L’OM Champions Project ou le pari permanent

03
février
2018

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Catégorie : Ligue 1

eyraud-mc court

Jeudi soir à minuit précise ont retenti les douze coups marquant la fin du mercato en France. Alors que beaucoup, à Marseille et ailleurs, parmi les supporters de l’OM attendaient que notre club se renforce pour être aussi bien armé que possible en vue de la deuxième partie de saison qui s’annonce à la fois acharnée et primordiale pour la suite du projet OM Champions, la colonne arrivée est restée désespérément vide. Le seul mouvement de ce marché hivernal, pour notre club, fut le départ de Doria vers la Turquie. Est-ce que cette inactivité est catastrophique ? Non. Est-ce qu’on peut la considérer comme un petit peu, voire plus, préoccupante ? Je le crois. Aux douze coups de minuit, l’OM n’est pas redevenu le club délabré qu’il était il n’y a pas si longtemps, ce qui aurait constitué un mauvais remake de Cendrillon.

Toutefois, près d’un an et demi et trois mercatos après l’arrivée du duo McCourt-Eyraud à la tête du club et alors que le club est actuellement deuxième ex-aequo avec Lyon un point devant Monaco (avant la journée de Ligue 1 en cours et le match Monaco-Lyon de demain soir), il ne me parait ni absurde ni exagéré de faire une forme de constat à l’instant T. Il ne s’agit évidemment ni d’un bilan définitif – il faudrait être incohérent selon moi pour tirer des bilans à la mi-saison – ni je ne sais quel jugement péremptoire. A mon sens, tout en se gardant de jouer les Cassandre, il nous faut mettre l’accent sur les risques qui peuvent exister à cet instant tout en n’occultant pas les avancées certaines qui se sont produites depuis la prise de pouvoir du nouveau binôme exécutif en octobre 2016. Il ne me parait pas idiot de mettre en exergue un fil d’Ariane présent depuis le rachat du club, celui de la propension de la nouvelle direction à constamment faire des paris – ce qui n’est ni une mauvaise ni une bonne chose en soi.  Voilà donc la modeste ambition de ces quelques lignes, tenter de mettre en évidence ce qui semble structurer le club depuis un an et demi : le pari permanent.

 

La source tarie ?

 

Evacuons d’emblée une ambigüité qui pourrait poindre au fil de ce papier, la plupart des considérations économiques y seront purement théoriques pour au moins deux raisons. La première tient au fait que les comptes de l’année en cours ne sont, par définition, pas encore disponibles et la deuxième au fait que Jacques-Henri Eyraud, qui est censé être la personne chargée d’expliciter la stratégie financière du club, n’a eu de cesse de louvoyer à chaque fois qu’il a abordé la question. Une fois ces considérations préalables explicitées, il nous faut me semble-t-il nous poser une série de questions, auxquelles je n’ai malheureusement pas de réponse ferme : à quoi est-dû l’inactivité marseillaise sur ce mercato ? Au manque de trésorerie pour parler crûment ? Ou alors simplement au fait que la stratégie a été de ne pas recruter ? En somme la seule question qui vaille est celle consistant à se demander si cette inactivité est voulue ou subie.

N’ayant pas la réponse à cette question, nous voilà forcés de raisonner sur les deux hypothèses et dans cette partie nous retiendrons celle qui suppose que cette inactivité est subie en raison d’une absence de liquidités dans les caisses du club. Lors du mercato estival, l’ami Mourad Aerts, journaliste sur Football Club de Marseille, avait mis en évidence une forme de document de cadrage édité par le conseil de surveillance et auquel le président Eyraud devait se plier. Ledit document stipulait le nombre de recrues pour le mercato estival et l’arrivée de Jordan Amavi en prêt avec option d’achat quasi automatique semblait répondre à cette logique. Tous ces éléments semblent accréditer la thèse selon laquelle l’OM n’avait tout simplement pas les moyens de recruter cet hiver. Cette thèse est doublement corroborée par des évènements très récents. Tout d’abord la publication du résultat comptable de l’exercice précédent a officialisé un déficit de 42 Millions d’€ sur la saison 2016-2017, déficit qui a dû être comblé par McCourt. Enfin, la récente audition du club par l’UEFA dans le cadre du Fair-Play Financier a, semble-t-il selon les informations de RMC, aboutit à la mise sous observation du club pour absence de revenus conséquents, ce qui le placerait en dehors des clous – cette absence de revenus est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle le club souhaite absolument récupérer l’exploitation exclusive du Vélodrome. Ajoutons à cela qu’une bonne part de l’enveloppe de 200 Millions d’€ annoncés par McCourt à son arrivée a déjà été utilisée et le tableau complet est dressé.

Si la situation comptable et financière du club est aussi mauvaise que ce que suggèrent ces éléments, il devient évident que les paris sur le marché hivernal de 2017 avec le retour très onéreux de Payet et les arrivées de Sertic ou Evra ainsi que les 15 Millions d’€ déboursés pour l’achat de Mitroglou pèsent très lourd dans les comptes marseillais – d’autant plus que la masse salariale a fortement augmenté depuis un an et demi, conséquence de l’incapacité du club à dégraisser son effectif. Tous ces éléments nous mènent vers un point de fuite unique pour le projet OM Champions, la qualification dès cette année en Ligue des Champions pour augmenter de manière substantielle les revenus du club. Dans le cas contraire, si McCourt souhaite commencer à se rembourser dès la saison prochaine, le départ des joueurs les plus valorisés de l’effectif n’est pas à exclure et le cercle infernal baisse des dépenses – baisse du niveau sportif – baisse des revenus pourrait se réenclencher plus vite que prévu.

