L’Italie ne fera pas le Mondial 2018 : autopsie d’un cuisant échec

16
novembre
2017

Auteur :

Catégorie : Coupe du Monde 2018

italie-suede

Pour la première fois depuis 1958, la Squadra Azzurra ne disputera pas la Coupe du Monde qu’elle a remportée, faut-il le rappeler à quatre reprises. Cependant, même si l’agonie footballistique prend le dessus pour l’instant, les raisons de cette terrible désillusion sont évidentes. Oui, si l’Italie est à ce niveau aujourd’hui, le mal est plus profond que l’on imagine.

40 minutes. C’est le temps qu’à pris l’Italie avant de cadrer son premier tir par l’intermédiaire de Ciro Immobile. Mais le gardien Olsen puis Granqvist sur sa ligne ont empêché toute velléité d’une mini-remontada. Oui, la Nazionale était bien mal embarquée surtout après sa défaite inaugurale à la Friends Arena (1-0), sur un tir dévié de Jakob Johansson (61ème). Mais les joueurs de Giampiero Ventura restaient favoris, d’autant plus que la Suède n’a plus son joueur fuoriclasse en la personne de Zlatan Ibrahimovic qui a arrêté sa carrière internationale à l’issue de l’Euro 2016. L’Italie a toujours eu de bons joueurs, des défenseurs rugueux et depuis peu du talent au milieu de terrain. Comment expliquer alors une telle déconvenue ?

Une tactique trop mouvante

Antonio Conte, le précédent sélectionneur avait réussi un incroyable pari : construire une équipe “moins forte” qu’à l’accoutumée mais très puissante collectivement. A l’Euro 2016, ça fonctionne. L’Italie éliminera l’Espagne au terme d’un match complètement fou en 1/8ème de finale (2-0) avec son fameux 3-5-2. Dans cette compo ce jour-là, Pellè et Eder (en pointe), Giaccherini (au milieu) et De Sciglio (à gauche) étaient titulaires. Ce ne sont pas des fuoriclasse comme pouvaient l’être Pirlo ou Del Piero mais la mayonnaise prenait. Si l’élimination face à l’Allemagne au tour suivant était assez logique, la Nazionale a montré qu’elle pouvait compter sur sa science tactique pour faire des ravages sur la scène internationale. Perdu. En succédant à Conte, Giampiero Ventura n’avait sans doute pas pensé au chantier dont il allait avoir la charge. Ce parcours (en demi-teinte malgré tout) a été l’arbre qui a caché la forêt. En un an et demi, Ventura aura testé plusieurs schémas. Du 4-4-2 en losange, au 3-5-2 hier soir en passant par un suicidaire 4-2-4 face à l’Espagne, où un certain Isco avait éteint Marco Verratti (3-0), l’absence de fonds de jeu s’est toujours faite sentir. Ce ne sont pas les joueurs qui alimentent le problème, c’est l’adaptation. Tout change sans arrêt et les joueurs sont perdus. Hier soir on a pu constater que Stephan El Shaarawy, entré en jeu en seconde période, a joué latéral gauche à la place de Darmian ! Certes, il fallait tout tenter pour marquer mais l’équilibre de l’équipe ne doit jamais être oublié, même dans cette situation.

Insigne, le profil qui manquait ?

Sur les réseaux sociaux, beaucoup souhaitaient l’entrée de Lorenzo Insigne. Il est vrai que l’ailier du Napoli est fantastique en ce moment (6 buts et 5 assists toutes compétitions confondues). 21 buts inscrits durant ces éliminatoires, le bilan paraît plutôt positif pour l’Italie. Il ne l’est pas en réalité tant l’essentiel des réalisations ont été inscrites contre des adversaires faibles comme le Liechtenstein (0-9). Seulement trois buts marqués lors des cinq derniers matchs, barrage compris. Alors peut-être que la solution serait venue d’un attaquant virevoltant, capable de faire des différences et d’éliminer les défenseurs comme Insigne. Daniele De Rossi, remplaçant, souhaitait même que le joyau napolitain entre en jeu à sa place pour obtenir la qualification. En vain.

Jorginho, patron malgré lui ?

