Lesly Boitrelle : “Évidemment que le football anglais me manque”

20
juin
2020

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Catégorie : Interviews

Lesly Boitrelle

Lesly Boitrelle a quitté la présentation des affiches de Premier League et RMC Sport en fin d’année 2018. Elle a laissé, cela va sans dire, un grand vide dans le coeur des téléspectateurs de la chaîne du groupe Altice. 1 an et demi plus tard, j’ai décidé de la solliciter pour prendre des nouvelles d’elle, dans sa nouvelle vie de famille à Toulon alors qu’elle a commenté, en bord terrain, plusieurs rencontres de Coupe de France sur Eurosport cette saison. Chouette entretien réalisé entre deux, ou trois, ou quatre – bon, disons plusieurs – complaintes de son adorable fils, Leone Lakafia.

Lesly Boitrelle, tout d’abord, comment vas-tu ? Comment as-tu vécu le confinement ?

Écoute, ça va ! Comme tout le monde, j’ai vécu le confinement en famille, tous ensemble 24h/24. Mes deux fils étaient évidemment très heureux que papa et maman soient à la maison tout le temps avec eux (rires). Tout cela nécessitait une réelle organisation : mon conjoint étant joueur de rugby professionnel, il a évidemment fallu qu’il puisse continuer à s’entraîner à la maison, du mieux possible. A titre personnel, j’ai humblement tenté de bricoler et je me suis occasionnée de belles ampoules (rires). On en a aussi profité pour revoir plusieurs matchs de Raphaël (Lakafia). C’était notamment marrant de revoir le match de son titre avec le Stade Français, en 2015 parce qu’on ne se connaissait pas à l’époque.

En fait, je me déconfine progressivement un peu comme tout le monde, je crois : on sort la tête de l’eau et ça fait aussi du bien de revoir du sport en direct à la télévision. J’ai également une grande pensée pour le personnel soignant et tous ceux qui étaient en première ligne, et pour toutes les victimes de la COVID-19.

Même si je sais que le rugby est ton monde, le football, que tu as notamment couvert sur RMC Sport, t’a manqué ?

Bien sûr ! Je suis une vraie dingue de sport, toutes les disciplines m’ont manquées, mais le football avant tout. C’est un sport qui soulève tellement d’émotions, d’adrénaline. Je ne suis plus sur RMC Sport, mais j’ai couvert la Coupe de France avec Eurosport cette saison :  j’essaie, forcément, de garder un lien avec le football. Ça fait donc vraiment plaisir de revoir du ballon rond en direct à la télévision. C’est aussi un signal positif : ça veut aussi dire que les conditions sanitaires sont réunies, que la situation s’améliore et que l’épidémie recule.

T’en as pensé quoi des tensions en Ligue 1 sur la fin prématurée de la saison ? Le battage médiatique qui a suivi ?

C’est l’éternel débat. C’est facile, aujourd’hui, de dire qu’on s’est trompés car on voit les autres championnats reprendre. De toute façon, malgré les frustrations des uns et des autres, il est trop tard pour poursuivre la saison. En tout cas, je pense qu’il fallait avant tout préserver la santé des joueurs. On verra plus tard, notamment sur la scène européenne, quelle sera la conséquence de cette décision du gouvernement, qu’on a un peu tous subi.

La Bundesliga a repris en premier, et a initié le « son d’ambiance fans ». L’as-tu constaté devant ta télé, et t’en penses quoi ?

Déjà, c’est vrai qu’on a tous vu les images assez surréalistes de la reprise de la Bundesliga : à huis clos, la distanciation physique entre les joueurs sur les bancs, les masques, le but de Haaland contre Schalke où il veut célébrer avec ses coéquipiers mais en fait, ils ne l’approchent pas … C’était risqué, c’était impopulaire.

Pour l’ambiance fans : on se rend tout simplement compte qu’il n’y a pas de football sans supporters, en fait. C’est triste à constater ! Après, le huis clos, en tant que fan de football, c’est quelque chose qu’on subit. Ça allège un peu la frustration d’avoir ces chants enregistrés. C’est un peu de baume au cœur après cette longue période de confinement qu’on a eu, donc je prends, ça ne me dérange pas.

La Liga espagnole, la Serie A, La Liga Nos, la Premier League… Ils ont tous repris en fait.

