“Meilleurs supporters” : le non-débat stérile

17
mai
2018

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Catégorie : Editos

supps

A l’heure où sont écrits ces lignes, se jouera dans quelques heures la première finale européenne impliquant un club français depuis 14 ans. Mais cela fait plusieurs semaines que la France du foot vit en partie au rythme de l’OM, de ses supporters et des observateurs qui n’ont de cesse de louer la ferveur olympienne, le tout dans un brouhaha stérile alimenter par les fans des autres équipes. Le moment semble donc propice pour une fois pour toute clore ce débat de « qui a les meilleurs supporters », qui n’existe en vérité même pas.

Les méfaits du “supportérisme virtuel”

Ça a commencé au soir de la qualification pour les demi-finales, avant de prendre une autre dimension après le tirage au sort qui voyait l’OM bénéficier du « meilleur tirage » et laissait entrevoir de solides perspectives pour la finale de l’Europa League, jouée au Groupama Stadium. C’est à ce moment que la « folie OM » s’est emparée d’une grande partie de l’univers du foot français. Jorge Valdano, Chris Waddle, Rudi Völler, mais aussi des journalistes, ont commencé à relayer l’incroyable ferveur qui s’élevait progressivement mais avec vitalité dans la cité phocéenne. Les supporters eux bien entendu, ne se sont pas fait prier pour faire la preuve à qui voulait l’entendre (ou non d’ailleurs), qu’ils étaient bien les meilleurs de France (voire d’Europe), et le déferlement de passion qui prenait de l’ampleur de jour en jour en était la démonstration la plus irréfutable. Depuis la qualification pour la finale, le phénomène n’en est que plus exponentiel, sous l’effet du fameux sens de la demi-mesure marseillaise bien connu de tous.

 

Le supportérisme « virtuel » (entendu au sens de ce qui s’exprime sur les réseaux sociaux) étant ce qu’il est (c’est-à-dire bien souvent peu intéressant en soit), la ferveur et la fierté marseillaise n’ont fait qu’attiser les sentiments des supporters des autres clubs, et a donné lieu à des milliers d’échanges tous plus sans intérêt que les autres, appuyés de photos détournées et/ou de commentaires d’une futilité déconcertante cherchant à décrédibiliser les supporters « adverses ». Le phénomène n’a en soit rien de nouveau et existe depuis de nombreuses années, bien avant l’existence des réseaux sociaux. Cependant ces derniers possèdent une certaine capacité d’amplification, et permettent à tout le monde de participer et d’alimenter le débat. Malheureusement, de manière générale, il est rare que les mouvements de masse fassent monter en qualité le sujet et les échanges.

Un débat inutile qui n’a pas lieu d’être

Mais le plus important ici réside certainement dans l’objet même du débat : qui sont les meilleurs supporters de France ? Marseillais, Stéphanois, Parisiens,  Lensois, Strasbourgeois semblent participer à une compétition qu’eux même ont inventé, dont le but serait de déterminer les fans les plus mobilisés dans et hors des stades. En soit, si tant est qu’il ait un intérêt, ce débat est stérile car sans fin. Il n’existe pas de critères quantifiables permettant de comparer les contextes. Il n’existe même pas de vraie définition de « meilleurs supporters ». Car en soit, s’il est indéniable (et c’est peut être la seule certitude sur le sujet) que l’OM est le club le plus populaire en France (en terme de nombre de supporters) comme le montrent les stades qui se lèvent à moitié sur les buts marseillais à l’extérieur, cela fait-il des supporters olympiens « les meilleurs de France » ? Si personne ne conteste ce qui se passe actuellement du côté de la Canebière, personne n’a par ailleurs oublié les tribunes fermées par manque de supporters lors des matchs de poule, et même contre Braga. Cela fait-il alors des marseillais de simples opportunistes ne vibrant que quand les résultats suivent ? (Quelle ville ayant un club de football ne serait pas unilatéralement derrière celui-là pour une finale de coupe d’Europe ?) Cet exemple illustre bien la stérilité du débat qui, s’il occupe certainement les journées de supporters en proie à l’ennui, ne présente pas réellement d’intérêt pour quiconque s’intéresse vraiment au football.

Cela ne signifie pour autant pas qu’il ne doit pas exister de rivalités entre supporters. Le mouvement ultra s’inscrit pleinement là-dedans, mais de manière constructive en s’employant à animer des tribunes et des stades entiers pour montrer qu’ils sont ici chez eux. A l’extérieur l’enjeu est au contraire de venir « en démonstration » chez l’adversaire, affront ultime pour ce dernier. Mais ces questions de « match dans le match » entre supporters gagneraient à s’arrêter aux grilles du stade. Les groupes ultras ne prennent d’ailleurs que très peu (si ce n’est pas du tout) part à ces joutes verbales, car pour eux seul parle ce qui se passe dans l’enceinte sportive, le reste n’apporte rien à la cause de l’ambiance dans les stades, qui est commune (du moins on l’espère) à tous les supporters s’invectivant virtuellement.

 

Et si la France était (un peu) un pays de foot?

Ce débat devient même presque contreproductif dès lors qu’il détourne l’attention du plus important.  Beaucoup d’observateurs se posent souvent la question suivante : la France est-elle un pays de football ? La tendance est plutôt à répondre « non », notamment en comparaison de nos voisins européens. Néanmoins, et comme bien souvent, la réponse est rarement radicale. S’il peut être tout à fait entendable (et ceci pourrait faire l’objet d’un article dédié) que la « culture foot » n’est pas réellement ancrée dans la société française, cela ne doit pas occulter le fait que les clubs cités précédemment (liste non exhaustive) suscitent un engouement loin d’être négligeable : le Vélodrome bouillonnant, les supporters de Strasbourg présents en CFA2, les marées vertes régulières (Stade de France, San Siro), la lutte des supporters parisiens dans les premières années du plan Leproux, les Lensois toujours présents malgré les résultats moyens et la mauvaise gestion du club… Il n’y a aucun sens à comparer ces clubs entre eux, en revanche tous mis bout à bout ils montrent qu’en France aussi nous sommes capables de vivre intensément pour le football, et c’est certainement là que réside le principal enseignement.

Auteur : Raphaël G.

Enfant du Chaudron, c'est avant tout la ferveur du peuple vert qui m'a rendu fou de foot. Pour un football populaire et le respect des libertés des Ultras. (A gagné le 100ème derby).

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