Lutte contre les supporters : l’État de la honte

14
mai
2018

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Catégorie : Editos / Ligue 1

Asse

Lors de la 37ème journée se sont jouées un peu partout des rencontres cruciales tant pour la course à l’Europe que pour le maintien dans l’élite. Sur le papier le match opposant l’AS Monaco et Saint-Étienne avait tout d’un choc opposant un candidat à la 2ème place et un prétendant à la 5ème place. Pourtant, en marge de la rencontre, la partition jouée par les forces de l’ordre françaises n’avait rien du haut niveau, et n’a fait que révélé une nouvelle fois l’incompétence nationale en matière de gestion des supporters.

La désobéissance civile comme outil de lutte pour les supporters

Pour la énième fois de la saison, des supporters étaient privés de déplacement et de leur liberté de montrer leur soutien à leur équipe : ce sont donc les stéphanois qui ont subi cette interdiction, qui fait rare était portée à la fois par les autorités monégasques, et la préfecture des Alpes-Maritimes. La décision monégasque avait été justifiée par la tenue le même week-end du grand prix historique de Monaco qui mobilisait trop de policiers pour pouvoir encadrer dans de bonnes conditions la venue des supporters stéphanois, ainsi que de possibles risques de troubles à l’ordre public lié au Nice-Caen qui se tenait simultanément. Notons tout d’abord les défaillances de l’organisation du calendrier par la Ligue, qui aurait pu anticiper la tenue de cet événement (comme cela est souvent le cas), et ne pas prévoir de match dans la principauté ce jour là. De plus, contrairement aux autres interdictions, sans que cela ne les justifie pour autant, aucune mention de possibles affrontements entre monégasques et stéphanois, pour la simple raison qu’il n’existe aucun antagonisme entre eux. Pour preuve, tout le peuple vert se souvient de la marrée verte (10 000 stéphanois) qui avait déferlée sur Louis II en 2005, ce qui a donné lieu à des images mémorables d’un stade au ¾ vert… sans qu’aucun incident n’ai été à déplorer.

Très rapidement, l’ensemble des associations de supporters de l’ASSE ont appelé à ne pas respecter l’interdiction, et à se rendre massivement sur le Rocher afin de protester contre cette décision, et en espérant dans un premier temps faire changer d’avis les autorités monégasques. Or, c’est un véritable bras de fer qui s’est engagé entre ces derniers et les supporters des Verts. C’est en effet suite à cette décision que la préfecture des Alpes-Maritimes a annoncé interdire la présence de supporters stéphanois dans plusieurs villes du département. C’est ensuite l’AS Monaco qui s’est employé à empêcher coûte que coûte les stéphanois d’assister au match, en fermant la billetterie en ligne et en durcissant les conditions d’achat au guichet (par ailleurs fermé le soir du match), en demandant les cartes d’identité des acheteurs. C’est ainsi toute une partie de la Côte-d’Azur qui s’est liguée contre les supporters de Saint-Étienne bien décidés à faire valoir leurs droits.

Le jour-J, ils étaient ainsi 200 à avoir fait le choix de rejoindre le Rocher pour poursuivre la lutte contre les arrêtés liberticides. En l’occurrence, celui entourant cette rencontre visait toute personne se prévalant de la qualité de supporter stéphanois : en se présentant aux portes du Rocher sans signe distinctif, aucun stéphanois présent ne violait alors l’arrêté en vigueur. Pourtant, malgré le respect de l’arrêté, les 200 stéphanois qui avaient fait le choix de passer par l’Italie, en train, se sont fait arrêtés par des policiers en gare de Menton après avoir pris le train à Vintimille. Ce sont donc les forces de police prétendument indisponibles qui ont retenu les supporters en gare, en plus de celles mobilisées dans les gares ou aux péages pour surveiller les véhicules entrant. Pire, si certains sont retenus en garde à vue, les supporters sont priés de reprendre le train direction… l’Italie ! L’État français a donc renvoyé ses citoyens, au simple motif qu’ils ont souhaité aller encourager leur équipe. Au final, des membres des Magic Fans ont réussi à s’approcher à 200 mètres de Louis II avant d’être retenus par les autorités monégasques, et de rentrer calmement dans le Forez, tout comme l’ensemble des stéphanois y compris ceux placés en garde à vue, ayant répondu à l’appel initial des groupes de supporters.

Préfets et médias complices, supporters exemplaires

Que retenir de ce nouvel sombre épisode du football français dont les services de l’Etat ont été encore une fois complices ? Tout d’abord qu’ils ont ouvertement menti en prétendant ne pas disposer d’assez de forces de l’ordre pour encadrer les supporters stéphanois, avant néanmoins d’en trouver assez pour boucler la gare de Menton et contrôler les routes principales de la région. Plus grave, ce sont des ressortissants français qui ont été renvoyés vers l’étranger en toute impunité. Encore plus grave, aucun média, à l’exception de l’Équipe et de journaux locaux, ne se sont fait écho de la situation, pourtant révélatrice des manquements de l’Etat français en tout point. Le Canal Football Club s’est même offert le luxe de mentionner les débordements de quelques supporters grenoblois en marge de la rencontre GF 38 – ESSG, mais de ne pas dire un seul mot sur ce que les supporters stéphanois ont subi aux frontières du pays. Car ce qui est à souligner c’est également, et surtout, le comportement irréprochable de tous les stéphanois ayant effectué le déplacement. Aucun débordement à signaler, une dignité gardée malgré l’humiliation subie, et une capacité singulière de montrer leur mécontentement sans violence. Le club a même souligné dans un communiqué officiel la fierté procurée par le comportement exemplaire de ses supporters.

Le plus triste dans l’histoire est certainement que rien ne laisse penser que la situation ne se reproduira plus jamais, la faute à une ligue sourde, des préfets de région affabulateurs, et des médias qui, à défaut de soutenir la cause, ne relaient pas les faits tels qu’ils se déroulent. Les supporters sont finalement les seuls se positionnant collectivement dans une posture constructive, signe de leur volonté de faire évoluer les choses. Pourtant, ce seront toujours ceux qui seront montrés du doigt au moindre débordement, pendant que les préfets et les responsables de la Ligue continueront à bafouer de manière hebdomadaire les droits fondamentaux de citoyens français.

Auteur : Raphaël G.

Enfant du Chaudron, c'est avant tout la ferveur du peuple vert qui m'a rendu fou de foot. Pour un football populaire et le respect des libertés des Ultras. (A gagné le 100ème derby).

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