Mario, fiction pionnière

03
août
2018

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Catégorie : APP a vu

Mario

Finie l’euphorie autour d’une Coupe du Monde et de son football qu’on a désespérément chercher à nous montrer comme parfait et dénué de tout défauts. Alors que pour certains l’homosexualité reste une anomalie dans le football, Mario, réalisé par Marcel Gisler, montre avec conviction à quel point l’intolérance est omniprésente dans le monde du ballon rond.

Une déficience en amont

Mario ( Max Hubacher ) est un jeune espoir helvète évoluant avec les U23 des Young Boys de Berne et entame une saison déterminante pour la poursuite de sa carrière, celle qui va conditionner sa professionnalisation. Leon ( Aaron Altaras ), espoir allemand en ce qui le concerne, débarque de la réserve d’Hanovre. La complémentarité des deux jeunes attaquants va attiser la jalousie de certains coéquipiers qui vont finir par s’en prendre à leur vie privée. Si le scénario est loin d’être original, il a le mérite de s’attaquer à l’homophobie à sa source. On comprend ainsi facilement le conditionnement dans lequel sont mis les jeunes du centre de formation où il est clairement interdit de montrer la moindre faiblesse et par analogie dans le football son homosexualité.

Cette période de la formation est souvent peu mise en avant puisqu’elle n’est que le prélude du spectacle du football professionnel. Pourtant elle symbolise quelque part les maux les plus douloureux du football puisqu’elle joue avec la sensibilité de ses acteurs. Le choix entre leur passion amoureuse et leur carrière professionnelle tel est le dilemme auquel sont confrontés Mario et Léon. L’écriture des personnages et leur interprétation satisfaite par les deux acteurs reproduit admirablement la détresse que doivent ressentir certains jeunes homosexuels tentant leur chance dans le football. Si la situation dans laquelle sont mis les protagonistes peut paraître anodine, elle est révélatrice du déni général d’une pression qu’ils subissent dans leur quotidien.

Le football éternel portrait de la société

Dans un football qui prétend aujourd’hui combattre l’homophobie, on distingue que des enjeux économiques sont facilement mis en périls dès lors qu’un joueur souhaiterait faire son coming out. Or si un risque est présent cela démontre particulièrement la réticence d’une part de la société d’aujourd’hui à imaginer le canon masculin comme homosexuel. Le vestiaire dans lequel évoluent Mario et Léon reflète concrètement l’idée que certaines personnes l’acceptent tandis que d’autres le contestent mais que dans tous les cas leur hiérarchie ne souhaite pas prendre partie de peur d’avoir une situation qui dégénère jusque dans la sphère publique. Soit, on a alors à faire à une règle bien connue du football qui consiste à laver son linge sale en famille.

Le film de Marcel Gisler joue également sur d’autres terrains qui sont peu évoqués dans le cinéma de fiction autour du football. Ainsi la relation entre joueurs et parents, mais aussi celle avec l’agent sont abordées ; les difficultés et la pression qui se mettent en travers du rêve ; la dépression qui accompagne la solitude que certains joueurs peuvent ressentir ; l’intégration des joueurs dans un nouvel environnement. Autant de sujets qui font véritablement la force de cette fiction qui ne véhicule pas les traditionnels clichés du football. Si les distributeurs ont sans doute manqué un peu de cran en ne sortant pas le film durant la Coupe du Monde en Russie, l’œuvre de Marcel Gisler pose une fiction de référence sur le sujet de l’homosexualité dans le monde du football et on ne peut qu’encourager ces initiatives.

Reconnaissance éternel aux clubs des Young Boys de Berne et du F.C. Sankt Pauli pour leur soutien à ce projet.

 

Mario-Affiche-Film

Auteur : Leo Dellier

La passion a débuté au stade Léon Bollée, elle demeure intacte aujourd'hui.

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