L’escapade des Bleuets, la formation remise en cause ?

23
octobre
2012

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Catégorie : Équipe de France

La formation française est-elle à remettre en cause ?

17 octobre 2012 ! L’équipe de France Espoirs s’incline 5 à 3 devant son homologue norvégienne. Et une sombre affaire de sortie nocturne de 5 internationaux (Yann M’Vila (Rennes), Antoine Griezmann (Real Sociedad), Chris Mavinga (Rennes), M’Baye Niang (Milan AC), Wissam Ben Yedder (Toulouse)) colore en arrière trame la déception d’une énième élimination française aux portes de l’Euro Espoirs. Après consultation de quelques articles de l’Équipe et France Football, voici ce qu’APP en retient pour vous.

La déception de trop ?

Les mots sont durs, sévères, « cash » dans les médias. Élie Baup tente de mesurer ses propos : « On a besoin de sortir de ce côté négatif et sombre de notre football. Les A y ont contribué avec leur performance [nul obtenu contre l’Espagne]. Concernant les Espoirs, c’est un accroc dont on n’avait pas besoin. On est sur une voie de remise en place des valeurs, tout le monde doit en prendre conscience. »

Rémi Garde va plus loin en réclamant une sanction exemplaire: « C’est intolérable. Parce que l’on sait qu’aujourd’hui, tout se sait très rapidement et que l’on est représentatif de quelque chose d’important en étant joueur de haut niveau, et encore plus lorsque l’on porte le maillot de la sélection, on doit être exemplaire et ne pas avoir d’écart. Quand on est sous les feux des projecteurs et après tout ce qu’il se passe depuis le Mondial 2010, les joueurs se doivent d’être encore plus exemplaires ».

Guy Roux, lui, ne s’embarrasse pas avec le dos de la cuillère. Il ironise le perpétuel échec des Bleuets aux portes de l’Euro et condamne avec la poésie qu’on lui connaît les attitudes de ces jeunes: « Mais on comprend pourquoi elle n’y va plus jamais. Je suis désespéré qu’une chose pareille puisse exister. C’est une honte totale. Ce n’est même pas de la stupidité, c’est des salauds ! »

En revanche, Christophe Bouchet, l’ex-Président de l’Olympique de Marseille et candidat à la présidence de la F.F.F. avant la nomination de Le Graët, élargit la responsabilité aux instances de la Fédération Française : « (…) j‘ai du mal à croire que l’information ne soit pas remontée immédiatement jusqu’à Noël Le Graët , d’autant que le chef de la délégation des Espoirs, Pierre Leresteux, est un de ses proches. Soit on a voulu camoufler, auquel cas il y a une chaîne de responsabilités et c’est une faute morale. Et on peut dire, à mon avis, qu’on est dans la faute lourde. »

Alors quelle analyse peut-on en faire ?

Est-ce que, foncièrement, sortir en soirée avec des potes est condamnable ? À priori, non. Mais, lorsque cette sortie se déroule la veille d’un match à enjeu international, disons que c’est plutôt mal. D’accord. Dès lors, on peut se demander ce qui pousse ces joueurs à agir de la sorte. Quel rapport entretiennent-ils avec la conscience de jouer pour l’équipe nationale ? Quels repères intègrent-ils de la société et de ses valeurs dans leur cursus de formation ?

Cette affaire n’est pas non plus de la dimension de celle de Knysna et de cette grève dans le bus. Mais elle reflète une fois de plus, me semble-t-il, une tentative d’échapper au fardeau des responsabilités qui leur incombent, le poids d’une attente lourde à porter, pour ces minots, de la vindicte populaire et médiatique au moindre écart de mœurs. Eux n’ont le droit qu’à se montrer exemplaires et donc ne pas chercher à se comporter comme des jeunes de leur âge dont ils mesurent peut-être l’écart de mode de vie.

