LOSC/Lopez : une idylle aussi excitante qu’éphémère

16
mars
2018

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Catégorie : Ligue 1

lopez

Les incidents du week-end dernier, à Pierre Mauroy, n’ont fait qu’aggraver un cas déjà critique pour le LOSC. Un comportement exceptionnel de la part de supporters dans une situation qui l’est tout autant. À l’heure des interventions média de la part des dirigeants au club, la problématique des responsables se pose. Et à ce jeu-là, le nouveau board mené par Gérard Lopez n’est en rien innocent. 

Lopez, un passé aux bases contestables

C’est avec des qualificatifs pour le moins conventionnels que Michel Seydoux a laissé sa place à Gérard Lopez. “Un ami”, auquel il donne les clés d’un camion en proie à des difficultés financières certaines. Il faut savoir que le président du LOSC a construit sa réputation sur des paris. En achetant puis en revendant des entreprises, il a eu le nez creux en usant de cette routine pour acquérir le logiciel Skype en 2003 contre une trentaine de millions d’euros, pour le revendre environ cent fois plus cher à Amazon, deux ans plus tard. Milliardaire évident, homme de coups, cet hispano-luxembourgeois a construit son monopole autour du risque.

Avec sa holding (société prenant des participations financières dans d’autres sociétés et qui en contrôle l’activité) familiale, Genii Capital, Lopez a agrandi son Empire. En 2009, cette société a repris l’écurie Renault F1 Team pour environ 20 millions d’euros. Soit, quatre moins cher que le club de football nordiste. L’équipe d’origine française a négocié ensuite un prêt avec la banque estonienne SNORAS, à hauteur de 40 millions d’euros, pour la gestion globale. Accord vite embourbé par la faillite de cette même banque. Derrière, Lopez ne pouvait assurer la pérennité financière seul. D’où l’affiliation à la marque Lotus, donnant 20 à 30 millions d’euros de sponsoring annuel sur une durée de sept ans. Sans rentrer plus dans le détail, notons la dépendance du président lillois à des rentrées externes d’argent.

Quatre ans plus tard, en 2013, le temps se gâte pour l’investisseur luxembourgeois. Tandis que des rumeurs circulent quant à une vente de l’écurie, Gérard Lopez essaye de négocier avec le propriétaire de la Formule 1 (Bernie Ecclestone) pour équilibrer son budget. Le tout, en ayant l’incapacité de fournir à temps les bulletins de salaires aux personnes travaillant pour Renault-Lotus. Ça fait tâche… Et cela a même touché les sportifs, comme Kimi Raikkonen. Le champion du monde 2007, gagnant environ 4 millions d’euros l’année à ce moment-là, n’a été payé, pour sa saison 2012-2013, qu’à l’hiver de la saison suivante. Lui qui avait signé chez Ferrari. Coïncidence ? À voir…

En somme, chaque saison dans l’ère Formule 1, Genii Capital a garanti 40 à 45 millions d’euros dans le budget de Lotus F1 Team. Le problème est que ces garanties venaient d’ailleurs. La banque SNORAS en 2010, Proton en 2012, Andrew Ruhan en 2013. A partir de 2014, la société luxembourgeoise n’a plus investi plus qu’une quinzaine de millions d’euros dans l’équipe, toujours sous la forme de prêt remboursable dans le temps. Difficile de poser les fondations sur un terrain miné. À l’heure de son départ de Lotus, Gérard Lopez a laissé l’écurie dans un déficit de 68,2 millions d’euros pour la saison 2015.

 Lopez Bielsa

Et au LOSC ?

Selon différentes sources (Mediapart, France 3 Nord-Pas-de-Calais), Gérard Lopez a usé d’un stratagème nouveau pour mener à bien son projet au LOSC : le montage financier. Comme vous l’avez compris auparavant, Lopez compte sur des emprunts pour marcher. Il a associé sa holding à la société Victory Soccer, à hauteur de 95% des parts. Et Victory Soccer est :

  • une entreprise britannique

  • propriété de Chimera Consulting, société offshore enregistrée à Hong-Kong

  • Chimera Consuting est, depuis le 17 Février 2016, entière possession d’Incredible Wealth Limited, domicilié… aux Îles Vierges britanniques, petit paradis des Caraïbes.

Mais bien entendu, les motivations ne sont pas fiscales. Avec ce cheminement, le LOSC est devenu une équipe dirigée par une entreprise à la fiscalité plus qu’avantageuse. Elle n’est pas la seule, Nantes, Lens et Marseille le sont également. Mais les socles sont (hormis Lens) bien plus solides.

Gérard Lopez est donc l’homme des gros coups, mais aussi des idylles de court terme. Lotus, et maintenant Lille. Lorsque la situation s’est tendue, le boss actuel du LOSC a su user de ses partenaires physiques. En effet l’une des forces de Lopez, c’est de savoir s’entourer. Preuve en est avec les expérimentés Marc Ingla et Luis Campos, qui ont souvent communiqué après les plus grands moments de crise. Chacun son rôle. Chose qu’il ne faut pas oublier, c’est que le club nordiste est en déficit constant, depuis dix ans, dans son budget. Et ce, dans de larges proportions. En 2016, le LOSC a présenté un déficit structurel à hauteur de 36,5 millions d’euros. Pour faire court, le déficit structurel correspond à :
(charges, salaires, loyers, coûts de formation, etc.) – (toutes les recettes, dont la billetterie, les droits TV, etc.) = x.
Pour compenser ces 36,5 millions d’euros, deux solutions s’ouvrent : vendre des joueurs, ou demander un effort conséquent de la part de l’actionnaire principal. Une somme que Lopez n’a pas anticipé. Toutes ces dépenses, d’ombre ou de lumière, ont fini par avoir eu raison de l’entrepreneur.
Pour rappel, Lille a dépensé 65 millions d’euros l’été dernier, après que Lopez ait “offert” une somme aux alentours des 40 millions d’euros pour le mercato hivernal lors de la saison passée. C’est conséquent pour une équipe qui a rarement vendu/acheté pour des montants supérieurs aux 10 millions d’euros.

Le calcul est simple. Plus de 150 millions d’euros ont été lâchés sous l’ère Gérard Lopez au LOSC. Une somme démentielle pour lui, d’autant plus lorsqu’il s’agit de voir quels ont été les dépenses lors de son passage chez Lotus-Renault. Prise de conscience tardive ? Projet vacillant ? Il est en tous cas difficile d’en vouloir à Michel Seydoux. Charmé par les mots de Lopez, l’ancien président, champion en 2010, a donné les clés du camion à un homme décrit comme un personnage “qui ne ment pas, mais qui détourne la vérité”. Aujourd’hui le LOSC est en grand danger, sportivement et financièrement. Malgré tout, n’oublions pas que L’Equipe signait un papier mentionnant que Lopez, déterminé, serait prêt à donner une enveloppe de 70 millions d’euros cet été pour recruter. Avant le mercato, il faudrait peut-être penser à passer l’obstacle DNCG…

Auteur : Clément Finot

Le sens du jeu de Pirlo, le jeu de tête de Chamakh, les appels en profondeur de Cavani, mais surtout l'amour d'écrire sur le jeu.

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