« L’OM c’est nous »

07
octobre
2018

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Catégorie : Ligue 1

stade_velodrome_OM

Ce « L’OM c’est nous » qui garnit les travées du Vélodrome et parcages de stades de L1 depuis des années a irrité toutes les directions successives de l’OM. Cette assertion sous-entend en effet que l’existence du club repose essentiellement sur les nombreux supporters phocéens qui transmettent force et courage à leur équipe à travers l’animation qu’ils génèrent en tribunes et en marge des matchs. De quoi rendre dingues les dirigeants phocéens qui investissent énergie et argent dans ce club si particulier de par son instabilité chronique et son rôle social dans une ville marquée par les difficultés socio-économiques.

Pourtant, cette assertion a pris tout son sens ces dernières semaines. L’OM a récemment joué deux matchs sans ses supporters (l’un à huit clos en Europa League, l’autre à Lyon avec une interdiction de déplacement pour les supporters) qui se sont soldés par une défaite sans panache en Ligue Europa face à Francfort, et une humiliation au Parc OL lors de laquelle les marseillais ont souvent tutoyé le ridicule. Les joueurs ne pouvaient pas faire mieux pour le démontrer : sans ses supporters si férus et exigeants, l’OM est méconnaissable.

OM-OL, le point de non retour ?

Revenons tout d’abord sur cette terrible semaine à Marseille. La mi-septembre promettait d’être épique avec l’entrée en lice des hommes de Rudi Garcia en Ligue Europa, où l’on attend un OM faisant honneur à son statut de finaliste de l’édition précédente, et le choc des olympiques face à Lyon, que les marseillais n’ont plus remporté depuis 2014. Épique, cette semaine l’a été. Au bout des arrêts de jeu, les marseillais ont perdu leur premier match d’Europa League alors qu’ils jouaient en supériorité numérique. Une défaite glaçante dans une ambiance glaciale – à huis clos – qui remettait déjà en cause un éventuel parcours dans la compétition compte tenu de l’improbable match nul des olympiens à Limassol qui s’en est suivi. Et, surtout, cette défaite laissait présager le pire pour la confrontation face au rival Lyonnais, qui rapportait un probant succès de Manchester City dans le même temps. Le présage s’est confirmé. Alternant entre bévues, passivité, erreurs, imprécisions techniques, et manque de rigueur tactique, les olympiens ont été corrigés et humiliés par l’OL. Humiliés, ils l’ont également été à Lille une semaine plus tard. Aujourd’hui, le bleu du maillot olympien sensé représenter la chaleur de la mer méditerranée et l’encéphalogramme sinueux des supporters marseillais correspond plutôt à la colère froide et à l’agacement chronique qu’ils ressentent après chaque choc de L1.

 

OM_Présentation_Maillot

 

Une énième fois, l’OM s’est montré faiblard et fébrile face à un cador du championnat. Après une saison dernière marquée par un état d’esprit conquérant retrouvé, puis un premier succès face à Monaco début septembre, c’était le moment idéal pour prouver que l’OM était de nouveau capable de performer dans un grand match. C’est raté. Comme d’habitude, en plus de la défaite, les joueurs marseillais ont montré des limites inquiétantes à des postes clés. Impardonnable lorsque l’on sait que l’OM possède l’effectif le plus expérimenté de L1 avec presque 27 ans de moyenne d’âge. La performance médiocre de dimanche soir poursuit ainsi une longue série de défaites face aux trois grosses écuries de L1 (Paris SG, Lyon, Monaco) qui dure depuis 2014. Elle est d’autant plus regrettable qu’elle résulte de manquements clairement identifiés depuis plusieurs saisons. Clairement identifiés, par les supporters du moins, les dirigeants semblant les considérer acceptables arguant qu’une saison ne se joue pas sur un match. Lucides sur les limites de leur équipe, les supporters ne peuvent plus accepter de telles performances. La terrible série en cours face aux cadors de L1 fait naître chez eux une colère légitime qui a probablement trouvé son point culminant dimanche soir tant le scénario de la rencontre était prévisible car coutumier. Cette colère est exacerbée par l’inadéquation des décisions prises pour solutionner les manquements essentiels de l’équipe, dont les supporters ont pleine conscience depuis des mois.

