Lettre ouverte d’un petit amoureux de l’OM à Jacques-Henri Eyraud

16
septembre
2017

Auteur :

Catégorie : Editos

OM-Konya fumi

Cher Jacques-Henri, j’ai quelque peu hésité avant de t’adresser ces quelques mots si bien que j’ai pris ma plume, commencé à écrire puis me suis dit « à quoi bon ? ». J’ai alors effacé mon brouillon. Malgré ton soi-disant intérêt pour les supporters, je sais très bien que tu ne prendras jamais la peine de lire cette missive. Depuis ton arrivée, en effet, tu n’as jamais pris le temps d’écouter ce que les supporters avaient à te dire. Tu as fait fi de toutes leurs mises en garde pour n’en faire qu’à ta tête – je reviendrai sur ce point plus bas – alors pourquoi prendrais-tu le temps de lire les mots d’un quelconque supporter. Parce que oui, je ne suis dégun ni personne pour reprendre les paroles du Massilia Sound System. Si j’ai tant hésité à t’adresser cette lettre ouverte, c’est aussi parce que je n’étais pas sûr de réussir à contenir ma colère et mon agacement à ton égard. Il est en effet de notoriété publique – pour peu qu’on ait lu un peu les billets publiés sur APP ou mon compte twitter – que c’est une profonde défiance que je ressens à ton égard quasiment depuis ton arrivée et ton tour de danse du ventre faisant office de plan de communication.

J’ai ensuite réfléchi à nouveau, je me suis creusé la tête et je me suis dit que je me devais de te dire ces quelques mots pas pour toi ou pour moi mais pour l’OM ce club que nous aimons et chérissons tant quand bien même il nous fait aussi souffrir (nous vivons la passion dans tous les sens du terme comme ça tu me diras). Ah oui, je me permets de te tutoyer, j’espère que tu n’en prendras pas ombrage mais étant donné que tu dis connaître le contexte marseillais tu dois sans doute savoir qu’ici nous avons la gouaille et la chaleur humaine qui nous fait tutoyer tout le monde, du frère de chant au stade jusqu’au big boss. Je vais donc essayer dans cette missive de parler à cœur ouvert en mêlant à la fois émotivité et rationalité en dépit du fait que tu répètes à qui veut l’entendre que tu entends “gérer” – le mot n’est pas innocent – le club que nous aimons comme n’importe quelle entreprise. C’est donc le petit amoureux de l’OM que je suis qui va tenter de parler de cœur, de tripes et de passion.

Je te le disais plus haut, tu ne cesses de répéter que tu souhaites gérer le club comme une entreprise classique – ce que tu as très bien fait au cours de ta carrière. Toutefois, il me semble que cette volonté entre en violente contradiction avec d’autres de tes propos notamment ceux où tu nous expliques que tu connais le contexte marseillais sur le bout des doigts. Je suis d’avis que tu n’as pas si bien étudié ledit contexte. Si c’était le cas, en effet, tu saurais qu’il n’est pas possible de gérer l’OM comme un entreprise classique pour la simple et bonne raison que l’Olympique de Marseille est un club à part en France. Si tu te balades dans Marseille un lendemain de défaite – et je ne parle pas des humiliations à répétition que nous avons subies depuis ton arrivée et celle de Franck McCourt – tu verras que tout le monde ou presque a le visage fermé, la tête basse devant les kiosques à journaux et leurs unes vitriolées. Si tu te balades dans Marseille tu te rends rapidement compte que dans tous les cafés jeunes et moins jeunes refont perpétuellement les matchs. Marseille est un volcan dont le Vélodrome est le cratère. Vouloir en faire une ville aseptisée de vulgaires consommateurs est au mieux naïf, au pire complètement suicidaire.