 

Entre Raphaël de Valentin et Giovanni Drogo ?

 

Toutefois, depuis le début de la saison les résultats sportifs sont au rendez-vous. Après un début de saison qui laissait présager du pire, notamment au soir de la défaite honteuse contre Rennes au Vélodrome, Rudi Garcia et l’équipe ont su redresser la barre pour se raccrocher au wagon luttant pour le podium avec Lyon et Monaco pour aboutir à ce mois de janvier satisfaisant – mais frustrant du fait de l’absence de victoire dimanche dernier contre Monaco –  qui permet au club d’être à égalité avec Lyon et un point devant Monaco, c’est-à-dire dans une situation où les différences entre les trois équipes d’un point de vue comptable sont totalement négligeables. Si l’absence de victoire face à un membre du top 4 et un bilan famélique de seulement deux points sur douze possibles sont des motifs sérieux d’inquiétude, l’équipe reste dans la course grâce à ses résultats face aux équipes supposées inférieures. Et c’est bien là que l’inquiétude peut poindre puisque enchaînement des matchs couplés à l’entrée dans le money time de la saison où de plus en plus d’équipes joueront leur vie sur le terrain pour ne pas descendre – le bas du classement étant extrêmement serré cette saison, c’est quasiment la moitié des équipes qui seront dans cette situation – pourrait coûter très cher à notre équipe, lors de la réception de Nantes après le marathon de février par exemple.

C’est ici qu’il nous faut étudier la deuxième hypothèse, celle d’une inactivité voulue et assumée, et expliquer pourquoi celle-ci constitue un fort pari. Au fur et à mesure que la saison va avancer avec, je l’espère, un beau parcours en Europa League, notre marge dans les matchs de Ligue 1 face aux équipes dites inférieures va se réduire. Notre effectif n’est effectivement pas armé pour jouer trois compétitions et, au-delà de cela, nous avons un énorme manque sur l’aile gauche. Ocampos est en effet bien gentil mais pour aller réellement disputer la deuxième place l’avoir comme titulaire en tant qu’ailier est un réel handicap, d’autant plus si l’on regarde la concurrence qui, elle, a ces postes-là doublé. Cette situation n’est pas sans rappeler Raphaël de Valentin, le héros de La Peau de chagrin de Balzac. Dans le roman, la peau de chagrin permet au jeune Raphaël d’exaucer ses vœux mais se rétrécit à chacun desdits vœux. La peau de chagrin symbolisant sa force vitale, chacun des vœux effectués par Raphaël lui coûte de la vie. De la même manière, notre effectif n’étant pas extensible à l’infini chacun des tours passés en Coupe de France ou Europa League pourrait nous coûter des points en championnat. Si la direction, sportive et administrative, du club avait les moyens de recruter cet hiver mais s’en est privé, elle a fait là un pari qui pourrait in fine nous faire perdre un temps précieux dans le projet s’il s’avérait perdant. Eyraud l’a dit et rappelé, le club ambitionne et a budgétisé pour cette saison une 4ème place. Mais voilà qu’aujourd’hui nous nous retrouvons à la lutte pour une qualification en Ligue des Champions et, à mon sens, les dirigeants auraient dû consentir à une rallonge cet hiver pour faire franchir un palier supérieur à l’équipe. C’est précisément quand les choses vont bien qu’il faut agir pas quand elles commencent à se casser la gueule. Je le dis depuis un certain temps, je considère que la qualification dès cette année en LDC est primordiale.

Les droits TV vont en effet exploser pour cette compétition l’année prochaine et l’équipe qui ne parviendra pas à s’y qualifier entre Lyon, Monaco et nous aura un fort handicap. Dans la mesure où nous partons déjà de plus loin que les deux autres clubs – Lyon possède son propre stade et un centre de formation très performant, Monaco un propriétaire richissime et un avantage fiscal important – une non-qualification en LDC serait très certainement le plus dommageable pour notre club. Il ne faudrait pas que notre OM se transforme en avatar de Giovanni Drogo. Dans Le Désert des tartares, Giovanni est envoyé dans un fort à la frontière du pays des Tartares et se prépare toute sa vie pour l’affrontement contre l’envahisseur. Las, celui-ci se retrouve mourant et incapable de se présenter au combat lorsque celui-ci survient. Après avoir souffert pendant des années sous la présidence Labrune, nous voilà pareils à Sisyphe qui traine son lourd rocher vers le sommet. Comme lui nous sommes soumis au risque de le voir un jour dévaler violemment la pente et être forcés de tout recommencer. Dans Le Mythe de Sisyphe, Albert Camus écrit pour décrire la lourde tâche de Sisyphe que « la lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme ». Il ajoute, plus loin, qu’il faut imaginer Sisyphe heureux. Alors imaginons Sisyphe heureux, c’est tout ce qu’il nous reste en plus de nous casser la voix toutes les semaines pour soutenir nos joueurs. Enfin, quand la Ligue, le préfet ou notre président n’en décide pas autrement.

Auteur : Marwen Belkaïd

Qui a dit que le foot et la culture étaient antinomiques ? Mon (humble) ambition est de réunir Camus, Jaurès et Shankly et de montrer que non le foot n'est pas un monde de débiles et de brutes

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