L’OM, l’amour et la révolution

13
janvier
2020

Auteur :

Catégorie : Ligue 1

Stade_Velodrome_Simon_Wagner

Loin de la médiocrité ambiante affichée à la fin de l’ère Garcia, le navire phocéen s’est remis dans le sens de la marche sous la houlette du commandant Villas-Boas. En quelques mois, l’embellie des résultats a propulsé l’OM à un rang un peu plus conforme à son statut et ses ambitions. Pourtant, malgré le soutien inconditionnel de ses nombreux fidèles, beaucoup de choses ont changé au sein du club et la situation financière peu reluisante couve un avenir incertain. Mais Marseille n’est plus la même. Une véritable révolution culturelle a eu lieu dans la cité phocéenne. La communication de Jacques-Henri Eyraud a infusé dans l’esprit d’une large partie du public de façon à le rendre plus patient et sans doute un peu moins exigeant que par le passé. Point d’étape d’une saison charnière.

On dit souvent que l’amour rend aveugle et ce ne sont pas les supporters olympiens qui prétendront le contraire. Quelques festivités organisées main dans la main entre la direction et les groupes de supporters pour célébrer les 120 ans du club et une victoire étriquée début novembre face à la plus mauvaise équipe de Lyon de ces vingt dernières années ont suffit pour que les fidèles du Vélodrome enterrent la hache de guerre vis à vis de la direction du club. Assez stupéfiant quand on connaît le mépris dont a fait preuve la direction du club à l’égard du petit peuple des virages et de certains groupes de supporters en particulier. Mais comme écrivait l’auteur marseillais Jean-Claude Izzo « Aimer, c’est sans doute se montrer nu à l’autre. Nu dans sa force, nu dans sa fragilité. ». Supporters manipulés ? Téléguidés ? Il ne suffit pas en effet d’agiter l’effigie du Che pour incarner un esprit rebelle dans les travées du Vélodrome, il faut aussi savoir « trembler d’indignation devant l’injustice » selon la formule du célèbre guérillero argentin.

Mais ainsi va la vie sur les bords du Lacydon, à Marseille, les résultats primeront toujours sur tout le reste. Les dirigeants olympiens le savent, ici, tant que l’OM gagne, vous êtes tranquilles. A ce propos, la métaphore de Franck Sauzée est on ne peut plus juste. Lorsqu’il évoque l’attachement des supporters olympiens à leur club, l’ancien milieu de terrain international – meilleur buteur marseillais de la campagne de Ligue des Champions en 1993 – parle d’un amour indéfectible et paternaliste envers un membre de la famille : « C’est ça l’OM, c’est un frère, un fiston qu’on aime souvent, qu’on déteste parfois, mais à qui on pardonne toujours. Si l’OM joue mal, les supporters vont lui mettre une beigne, et puis, deux heures après, ils vont le prendre, allez viens là … On t’aime. C’est ça l’OM ».

Alors certes, l’OM a beaucoup changé, mais la métamorphose du club en franchise américaine était hautement prévisible avec un actionnaire comme Mc Court et un féru de sport US comme Jacques-Henri Eyraud. Le Vélodrome se donne désormais en spectacle telle une enceinte de franchise NBA. Et si beaucoup rêveraient d’entendre le chant « Olympique Magnifique » – sur l’air du Coupo Santo, hymne provençal – repris en cœur par tout le Vélodrome en préambule du match, ils doivent se résoudre à écouter la nouvelle sono cracher « Bad boys de Marseille » et admirer les jeux de lumière et le crépitement des flashs chers au diplômé d’Harvard recouvrir les animations des virages.

Le changement est brutal, le Vélodrome est devenue une salle de spectacle, la fameuse « fan expérience » bat son plein. L’enceinte du boulevard Michelet n’est plus l’agora populaire qu’elle fut jadis. Au milieu des années 90, Izzo peignait avec les mots un Marseille qui n’existe sans doute plus : « Marseille n’est pas une ville pour touristes, il n’y a rien à voir. Sa beauté ne se photographie pas. Elle se partage. Ici, faut prendre partie. Être pour, être contre. Être, violemment. » Après la ville dans un état de délabrement avancé, la gentrification du Vélodrome se présente comme un reflet de celle-ci et c’est une certaine idée de l’OM qui tend donc à s’estomper. Car les américains ne considèrent le sport que comme un spectacle qu’on consomme. Mais qu’on se le dise, pour les amoureux du maillot blanc la valorisation de la marque OM chère aux nouveaux dirigeants n’équivaudra jamais à une ligne au palmarès.

