L’OM, comme un bateau ivre

04
septembre
2019

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Catégorie : Ligue 1

eyraud-mc court

Après seulement 3  matches, et malgré la dernière victoire contre Saint-Etienne, l’OM et ses dirigeants sont plus que jamais sur la sellette, le changement d’entraîneur ne semble pas avoir calmé les ardeurs des supporters qui réclament des actes en conformité avec les promesses énoncées lors de la reprise du club et de la cohérence dans les discours des responsables.

« Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs »

En déclamant son « bateau ivre » en 1871, devant des Parnassiens impressionnés par les 25 quatrains, la métrique du poème et la richesse des allégories, Arthur Rimbaud ne s’imaginait pas que son œuvre allait servir à illustrer par la suite des projets incertains, sans but précis et la plupart du temps, voués à l’échec, comme semble l’être celui mis en place depuis le 31 Aout 2016 par le duo Mc Court, actionnaire (majoritaire à 95 %) – propriétaire de l’OM et Jacques-Henri Eyraud, président délégué.

La fin du champion project

Si le bateau du poète est délaissé par les hommes chargés de le tirer par une corde le long d’une berge, le laissant dériver sans direction ni guide précis, comme un ivrogne titubant après une bonne cuite, le club phocéen a, semble t-il encore des dirigeants, mais le projet, qualifié de Champion il y a 3 ans, est devenu pour le moins très flou … Les supporters olympiens, alléchés par la prime saison, la finale d’Europa League et les décisions structurelles (partenariat avec des clubs locaux, gérance du stade Vélodrome….), s’attendaient à ce que leur club retrouve progressivement les sommets, si ce n’est de l’Europe, du moins de la ligue 1, c’était d’ailleurs l’objectif annoncé dès l’annonce de la reprise du club par Frank Mc Court.

Or,  avec le recul, l’on s’aperçoit que le parcours d’Europa League n’aura été qu’une parenthèse, un cache-misère même, l’équipe, confiée à Rudi Garcia, échouant à 2 reprises dans la qualification en Ligue des Champions. Et ce, malgré des acquisitions de joueurs expérimentés et réputés (Rami, Strootman, Mandanda, Payet) mais qui n’ont pas su montrer l’exemple et tirer le groupe vers le haut, et de jeunes prometteurs (Sanson, Radonjic, Caleta-Car) qui n’ont pas progressé à la hauteur des espérances.

Pire, les dépenses en transferts et salaires ont mené le club vers une dérive financière qui a conduit l’UEFA à prononcer une restriction budgétaire (obligation de revenir à l’équilibre financier de 30 M€) ainsi qu’une amende de 2 millions et un effectif réduit en cas de qualification en compétition européenne. Tout cela au titre du fair-play financier, qui n’a pas toujours été appliqué avec la même célérité envers d’autres clubs … Désormais obligés de vendre avant de pouvoir acheter de nouveaux joueurs, le club se retrouve dans la situation de la fin de l’ère Louis-Dreyfus, lorsque Vincent Labrune évoquait à l’envie le manque de moyen financier (« C’est quand même exceptionnel, cela fait 4 ans que je répète à qui veut l’entendre, y’a plus d’argent »), les 200 M€ promis par l’ex boss des Dodgers ayant été dépensés.

Les accusés

Les supporters râlent, accusant Rudi Garcia, Andoni Zubizaretta et J-h Eyraud d’incompétence et mauvais choix.

A l’ex-coach lillois, il est reproché, outre des choix tactiques discutables, des déclarations inopportunes, mettant l’accent sur des lacunes extérieures (décisions arbitrales contraires, scenarii de matches, calendrier…) sans se remettre en cause. Mais surtout ses choix en terme de recrutement, privilégiant des options trop personnelles (Sertic même agent, Strootman, vieillissant, acheté 30 M€, le coup de cœur Caleta-Car (19 M€)…) au détriment de la qualité et des besoins (Germain, aligné dans un 4-3-3 alors qu’il n’en a pas les qualités).

L’entraîneur avait, semble t-il, pris le pouvoir, dans sa collaboration avec son directeur sportif Zubizaretta, dont les trouvailles étaient rarement acceptées par Garcia. Ayant obtenu pleine confiance aujourd’hui, le catalan pêche par un immobilisme et une lenteur d’action supposées qui n’ont permis, à une semaine de la fin du mercato, de finaliser que 2 recrues (Alvaro et Benedetto) …

Le président délégué Jacques-Henri Eyraud est celui sur lequel se focalise le plus de critiques, il a multiplié les déclaration malheureuses, proposant de la tisane pour calmer les supporters et journalistes impatients, convoquant la presse pour la présentation du sponsor maillot sans relief (Uber Eats), proposant de modifier les règles du football (un but hors de la surface compterait double), ou se prononçant sur les valeurs comparées de Neymar et Mbappé, alors que ses interventions pour le club dont il a la charge, dans les moments de crise, sont illisibles, voire absentes. De plus, il a mené un combat contre les fidèles du virage Sud (bannissement des Yankees) et augmenté les tarifs, ce qui risque de faire perdre peu à peu l’ambiance populaire si chaude du vélodrome.

C’est cette absence, ou présence incohérente qui fait penser que l’OM est laissé sans guide, sans ligne directrice, comme le bateau ivre Rimbaldien, Eyraud ayant affirmé que l’équipe sera profondément remaniée (« on procèdera à des changements importants pour rebondir et afficher un autre visage »  LaProvence 11/05/2019), que les moyens existaient (“On bénéficie quand même d’une enveloppe significative cet été » Football.fr 5/08/2019), alors qu’André Villas Boas, interrogé à chacune de ses conférences d’avant match sur les possibles recrues, remet sur le coin de la table le manque de financement et la probable fin de mercato sans renfort majeur.

La colère gronde

Il reste à l’état-major olympien à mettre de l’ordre dans les objectifs (le tiercé de tête est-il vraiment atteignable ?) et déterminer les moyens pour y parvenir (le recrutement d’un latéral gauche est déjà à oublier, celui de Rongier, remplaçant de Luiz Gustavo, compromis à l’heure actuelle (mardi midi), et même s’il se concrétise le feuilleton aura entamé le peu de crédit de l’équipe dirigeante, et signatures pro des espoirs Lihadji, ou Nkounkou).

Sans cela, le conflit risque de perdurer entre la direction et les fidèles, et l’on sait que ces derniers (qui envisagent diverses actions telles que le boycott des produits du club et du site, la grève du stade, les sifflets et banderoles…), sont capables de tout lorsqu’ils n’ont pas l’ivresse du week-end, le plaisir de voir leur club de cœur gagner, et avec la manière, comme lorsque l’OM rayonnait en France et en Europe et que les joueurs récitaient des alexandrins parfaits, offrant des quatrains inspirés, comme dans les poèmes rimbaldiens…

« Ce n’est qu’au prix d’une ardente patience que nous pourrons conquérir la cité splendide qui donnera la lumière, la justice et la dignité à tous les hommes. Ainsi la poésie n’aura pas chanté en vain »

Auteur : Gilmon

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