Ligue/Ultras : interview d’un membre des Ultras bordelais

24
février
2018

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Catégorie : Dossiers supporters / Interviews / Ligue 1

Ultramarine

Il y a trois semaines, le combat opposant la Ligue de Football Professionnel (LFP) aux associations de supporters a pris une autre tournure. C’est avec le déplacement de supporters bordelais à Strasbourg, malgré l’interdiction préfectorale, que le ton s’est durci. Intervention policière, garde à vue de dix-huit heures, AuPremierPoteau vous propose un interview avec Romain Manci, membre des Ultra-Marines (UB87). En voici le contenu.

  • Avez-vous l’impression que votre action à Strasbourg, où pour rappel, la préfecture du Bas-Rhin avait publié un arrêté interdisant la venue des UB87 à la Meinau, marque un tournant dans le combat opposant la Ligue de Football Professionnel aux Ultras ?

« Il y a déjà eu des prémices de désobéissance civile lors de notre déplacement à Nantes où nous avons appris 48h avant la rencontre la mise en place d’un arrêté préfectoral nous interdisant l’accès au stade de la Beaujoire. Trois bus étant réservés, nous avons décidé de nous y rendre avec le mince espoir qu’une négociation serait possible sur place avec la sécurité nantaise. Malheureusement, malgré notre plan de dernière minute nous permettant d’atteindre de Nantes, plus de 300 policiers nous attendaient sur le quai. Pendant plus de 4h nous avons été immobilisés dans le train, dans l’attente d’un contrôle d’identité. Le tout, en suivant le match sur nos portables. Concernant le déplacement à Strasbourg, nous avons pu avoir le temps de nous organiser. Avec l’appui des Ultras Boys 90, nous avons pu réserver des places. En tout, 70 bordelais ont fait le déplacement par divers moyens de transport. Environ 45 ont pu échapper aux contrôles et ont pu accéder au stade.

Pour nous c’est un coup de projecteur sur la situation, sur la problématique que peuvent rencontrer les associations de supporters en France. Une vague de soutien via le hashtag #JeSoutiensLesUB87 s’est amorcée dans la foulée des incidents à Strasbourg. Et ce dans l’attente de la libération de nos camarades. Sur place à Bordeaux, nous faisions une manifestation pacifique devant le commissariat. Nos ami(e)s ont été libérés après dix-huit heures de garde à vue. »

  • Comment arrivez-vous malgré ces arrêtés préfectoraux à vous motiver entre supporters pour faire des déplacements onéreux sans avoir la certitude de pouvoir supporter votre équipe à l’extérieur ?

« On reste concentré sur notre mission première, celle d’encourager notre équipe partout et toujours. Notre leitmotiv est d’aller poser la bâche Ultramarines dans tous les stades où joue Bordeaux comme nous le faisons depuis 30 ans. Il est certain que traverser la France en bus sans avoir la certitude de voir le match, de craindre de passer des heures dans un commissariat ou d’avoir ce sentiment d’être traité comme le pire des criminels peuvent en freiner plus d’un. Pourtant, des adhérents qui n’étaient pas à Nantes ni à Strasbourg, se sont inscrits tout naturellement pour Marseille. D’autres ont soutenu en finançant une partie du déplacement pour ceux qui n’avaient pas les moyens. Au sein de notre groupe, la solidarité est de mise et tous les membres continuent de défendre notre action en faveur de la cause des supporters. Notre combat est celui de tous les Ultras qui, chaque week-end, subissent des interdictions de circuler sur le territoire, pour assister pacifiquement à un match de football. »

« Le combat prend de l’ampleur et nous sommes heureux d’avoir des soutiens de la part d’acteurs du football (Pierre Ménès, Jérôme Rothen, joueurs de football actifs) mais aussi des personnalités politiques (Nicolas Florian, adjoint d’Alain Juppé maire de Bordeaux et Matthieu Rouveyre, membre de l’opposition, se sont indignés contre la Ligue, ndlr.). Notre action sur Nantes-Strasbourg-Marseille nous permet avec fierté de nous regarder dans un miroir. Nous n’avons pas subi, nous n’avons pas fermé les yeux et assumons pleinement les risques encourus pour notre association, nos membres et la survie de notre tribune. »

 

Virage sud

  • Les UB87 font beaucoup parler dans les médias depuis le fameux Strasbourg-Bordeaux. À l’étranger vos amis du Bayern Munich ont plaidé votre cause tout comme des ennemis historiques, avec l’exemple des Ultras marseillais. Cette cause c’est aussi la perspective de communiquer avec d’autres Ultras de Ligue 1 pour avancer en commun ?

