Lettre ouverte d’un petit supporter marseillais à Pierre Ménès

11
novembre
2017

Auteur :

Catégorie : Editos

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Monsieur Pierre Ménès, j’ai entendu dimanche vos propos lors du Canal Football Club, ceux où vous avez affirmé que Patrice Evra avait été traité de singe jeudi dernier à Guimaraes. Une phrase que vous avez prononcée de manière très rapide, presque fuyante un peu comme si vous saviez ce que vous étiez en train de faire, que vous saviez qu’en prononçant ces quelques mots vous étiez en train de jeter l’opprobre sur l’ensemble des supporters de l’Olympique de Marseille. Je ne vais pas vous mentir, j’ai un peu hésité avant de vous adresser cette missive. Bloqué de longue date par le Lucky Luke du blocage que vous êtes sur Twitter, il y a peu de chances que ces quelques mots vous parviennent et, pour être tout à fait honnête, même s’ils vous parvenaient je doute fortement qu’ils changent quoi que ce soit.

Si j’ai hésité à vous adresser ces quelques lignes c’est aussi pour une raison de fond. Je n’ai pas pour habitude de répondre aux outrances que vous affectionnez et cela vous concerne vous mais plus généralement tous ceux qui se nourrissent sur le dos de la polémique de bas étage et du buzz mesquin. Accorder de l’importance à vos propos c’est, en effet, jouer le rôle de caisse de résonnance. Un peu comme Voldemort se nourrissait du sang de licorne dans le premier volet de la saga Harry Potter votre élixir est ce breuvage constitué par un mélange de scandale et de polémique. Seulement voilà, ce coup-ci, il s’agit d’une question bien trop importante pour vous laisser tranquillement débiter des inepties sur un plateau télé.

Je ne suis rien d’autre qu’un petit étudiant supporter de l’Olympique de Marseille et fréquentant les Virages du Vélodrome depuis des années. Vous, au contraire, vous êtes un personnage public. Bénéficiant d’une tribune hebdomadaire vous pouvez, presque sans aucun risque, débiter ineptie sur ineptie sans que votre place ne soit mise en danger. Dans l’ère du mensonge et dans ce carnaval médiatique où la course à l’audience et au buzz est la boussole, vous n’êtes assurément pas le dernier des contributeurs. Au cours de cette émission, vos propos sur le racisme des supporters marseillais n’est d’ailleurs pas le seul mensonge que vous avez proféré puisque vous avez également menti sur les rémunérations des joueurs lillois. Malheureusement la stratégie Donald Trump semble avoir de beaux jours devant elle et ce, aussi longtemps que des bouffons du roi de votre sorte séviront.

Pour paraphraser Frédéric Lordon, vous avez l’admirable conscience professionnelle des boussoles qui indiquent le Sud et vous en avez encore fait preuve lors de cette émission en nous accusant de racisme. Mais, à la fin des fins, qu’une boussole indique le Sud n’est pas un problème, pourvu qu’elle l’indique avec constance — ce qui est assurément le cas en l’occurrence. Il n’y a plus qu’à regarder dans la direction opposée pour s’orienter avec sûreté. En agissant comme vous l’avez fait dimanche dernier, vous avez ajouté une pierre à un fardeau déjà bien lourd : celui de votre manque de crédibilité. Vous avez, en outre, ajouté à ce manque de crédibilité l’ignominie et les postures odieuses. Vous en avez besoin pour en vivre médiatiquement de ce buzz et de ce scandale. J’espère grandement que ce torrent de boue que vous déversez en permanence sur nos écrans de télé ou d’ordinateur finira par définitivement vous ensevelir médiatiquement et vous mettre hors de notre vision.

Vous avez donc accusé les supporters marseillais de faire preuve de racisme pour dédouaner Patrice Evra de son geste injustifiable de jeudi dernier. Vous avez le droit et la liberté d’agir de la sorte et nous avons le droit de trouver vos propos grotesques et ridicules. Faire croire que le racisme a cours dans les Virages du Vélodrome ou parmi les supporters qui font le déplacement est une insulte odieuse à tous les supporters et par extension à l’institution OM. Vous avez d’ailleurs trouvé un allié dans le silence scandaleux de Jacques-Henri Eyraud en face de ces accusations honteuses. Les tribunes du Vélodrome sont sans doute celles qui sont les plus multicolores de France et il ne s’agit pas de s’en gargariser ce n’est que la conclusion logique de la démographie et de la sociologie de la ville de Marseille. Toutefois, si jamais l’envie vous prenait de venir la découvrir, restez donc au chaud dans vos salons parisiens nous n’avons pas besoin de vous.

Traiter les gens de raciste n’est pas anodin Monsieur Ménès et ce que vous avez fait dimanche dernier est encore plus honteux si l’on sort du cadre du football. En instrumentalisant la question des insultes racistes vous avez prouvé à quel point vous étiez une personne minable. Les mots peuvent vous paraitre durs mais je les crois justes. Mentir sur le fait qu’Evra ait été traité de singe c’est insulter par ricochets tous les joueurs, et ils sont nombreux, qui ont été et qui sont encore victimes d’insultes et de cris racistes sur les stades de football. Le racisme est un fléau qu’il faut combattre de la manière la plus impitoyable qui soit et non pas en l’instrumentalisant comme un vulgaire Manuel Valls. C’est sans doute sur ce point que vous avez le plus fauté. Mentir et insulter des supporters ou un peuple est grave mais nuire de la manière dont vous l’avez faite à la lutte contre le racisme en l’instrumentalisant est odieux, petit et minable. D’ailleurs pour justifier le pétage de plomb d’Evra vous avez affirmé « si moi on me traite de gros porc » j’en mets une aussi. Il ne s’agit pas de nier le caractère immonde d’une telle insulte si elle vous était échue mais la mettre au même niveau qu’une insulte raciste me dépasse pour tout vous dire.

Voilà Monsieur Ménès les quelques mots que je tenais à vous adresser après votre show télévisuel de dimanche dernier. Sachez que derrière la forfanterie d’un commentateur de votre sorte tout acquis à sa soif de buzz, certains, notamment des personnes présentes dans les Virages du Vélodrome et que vous avez traitées de racistes sans aucune preuve, luttent, eux, concrètement et au quotidien contre ce fléau qui frappe tous les domaines de la société. Continuez donc à raconter des bêtises sur le football et à défendre vos amis en faisant preuve d’un copinage malsain mais laissez les personnes qui luttent contre le racisme loin de vos gesticulations et de votre dégueulis verbal. Il n’est pas encore trop tard pour démentir vos propos et présenter des excuses à tous ceux que vous avez offensés ainsi qu’à la cause que vous contribuez à discréditer. J’espère que ces quelques mots vous auront fait réfléchir. Au revoir.

Auteur : Marwen Belkaïd

Qui a dit que le foot et la culture étaient antinomiques ? Mon (humble) ambition est de réunir Camus, Jaurès et Shankly et de montrer que non le foot n'est pas un monde de débiles et de brutes

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