Love letter to Chris Waddle

26
septembre
2018

Auteur :

Catégorie : Culture foot

Chris Waddle Marseille

Chris (si tu permets que je t’appelle ainsi)  tu es entré dans ma vie un soir de Juillet 1989, l’OM de Tapie débutait la conquête de son 2ème titre de champion de France d’affilée par une victoire sans souffrir chez le promu lyonnais (4-1) du jeune président Aulas et ton entrée déclencha tout chez le jeune homme que j’étais et qui venait de sortir de l’adolescence…

Certes, tu étais ce soir-là en méforme, on devinait que le houblon et les sucreries ingurgités pendant l’été n’avaient pas toutes été éliminées, le maillot trahissait quelques bourrelets et ton cou semblait démesurément épais.

Il faut dire que ton transfert avait été tardif et surprenant en ces temps où la TV ne diffusait que peu de matches internationaux, seuls les spécialistes « pointus » t’avaient vu jouer avec Tottenham ou la sélection anglaise et connaissaient ta valeur.(Bernard Tapie était de ceux-là)

Ici, certains commençaient à glosser sur ton prix (45 M de francs, soit 7 millions d’€) jugé excessif, ils pensaient qu’un anglais ne pourrait pas s’intégrer dans le championnat français, et surtout pas à Marseille, si loin du climat londonien !

Le pêcher originel

A vrai dire, ce 21 Juillet, tu n’as pas fait mentir les sceptiques, tes débuts à la mi-temps d’un match déjà joué (3-0) ont été quelconques, aucune action d’éclat, aucune implication sur le but final de Mozer sur un centre de Papin, mais je me souviendrai toujours d’un crochet intérieur que tu infligeas au lyonnais chargé de te surveiller. Cela se passait au niveau de la ligne médiane, et sur 5 mètres tu l’avais éliminé avec une facilité qui m’avait fait dire : « celui-là, c’est un crack ! ».

Certes, l’action ne déboucha sur rien, peut-être même que ce défenseur était-il parvenu à revenir sur toi, récupérer le ballon mais de cela je ne me souviens pas, ma mémoire a retenu ce dribble, un peu comme un pécher originel.

Tu ne fis définitivement taire les critiques que quelques semaines plus tard, lors de la réception de Paris et ce fameux but, lob du gardien (Joel Bats !) et talonade dans les cages vides, mais c’est oublier qu’entre temps, tu fus à l’origine de nombreux buts, grâce à des corners précis sur Mozer ou Vercruysse, et des ouvertures millimétrées à l’adresse de JPP.

Peu à peu tu devins indispensable, tes dribbles vont se multiplier, soit par accélérations, soit par des feintes qui rendront fous les défenseurs français et européens, mais également tes coups-francs qui, du Racing Paris au Sredets Sofia, en passant par Lille, martyriseront bien des gardiens.

Benfica, RFA ou Bari, à un cheveu de la consécration

Cette prime saison s’achèvera par la déception de Benfica, tu fis pourtant de ton mieux pour assurer la victoire à l’aller, les deux buts (Sauzée et Papin) viennent de toi, mais je sens poindre un regret d’avoir fracassé ce coup de pied arrêté sur la transversale, alors que Silvino, le gardien portugais était battu. Ah si tu avais marqué Chris, la main de Vata au retour eut été anecdotique….mais on ne refait pas les matches…

Tout au long de ces 3 saisons que tu passas sur la Canebière tu nous enchantas, nous devînmes mêmes supporters du onze aux trois lions pour la coupe du monde 1990 en Italie. Nous tremblâmes en vivant cette prolongation contre le Cameroun, nous exultâmes sur le but vainqueur de Platt, nous espérâmes en ½ finale contre nos ennemis communs, les allemands, mais au final, nous pleurâmes de voir ta frappe rejoindre les étoiles et les germains aller en finale…

Il faut dire que nous avions eu quelques difficultés à te reconnaître, toi, qui avait décidé te couper tes cheveux, tout comme Sanson, avais-tu à l’occasion perdu ta force ? qu’allaient devenir les enfants de Marseille sans leur coupe mulet en ton hommage ?

Que l’on se rassure, sans aide capillaire, tu poursuivis tes chevauchées dès ton retour dans la ville qui t’avait adopté de manière définitive.

90-91 demeurera sans doute ton apogée en terme de performances, car au-delà d’un nouveau but contre Paris (victoire 2-1), ou de cette frappe qui mit Barthez à genoux (Toulouse 2-0), l’on se souviendra de Milan.

A l’aller c’est ta passe qui trouva JPP pour l’égalisation, mais au retour, personne n’a oublié ce slalom, où tu te jouas des Costacurta et Baresi pour t’écrouler, épuisé, après avoir évité Rossi le gardien transalpin. Il faut dire que depuis un bon ¼ d’heure tu étais dans le brouillard, victime d’un coup dans les cervicales qui te fera oublier jusqu’au but que tu inscrivis, cette volée du droit qui trouva le petit filet opposé pour la qualification historique des olympiens dans le dernier carré de la C1.

La seule fois où je t’en ai voulu fut à Bari, cette finale que l’OM n’aurait jamais dû perdre, ce traquenard monté par l’étoile rouge, ces tirs aux buts maudits que vous auriez dû éviter, notamment quand tu t’élevas pour reprendre le ballon de la tête, mais échouas…

« Comment ? « m’écriais-je, « nous avons le seul joueur anglais qui est nul de la tête ! », il est vrai qu’il ne s’agissait pas là de ta qualité première, mais cette rancœur ne dura pas, heureusement.

We’ve had this feeling !

Que dire de l’ultime saison ? Elle commença par un camouflet à l’égard d’Ivic, le nouveau coach qui te demandant de défendre davantage, te vit évoluer carrément arrière d’aile, au grand dam des supporters olympiens et des observateurs qui exigèrent ton retour à un poste plus offensif.

Nous ne savions pas qu’il s’agissait de ta dernière année, mais nous constatèrent néanmoins une baisse dans tes performances, un coup de moins bien peut être dû aux 32 ans que tu allais fêter…mais de là à imaginer que tu partirais en Juin 1992, avec JPP qui plus est, cela nous aurait fendu le cœur…

Dans les faits notre tristesse fut réelle lors de ton départ pour Sunderland, pas même le duo hilarant que tu enregistras avec Basile « we’ve got the feeling » ne réussit à nous rendre le sourire.

Alors, nous nous mirent à suivre davantage la Premier League anglaise, scrutant les résultats de Sunderland, épiant les images de notre slalomeur préféré…tout en restant supporters de l’OM et si fiers de cette coupe aux grandes oreilles qui s’offrirait à nous, mais sans toi.

De nos jours, quand on pense à notre OM, celui de cette époque, si la victoire de Munich vient immédiatement à l’esprit, elle est très vite suivie de tes dribbles et facéties, des buts de JPP, que nous associons à cette période bénie.

Quant à moi, je continue à placer tout en haut de mon panthéon tes actions, le plaisir que tu m’as donné, tu me sers d’étalon pour tous les joueurs qui évoluent à ta place, en faux-ailier, « oui il est bon, mais ça n’est rien comparé à Waddle », combien de fois ai-je répété cette phrase de Ribery à Thauvin !

Petite fierté personnelle, je garde précieusement en images sauvegardées les quelques tweets que tu as eu la délicatesse de « liker », ainsi que la discussion privée à propos de….Umtiti que j’ai contribué à te faire découvrir en 2016.

tweetwaddle

Thanks for all, Chris !

Auteur : Gilmon

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