Andrea Pirlo ayant pris sa retraite de joueur, l’Italie cherchait depuis quelques temps son fils spirituel pour reprendre le flambeau dans l’entre-jeu. On a entendu des noms, beaucoup de noms (Verratti par exemple) pour finalement prendre un “Oriundi” Jorginho. L’Italo-Brésilien a une ascendance transalpine, ce qui explique sa présence pour ces barrages. Il jouera définitivement pour la Nazionale. Mais était-ce le bon choix tant le Napolitain, véritable métronome avec son club, était bien seul pour réguler le jeu. Laissé au dépourvu dans un 3-5-2 tout sauf naturel pour lui, Jorginho n’a rien pu faire comme ses comparses. Si les jeunes n’ont pas bousculé la hiérarchie, les plus expérimentés ont essayé tant bien que mal de sauver les meubles. Ce sera l’un des chantiers les plus importants avec la trouvaille du nouveau système tactique : la transition générationnelle.

Un conformisme au niveau de la fédération

A l’image du France-Bulgarie “inqualifiable” selon l’Equipe en 1993, l’Italie vit là sa pire déception. Outre ses éliminations piteuses en 2010 et 2014 en phase de poules, le mal de l’Italie peut venir d’un conservatisme au niveau politique. Carlo Tavecchio (74 ans), élu en 2014, a été de nouveau réélu à la tête de la Fédération malgré son caractère lunaire et ne présentera surement pas sa démission. La presse italienne, notamment le Corriere dello Sport, titre ce mardi “Fuori tutti” (tout le monde dehors !). A l’image du drame socio-politico-sportif de Knysna en 2010, la France a au moins eu le mérite de tout changer au niveau de la FFF. Exit Jean-Pierre Escalettes, Raymond Domenech et commençons le chantier. Il y a du pain sur la planche. La France est aujourd’hui l’un des favoris à la victoire finale. Si rien ne s’est passé aux deux derniers mondiaux pour l’Italie, pourquoi le changement aurait-il subitement eu lieu hier soir à San Siro ?

Qui pour succéder à Ventura ?

Pour démarrer une autre histoire, le changement peut être la solution. Si Ventura a échoué dans sa quête, nul doute qu’il ne survivra pas à un tel désastre. La presse italienne s’est chargé de découper des têtes mais aussi de donner de nouvelles pistes pour le remplacer. Par conséquent selon la Gazzetta dello Sport, Carlo Ancelotti fraîchement débarqué du Bayern Munich, serait le favori et pourrait connaître sa première expérience sur le banc d’une sélection. Qui plus est celle de sa nation de coeur. L’ex-technicien du Milan AC était l’un des adjoints de Sacchi entre 1992 et 1995. Le retour d’Antonio Conte, en difficulté à Chelsea, est souhaité par le quotidien. Tout comme Roberto Mancini (Zenit) ou Massimiliano Allegri (Juventus).

Même si l’actuel sélectionneur italien n’a pas démérité sur le plan offensif  en 16 matches (9 victoires, 4 nuls, 3 défaites) pour 27 buts soit 1,69 par match, on a bien compris que le problème était surtout sur le plan défensif (13 encaissés soit 0,81 par match). Bonne chance à celui qui lui succédera éventuellement car il trouvera à la tête d’une Squadra Azzurra déconfite et désormais orpheline de Buffon, De Rossi et Barzagli. Mais aussi des supporters anéantis de voir leur équipe rater la Coupe du Monde pour la troisième fois de son histoire.

 

Credit photo : letelegramme.fr

Auteur : Nassim Jabeur

Fan de la modestie et du talent incroyable de Zinedine Zidane, Ngolo Kanté, Riyad Mahrez et Karim Benzema sont aujourd'hui les fils spirituels du foot d'aujourd'hui. Un sport toujours aussi magique et passionnant grâce à ces personnes. Au service d'APP et du plaisir de l'écriture

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le !

Les derniers articles de la catégorie Coupe du Monde 2018

Plus dans Coupe du Monde 2018
Giampiero Ventura
À quoi joue Ventura ?

Ce soir vers 20h45, au moment des hymnes, le sélectionneur italien Giampiero Ventura aura très certainement la gorge nouée en...

semra-hunter-instagram
Semra Hunter (TRT WORLD) : “Le Ballon d’Or est une jolie récompense, mais …”

En cette période de remises de prix, Au Premier Poteau a rencontré Semra Hunter, journaliste football à TRT WORLD pour évoquer...

deschamps-france
Deschamps est-il si mauvais?

« C'est quoi une identité de jeu, à part des mots ? » C'est pas ces mots, relayés dans les colonnes de L’Équipe au lendemain...

Fermer