« Toute connaissance commence par les sentiments »

On pourrait penser que si les supporters sont en tribunes ou dans leur salon plutôt que sur un banc de touche, c’est parce qu’ils n’ont pas le bagage nécessaire pour manager une équipe de foot. Néanmoins, il faut tout de même rappeler que pour eux, l’OM et le football sont des passions alors que pour les joueurs et les dirigeants, ce sont une entreprise et un métier. Si on peut assurément être passionné par son métier, il ne générera jamais autant de sentiments qu’une passion née aveuglément et de façon inconsciente, inconditionnelle, instinctive. A travers la citation « Toute connaissance commence par les sentiments » de Léonard de Vinci, on mesure alors la connaissance qu’un supporter peut avoir de son club. Et les supporters phocéens ne dérogent pas à ce constat. L’OM étant un club historique et âgé, ils se sont forgés une connaissance du football et des performances du club née des expériences, heureuses et malheureuses, vécues avec leur équipe.

Ainsi, sur la Canebière, on a conscience des causes sportives de l’échec de la saison dernière : l’absence d’une défense centrale solide, un côté gauche trop limité et un duo d’avant-centres inefficace. Aucun de ces problèmes n’a été solutionné depuis. Pire, les dirigeants n’ont pas semblé en prendre la mesure. En défense centrale où l’OM avait besoin d’une pointure, le club a investi près de 20 millions d’euros sur Caleta-Car, un jeune défenseur inexpérimenté à qui il faudra du temps pour exprimer un hypothétique potentiel. A gauche, aucun défenseur latéral de métier n’a été recruté. Au poste de milieu gauche, c’est aussi un jeune joueur inexpérimenté, Radonjic, qui a été recruté pour la coquette somme de 12 millions d’euros. Pas de quoi compenser les limites d’un Lucas Ocampos trop juste techniquement bien que valeureux. Et devant, au poste de N°9, c’est statut-quo avec le duo Germain-Mitroglou toujours aussi inefficace aussi bien dans le jeu que face au but. Lors de la confrontation contre l’OL, 3 des buts encaissés par l’OM viennent de la gauche. Luiz Gustavo, replacé en défense centrale à un poste qui n’est pas le sien, est coupable sur le premier but. Les attaquants n’ont jamais su offrir de solutions à un Payet pourtant en jambes. On a ici l’expression de trois problèmes identifiés de longue date par les passionnés de l’OM pour lesquels la direction a fait des choix sportifs incohérents et contestables.

Il ne s’agit pas là de dicter aux dirigeants ce qu’ils doivent faire mais de mettre en avant le poids de la connaissance empirique des supporters qui contrebalance avec la connaissance technique que peuvent avoir ceux qui dirigent l’OM. Les supporters ne sont pas uniquement des ânes atteints de crétinisme qui braillent pendant les matchs, comme il est parfois utile de le laisser penser. Leur connaissance est précieuse et leurs clubs ont tort de la mésestimer. Au-delà de ce manque de considération, il faudrait aussi que la direction garde à l’esprit qu’à l’OM, les supporters font parfois basculer le cours des matchs. Lors d’OM-PSG la saison dernière, qui peut dire que la pression du Vélodrome est étrangère à l’expulsion de Neymar ? Lors d’OM-Leipzig, aurait-on vu les joueurs marseillais se transcender sans l’effervescence des tribunes ? Lors d’OM-Salzburg, le premier but (tête de Thauvin déviée par le bras) aurait-il été accordé dans la pression bouillante et assourdissante des virages ? En 2005, après une demi-finale retour de Ligue des Champions perdue par Chelsea à Liverpool, José Mourinho avait déclaré que c’était la première fois qu’il voyait le public marquer un but, faisant référence au but de Luiz Garcia qui avait à peine franchit la ligne et à l’exultation d’Anfield qui en découla. A Marseille aussi ce genre de choses se produisent, sans parler des courageux supporters qui, quand ils y sont autorisés, ne comptent ni temps ni argent et sillonnent les routes de France et d’Europe pour soutenir inconditionnellement leur équipe. Depuis l’arrivée de Jacques-Henri Eyraud et Rudi Garcia, la « fan base » comme aime l’appeler Franck Mc Court, fait sa part du job sans relâche pour la résurrection du club. Il serait temps que les dirigeants en fassent de même en mettant la performance et l’exigence sportive au cœur du « Champions Project ». Sans quoi, il sera difficile pour la direction marseillaise de contredire ceux qui scandent “L’OM c’est nous”.

 

Crédits Photos : OldFootballPhotos & PacoFoot

Auteur : Pierre Foucault

Le cœur noyé dans la sueur de Mamadou Niang, c'est enivré par la douceur d'Andrea Pirlo, bercé au jeu à la nantaise et fasciné par le couloir d'Highbury que j'ai commencé à flirter avec le foot.

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