Bien sûr que ça craint pour les fans de football français que nous sommes. Ceci dit, il faut aussi prendre en compte le sentiment de joueurs qui ont été réticents, qui ont eu des inquiétudes sur une reprise rapide. Risquer sa santé pour divertir les gens en vaut-il vraiment la peine ? J’entends aussi tout à fait l’attitude d’un N’Golo Kanté, qui a pu hésiter. Les joueurs ont des familles, certainement des proches fragiles, autour d’eux qu’ils ne voudraient pas risquer de contaminer … C’est aussi très important que les joueurs soient protégés et qu’ils puissent évoluer dans des conditions sanitaires optimales. Après, il faudra observer dans la durée si toutes ces compétitions se déroulent bien et se terminent sans couac.

Le football au quotidien, le football anglais en plateau, ça te manque ?

Évidemment (long silence). J’ai arrêté parce que je n’avais pas le choix. Ma vie familiale était dans le sud, avec un fils nourrisson, et je devais aussi être à Paris pour préparer et présenter les émissions de Premier League le week-end, avec le papa qui était en parallèle sur les terrains de Top14 … Au début, on a essayé, parce que j’adore mon boulot, parce que c’était la Premier League, le Graal du foot … Mais c’est devenu injouable. C’était un vrai sacrifice d’arrêter. Quand je regarde RMC Sport et que je vois mes anciens collègues, j’ai toujours un petit pincement au cœur. C’était évidemment plus simple quand il jouait au Stade Français (rires). J’ai fait le choix de la famille, plutôt que celui de la carrière : je ne me voyais pas infliger aux enfants des week-ends sans papa et sans maman … Mais je l’assume totalement et sans regrets.

On t’a aussi vu faire du bord terrain en Coupe de France cette saison, pour Eurosport. C’est un exercice que tu découvrais ? Ça t’a plu ?

J’ai totalement découvert ça. Malgré mon expérience à la présentation, je n’avais jamais fait de bord terrain et il est vrai que c’est un exercice très spécifique. En présentation, tu sais quand c’est à ton tour de parler, quand tu peux reprendre la parole, poser tes questions … Dans l’exercice du bord terrain, même si les commentateurs te disent avec bienveillance d’intervenir, tu as toujours un peu peur de gêner sur une occasion ou un but. Il m’a fallu un peu de temps pour trouver l’équilibre, parce qu’à l’inverse, on ne t’entend pas pendant 90 minutes non plus.

Sur les questions, j’avais l’habitude de prendre mon temps. Là, c’est deux questions, et il faut être pertinente sur les deux … Je t’avoue que je n’étais pas du tout contente de moi sur les premières fois. Heureusement, Guillaume di Grazia, toujours très bienveillant, m’a donné plein de super conseils, et ça m’a vachement aidé. Cela étant, j’ai pris la main et je me trouve beaucoup mieux. Mais bon, je suis aussi une éternelle insatisfaite … Je remercie également Eurosport, pour leur bienveillance depuis que je travaille à nouveau pour eux.

Une chose dont tu voudrais parler en particulier ?

J’ai une pensée pour tous mes collègues de RMC Sport. La fermeture de RMC Sport News m’a chagrinée : c’est une chaîne dont j’ai fait le lancement, avec Gilbert Brisbois, il y a quatre ans. Il y a beaucoup de journalistes qui y travaillaient, donc j’espère du fond du cœur qu’ils vont vite retrouver quelque chose.

Cette période d’après-confinement, où on a vu tout le monde lutter pour un objectif commun, est aussi un peu difficile à vivre. Que des gens doivent encore manifester longuement juste pour avoir les mêmes droits que les autres est franchement déprimant. Voir des meurtres en direct sur les réseaux sociaux, en 2020, est également abominable.

En guise de conclusion à cette chouette interview … Que peut-on te souhaiter pour la suite ?

Retrouver des plateaux télé ou des événements sportifs, pouvoir reparler de sport à la télévision, car ça reste une passion. J’aimerais bien aussi, pouvoir couvrir toute une saison de Formule 1 un jour. J’ai mis ma carrière entre parenthèses pour ma vie de famille, mais j’espère toujours pouvoir réaliser ce rêve-là un peu plus tard.

Propos recueillis par Bruno Ahoyo pour Au Premier Poteau

Auteur : Bruno Ahoyo

Journaliste. Belgo-franco-béninois. J'adore le sport, l'histoire, la culture et les médias.

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