Notre club est aujourd’hui dans une impasse terrible cher Jacques-Henri. J’ose espérer que tu t’en es rendu compte. Tu as décidé de donner les clés du sportif à Rudi Garcia et c’était sans doute le péché originel en termes sportifs de ton mandat. Il va rapidement falloir sortir de cette ornière parce que se morfondre dans une telle situation c’est assurément précipiter la crise. L’espoir est un formidable carburant et tu en as profité plus que de raison de ce carburant durant tes premiers mois à la tête de l’OM. Mais l’espoir déçu et les ambitions déchues sont, eux aussi, de formidable carburant pour la colère et la rébellion. Après le match humiliant contre Rennes dimanche dernier il paraît que tu étais très remonté en privé contre les insultes proférées par certains au stade. Là encore, si cela est avéré, c’est la preuve de ta profonde méconnaissance du contexte marseillais. Plus tard dans la semaine nous apprenions dans certains médias et selon les bruits de vestiaire que tu considérais que les supporters qui sifflent ou insultent ne sont pas des vrais supporters. Je ne sais pas si c’est tu as réellement déclaré ceci mais ce que je sais en tous cas c’est qu’à Marseille nous n’apprécions pas les présidents qui ne jouent pas franc jeu. Sois donc un chef et aies le courage de dire les choses. Arrête donc de louvoyer et, par pitié, ne tombe pas dans le même jeu que ton prédécesseur à grands coups de déclarations off.

Depuis le début je crains que ton projet ne soit de partir à la confrontation avec les groupes de supporters afin de « nettoyer » le stade. Nous avons bien compris que ton modèle est le public de France-Allemagne au Vélodrome pendant l’Euro. Un public de consommateurs dociles qui rapportent de l’argent et ne représentent en aucun cas un contrepouvoir. Mais si tel est ton objectif, permets-moi de te prévenir et de te dire que si tu tentes d’aller à la confrontation, tout le monde en sortira perdant : le club, les supporters et toi. Avant-hier les groupes de supporters t’ont montré que nous n’étions pas dans n’importe quel club. Quand je lis que tu te plains de l’impatience des supporters à Marseille, je t’avoue que je m’étrangle. Au vu des multiples humiliations nous avons été très patients. Au-delà de cela, oui nous sommes un public impatient et qui n’hésite pas à le faire savoir mais si cela ne te convenait pas, il ne fallait pas venir présider notre club cher Jacques-Henri. Tu dis aimer ce club mais tu souhaites enlever une des composantes de son identité, comme si tu voulais un OM mais pas à Marseille, plutôt à Bordeaux ou à Lille, des villes où l’on pourrait te laisser mettre en place ton projet pour le stade. C’est une drôle de manière d’aimer que de vouloir à tout prix modifier l’être aimé. Je crois plutôt que lorsque l’on aime quelqu’un on l’aime malgré ses défauts, on l’aime même aussi en raison de ses défauts. Comme l’écrivait si justement Camus, « ce que l’on souffre le plus durement c’est de voir travestir ce que l’on aime ». Ne travestis donc pas ce club que nous chérissons tant cher Jacques-Henri, le retour de manivelle pourrait être terrible.

Il y a six mois presque jour pour jour je terminais un papier filant la métaphore entre Eole et toi par les mots suivants : « Au choix, le mistral peut finir par éteindre brusquement la flamme ou alors au contraire provoquer des incendies ravageurs. Prenons donc garde à ce que notre Eole ne finisse pas par se transformer en Néron ». Jeudi soir c’est au double phénomène que nous avons assisté. Le stade a connu sa pire affluence au XXIème siècle et le feu a pris dans les tribunes avec des banderoles acerbes. Il n’est pas trop tard pour inverser la tendance Jacques-Henri et c’est avec une sincère inquiétude que je te le dis. Tu sembles être de ces personnes qui pensent tout savoir parce qu’elles ont fait de grandes écoles. Je sais de quoi je parle, j’en fréquente une et ce genre de personnes. Pourtant il serait grand temps que tu fasses preuve d’humilité mon cher afin que nous retrouvions l’union qui permet d’avancer. Je te le disais au tout début, je ne suis rien tout comme chacun des supporters pris indépendamment les uns des autres. Toutefois, prends garde, mis bout à bout les riens peuvent devenir quelque chose et pourraient bien finir par faire leurs les vers de Léon-Gontran Damas et se demander : « Nous les gueux / nous les peu / nous les riens / nous les chiens […] Qu’attendons-nous / pour jouer aux fous ? »

Forza OM !

Auteur : Marwen Belkaïd

Qui a dit que le foot et la culture étaient antinomiques ? Mon (humble) ambition est de réunir Camus, Jaurès et Shankly et de montrer que non le foot n'est pas un monde de débiles et de brutes

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