« Il y a eu plusieurs tentatives par le passé où différents groupes allant de la Ligue 1 jusqu’au National se sont rassemblés pour défendre leurs activités (prix des places, accessibilité dans les stades, accueil dans les parcages visiteurs, installation des tifos etc). Nous avons à maintes reprises rencontré les instances du football pour faire reconnaître notre rôle dans l’animation des stades. Aujourd’hui, il existe une structure, l’ANS (l’Association Nationale des Supporters) pour représenter notre cause. Leur rôle est d’être la passerelle entre les supporters, la LFP et les pouvoirs publics. Notre travail en tant qu’acteur de terrain reste les actions dans le stade : les communiqués, les banderoles ou nos chants qui font que notre voix est entendue. Celle-ci ne pourra pas jamais être interdite. Sans les Ultras, les stades sont sans vie. La télévision a profité de notre image pour vendre le football. Combien de bandes d’annonces où les images sont celles de fumigènes brandis par Ultras, de tifos des Ultras. Tout ça, c’est de l’animation visuelle et vocale est gérée par les Ultras. Cette hypocrisie doit cesser et tous les acteurs du football doivent maintenant dialoguer pour trouver la solution qui ne freinera pas les activités de chacun. »

” Nous risquons de poser un genou à terre, de perdre des forces vives mais ça ne nous empêchera pas de résister. Romain Manci

  • Est-ce que vous par votre refus de vous soumettre aux interdictions de déplacement et l’ensemble du mouvement ultras qui se soulève face à la répression abattez votre dernière carte, celle de la violence symbolique, ou pensez-vous qu’il y a d’autres moyens de mener la lutte ?

« L’intérêt dans ces actions c’est d’avoir des appuis politiques, médiatiques, pour que ça ouvre au dialogue. Si les solutions ne sont pas trouvées assez rapidement, on va vers la mort de l’ambiance dans les stades. Peu importe la division. Si tout le monde arrête de chanter, comment la Ligue peut se développer, vendre son football à l’étranger ? La Ligue se concentre sur l’attractivité de nouveaux marchés au détriment de son public : les stades ne se remplissent pas, la culture supporter n’y est pas développée et beaucoup préfèrent vivre le football sur leur canapé plutôt que de payer une place très chère. Ce qui est certain c’est que le tout répressif n’est en aucun cas la solution pour permettre au football français d’aller mieux.

La répression que nous subissons fait mal. 260 personnes sont susceptibles de recevoir une interdiction de stade à Bordeaux. Nous risquons de poser un genou à terre, de perdre des forces vives mais ça ne nous empêchera pas de résister, de nous relever et d’être encore plus forts. »

  • Et puis dernière question, tout simplement comment voyez-vous l’avenir du mouvement Ultras en France ?

« Les Ultras sont des hommes de terrain qui travaillent conjointement depuis des années avec la sécurité de leur club. Notre volonté c’est de développer l’animation autour et dans notre enceinte, pérenniser le principe de « fan attitude » que l’on vit dans les stades. On milite pour le football populaire, pour que des pères puissent venir avec leurs enfants passer un bon moment, pour que le stade reste un lieu accessible, de fête et de partage. Que ce soit à domicile ou hors de nos bases, on veut juste aller au stade juste pour pousser son équipe et cela doit rester une liberté. Nous sommes les acteurs principaux du football, ceux qui animent et remplissent les stades. Sans considération il n’y aura plus d’animation. La Ligue prend le problème dans le mauvais sens, en nous bridant de la sorte. C’est à eux de comprendre et d’agir au même titre que les clubs qui doivent soutenir leur supporters si ils ne veulent pas la mort des stades. »

Auteur : Clément Finot

Le sens du jeu de Pirlo, le jeu de tête de Chamakh, les appels en profondeur de Cavani, mais surtout l'amour d'écrire sur le jeu.

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