Stade_Velodrome_Clément_Matteolli

Sur la pelouse, bien heureusement, une petite révolution a elle aussi vu le jour et l’embellie s’est confirmée au fil des matchs. On reprend enfin du plaisir à voir cet OM jouer et c’est un moindre mal après l’harassante saison dernière. La recette du succès est simple. Cet effectif avait besoin de sang neuf et l’apport des trois recrues estivales s’avère précieux. L’OM gagne de nombreux matchs à l’envie, grâce à un état d’esprit combatif incarné par Alvaro González, lequel n’a encore jamais connu à ce jour le goût de la défaite sous le maillot blanc. Les résultats aidant, il règne une ambiance de franche camaraderie sur les terrains du centre Robert Louis-Dreyfus. C’est dans l’approche mentale que Villas-Boas et son staff ont œuvré pour redonner à ce groupe la confiance et le goût du combat. En effet, on constate que sans une intense débauche d’énergie, dans le pressing haut notamment, l’escouade olympienne peine à prendre le dessus sur ses adversaires. Le technicien lusitanien a rapidement compris que le championnat hexagonal n’est sans doute pas le plus difficile en terme de niveau de jeu mais qu’il reste une compétition compliquée et regorge d’équipes pénibles à jouer.

Depuis sa prise de fonction, André Villas-Boas a également affiné sa stratégie. Il a par exemple su intelligemment laissé l’initiative du jeu à certains adversaires pour ensuite faire parler en retour la qualité individuelle de certains de ses hommes. Comme l’écrivait si justement Jean-Claude Izzo : « Boxer ce n’est pas seulement cogner. C’est d’abord, apprendre à recevoir des coups. À encaisser. Et que ces coups fassent le moins mal possible. ». L’OM d’André Villas-Boas n’est plus ce gros budget naïf de Ligue 1 qui arrivait la fleur au fusil et faisait office de victime idéale. Ambition dans le jeu, solidité défensive et froid réalisme, après avoir gagné en jouant mal avec Didier Deschamps et perdu en jouant bien avec Marcelo Bielsa au cours de la dernière décennie, il semblerait que l’OM ait trouvé en AVB le parfait compromis.

Le facteur X de cet OM ? Un Dimitri Payet retrouvé, responsabilisé par le coach portugais, qui joue actuellement son meilleur football, sans doute galvanisé par la perspective de réintégrer le groupe France en vue de l’Euro 2020. Pour autant, tout le monde connaît les limites de cet effectif bâti en dépit du bon sens à certains postes et où l’absence pour quelques semaines encore côté droit de Florian Thauvin se fait cruellement sentir.

La seconde partie de saison qui s’annonce comporte deux objectifs majeurs pour la suite du projet marseillais : accrocher le podium et réduire de déficit avant le 30 Juin. Six mois d’intense compétition où l’aspect sportif et financier vont devoir cohabiter pour, on l’espère, ramener durablement l’OM à un rang plus conforme à sa glorieuse histoire.

Ce soir, au coucher du soleil, le ciel de la cité phocéenne oscille entre les tons ocre et le rouge vif. Un ciel aux allures de drapeau provençal qui annonce une année charnière pour la ville et son totem ardent, son sulfureux club de football dont les fidèles sont les garants d’une certaine identité. Car à Marseille, jungle urbaine où au carrefour des virées nocturnes naissent tant d’amours éphémères, il est un amour passionnel et indéfectible qui nous absorbe de notre naissance à notre mort, celui du maillot blanc.

Nota Bene : Ce papier est dédié à « Law », ma pote, fervente supportrice de l’OM, avec qui j’aimais entonner le Coupo Santo, et qui s’est éteinte quelques jours avant Noël.

 

Credits photos

  • Photo du stade Vélodrome par Simon Wagner via Unsplash

  • Photo du stade Vélodrome par Clément Matteoli. Sincères remerciements à lui, vous pouvez le suivre sur son réseau Instagram et retrouver d’autres photos du stade olympien sur Twitter.

Auteur : Yannis Eleftheria

Méditerranéen rebelle et romantique baptisé à la religion footballistique. Le foot pour sa dimension sociale, la plume comme arme.

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le !

Les derniers articles de la catégorie Ligue 1

Plus dans Ligue 1
Mauro_Icardi
Icardi le mal aimé 

En plein désamour entre Neymar Jr et le public parisien, la fin de mercato estival 2019 a vu arriver un...

eyraud-mc court
L’OM, comme un bateau ivre

Après seulement 3  matches, et malgré la dernière victoire contre Saint-Etienne, l'OM et ses dirigeants sont plus que jamais sur...

OM_George_Weah
OM 2000/2001 : Le chemin de croix

Selon le philosophe et politicien Athénien Thucydide (460 - 397 av. JC) « L’histoire n’est qu’un éternel recommencement ». En se plongeant...

Fermer