Lettre à toi qui attend des recrues pour t’abonner

29
juin
2017

Auteur :

Catégorie : Ligue 1

Tifo OM PSG

Cher ami, j’ai longuement hésité à t’écrire cette lettre. J’ai pris ma plume, j’ai écrit et puis je me suis dit « à quoi bon ? ». Non seulement je ne suis pas sûr que tu prendras le temps de la lire mais surtout je me suis demandé quelle était ma légitimité à t’adresser ces quelques mots sur un hypothétique abonnement au Vélodrome. Suis-je habilité à te donner des leçons au prétexte que je suis abonné contre vents et marées, même lorsque l’année dernière le stade sonnait creux ? J’ai alors jeté mon brouillon. Puis j’ai réfléchi à nouveau et je me suis dit que je me devais de t’écrire cette lettre pas pour donner une leçon ou quoi que ce soit mais pour l’OM, ce club que l’on chérit tant. Je crois finalement, je vais essayer en tous cas, que ce n’est pas adopter la posture du donneur de leçons que de t’adresser cette missive mais simplement partager un peu de cet amour et de cette passion exubérante dont Marseille est la ville et le Vélodrome l’épicentre.

C’est ton droit le plus profond d’attendre de savoir à quoi ressemblera l’équipe pour t’abonner mais je trouve cela dommage. Ne crois-tu pas qu’un stade incandescent permet de soulever des montagnes et de renverser les situations les plus mal embarquées ? Le football n’est pas rationnel et c’est ce qui en fait tout le charme, c’est ce qui fait que le pot de terre peut parfois battre le pot de fer. Il me semble d’ailleurs que tous les grands exploits de l’histoire du football ou presque ont également pris racine dans un soutien indéfectible des supporters à leur équipe. A Marseille plus que partout ailleurs en France, le club de foot fait pleinement partie de l’identité de la ville, le laisser tomber c’est laisser tomber une partie importante de la Cité héritière de la Grèce antique. Les Athéniens avaient l’Ecclesia l’assemblée rassemblant l’ensemble des citoyens, nous avons le Vélodrome où le principe de l’égalité de parole est respecté. Dans ce temple marseillais nous sommes tous égaux.

Je te disais un peu plus haut qu’un public bouillant pouvait permettre aux joueurs de se surpasser. Eh bien il suffit de prendre l’exemple de notre club pas plus tard qu’en 2004 pour s’en convaincre. Le magnifique parcours que notre équipe a réalisé cette année-là en UEFA doit beaucoup à Didier Drogba mais le très chaud public du Vélodrome a également sa part de mérite dans les exploits successifs réalisés. Etait-on supérieurs à Liverpool ou à l’Inter ? Je ne le crois pas et pourtant nous les avons quand même boutés hors de la compétition. De la même manière l’ambiance absolument survoltée lors du huitième de finale de Ligue des Champions face à l’Inter a également joué dans la victoire.

Si j’ai autant hésité à te dire ces mots c’est aussi parce que je peux comprendre ta position. Cela fait bien trop d’années – excepté durant la parenthèse Bielsa – que l’on se fout ouvertement de nous. Personne n’a en effet oublié la fameuse phrase de l’Orléanais sur les abrutis. Le scepticisme à l’égard de la nouvelle direction peut s’entendre mais il me semble que la meilleure des choses à faire pour nous est de supporter notre club quoiqu’il arrive. L’OM c’est nous pour reprendre un chant que l’on entend très souvent dans les travées de notre stade bien aimé. Les joueurs, entraineurs, dirigeants passent, les supporters restent. Ne l’oublions jamais. Je peux donc comprendre cette hésitation et cette attente. Mais pour autant je ne trouve pas que ça soit la meilleure des positions à adopter. Je me rappelle de matchs pourris sous la pluie glacée hivernale avec un stade plein et heureux d’être là.

En outre, je suis de ceux – comme Romain Molina ou Didier Roustan – qui pensent que le football ne s’arrête pas à 22 personnes qui courent derrière un ballon. Au contraire, et je l’ai déjà dit à de nombreuses reprises, le football déborde allégrement du terrain. Notre club est actuellement en reconstruction et la nouvelle direction nous promet un avenir fait de grandeur que nous attendons tous. « Rien de grand ne s’est fait sans passion » disait Hegel. La passion, dans son sens premier et commun, laisse entendre une forme d’irrationnalité mais elle a également un autre sens, son sens étymologique, qui signifie la souffrance. C’est en ce sens qu’il me paraît important de ne pas attendre d’arriver au sommet pour prendre part car cela ne procure finalement aucun plaisir. Je crois en effet que le réel plaisir ne peut arriver que lorsque l’on satisfait un désir et que l’on parcourt du chemin pour le satisfaire.

Dans Ibiza mon amour, Yves Michaud élabore toute une réflexion sur notre rapport contemporain au plaisir. Farniente, plage, discothèque chaque jour comme dans un cycle sempiternel, voilà ce qu’il observe sur l’île espagnole. Très rapidement ce plaisir le lasse précisément parce que toute notion de désir a été tuée. Quand il ne faut plus faire aucun effort pour obtenir le plaisir, celui-ci ne nous convient plus. Attendre que l’équipe soit un mastodonte pour s’abonner c’est finalement, à mes yeux, tuer toute forme de désir puisque plutôt qu’être supporter l’on se place dans une position de consommateur. Personnellement je trouve cela assez triste. Il y a, je crois, quelque chose de terriblement excitant à passer de Sisyphe à David et attendre patiemment de manière un peu froide et distante que la mue s’opère ne peut que te faire passer à côté de ce cheminement qui, à bien des égards, peut être vu comme plus beau que le triomphe lui-même.

Voilà cher ami ce que je voulais te dire à propos de l’attitude d’attente qui est la tienne. J’espère ne pas avoir trop heurté ton ego. Beaucoup ne peuvent pas s’abonner parce qu’ils sont loin de Marseille, pense à eux et viens chanter pour eux tout au fil de la saison qui s’annonce. Mettons donc le feu, nous sommes si beau dans ces moments.

Auteur : Marwen Belkaïd

Qui a dit que le foot et la culture étaient antinomiques ? Mon (humble) ambition est de réunir Camus, Jaurès et Shankly et de montrer que non le foot n'est pas un monde de débiles et de brutes

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