger la liste. En devenant le roi des championnats, la Premier League est devenue le symbole de l’explosion du marché.

En France, ce phénomène est en plein essor. Après avoir raté le premier wagon, l’hexagone semble réagir grâce à l’investissement étranger, avec en tête d’affiche un PSG qui ne compte pas les millions pour bâtir son équipe. Les qataris, si souvent décriés, ont insufflé un nouveau souffle au football français et ont permis une meilleure visibilité à notre championnat. Ils sont depuis épaulés par les russes à Monaco et dans une moindre mesure par les nouveaux dirigeants de l’OM et du LOSC. Pouvoir attirer Cavani, Di Maria, James Rodriguez, Falcao, (Neymar ?) dans notre championnat est assurément une bonne nouvelle, même si cela est à coup de millions.

Encore plus qu’à une certaine époque, il vaut mieux être armé financièrement pour pouvoir rivaliser dans le football moderne. Celui-ci n’est que le reflet de la société, et comme celle-ci, il compte de plus en plus de riches et de plus en plus de pauvres, et ça Don Saluste l’avait bien compris : « Les pauvres c’est fait pour être très pauvres et les riches très riches ! ».

 

Photos : 360sport.fr et thesefootballtimes.co

Auteur : Fabien Albert

Supporter depuis tout petit du FCN, fan de José Mourinho et Fabien Barthez. Ancien gardien de but. Mais aussi arbitre de foot convaincu que Tony Chaperon est un bon arbitre ! Amateur d'MPG et de Julien Cazarre

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