Stéphane Beaud, éminent sociologue qui a publié des études sur les jeunes issus des quartiers sensibles, s’est intéressé au phénomène de Knysna. Et selon lui, c’est d’abord le rapport des joueurs au football qui a évolué : « Plus que l’histoire du foot qu’ils ne connaissent pas, ils ne s’intéressent pas au football en tant que tel. Certains entraîneurs disent que leurs joueurs ne regardent même pas de matchs… Or, quand on fait du théâtre ou du cinéma, on va voir des pièces et des films. Le football, c’est pareil… Thierry Henry est un exemple inverse : c’est un fana de foot. La question centrale est de savoir comment leurs éducateurs les ont socialisés, fait grandir. Là se trouve leur travail. »

Voilà qu’il touche du doigt, enfin de la parole, la question de la transmission et de la socialisation dans les centres de formation : « Par protection d’un monde violent à leur égard, les joueurs se sont coupés et retranchés derrière les appareils modernes (baladeurs, etc.). Il y a là une forme d’immaturité, et il faut comprendre pourquoi ils le sont, et instaurer les conditions de maturité. »

Simon Pouplin, le gardien sochalien, nous relate assez concrètement ce qu’est devenu le quotidien d’un footballeur : « Avant ma blessure, je pouvais traîner en ville avec un coéquipier, prendre un café (…) Là, mes potes bossaient, avec des horaires de travail classiques. Je m’adaptais à ça. On se rend compte des vrais horaires des gens « normaux ». Quelqu’un qui travaille sept heures par jour, c’est assez surprenant quand on est footballeur ». « On est déconnectés depuis nos dix-huit ans. On est habitués à travailler trois heures par jour et l’on a toujours connu ça. On ne sait pas comment c’est à côtéPour l’ouverture d’esprit, c’est horrible par rapport à des lycéens classiques. », déplore-t-il avant de poursuivre, « Quand on a quinze, seize ans, et cela n’a rien à voir avec la personnalité ou le milieu d’où vous venez, si vous mangez, parlez, jouez foot, que vous lisez L’Équipe, France Foot et L’Équipe Mag, forcément, vous n’êtes tournés que vers le foot. »

En revanche, pour Stéphane Beaud, certains comportements des joueurs actuels découlent de leurs conditionnements vécus dans les quartiers difficiles. Par exemple, Evra et Ribéry, tous deux issus de ces formes de quartiers, « sont ce que j’appelle des “refusés du salon”, car ils n’ont pas réussi à intégrer un centre de formation. Plus exactement, Ribéry a été exclu de celui de Lille pour mauvais comportement, il y a chez lui un côté rebelle très affirmé. »

Donc le problème réside-t-il seulement dans le contenu de la formation ?

Dans une première hypothèse, Stéphane Beaud dénonce un pouvoir grandissant et absolu des médias, qu’il qualifie de « procureurs médiatiques ». L’hypermédiatisation fait la transparence totale de ce qui naguère pouvait rester dans l’ombre.

Dans une seconde hypothèse, les valeurs et richesses amassées par les joueurs les plus riches entrainent une course effrénée vers une perte de repères plus réelle que fictive, sur les choses moralement admises ou non. Une crise de valeurs donc. Tiens, tiens, c’est un peu à l’image de la crise sociétale que nous sommes en train de vivre non ? Perte de repères ? Des valeurs ? Non ?

Ainsi, dans son analyse, le sociologue indique que Knysna « a accentué la méfiance envers l’élite, envers les joueurs très riches. Il en va alors de la responsabilité des gouvernants du football : il faut à tout prix parvenir à une déflation salariale. Il faut s’attaquer au sommet, et insister sur le projet de Michel Platini, le fair-play financier ».

Et pour Christophe Bouchet, « Il faut revoir en profondeur tout ce qui est non-sportif. Il faut apprendre à ces jeunes la citoyenneté et le civisme. Il leur faut une formation scolaire et civique plus adaptée. Quelle que soit la difficulté, il faut réintroduire ces questions de moralité, le football est rongé par ça. Il faut penser à une formation complémentaire au sport totalement adaptée. Pourquoi pas un Bac pro football ? »

Vous l’avez compris, les points de vue et les analyses sont divers et variés. Et pour vous, faut-il revoir la formation des footballeurs français ?

Auteur : Kévin Boucard

Travailleur social et médiateur familial, APP me permet de renouer avec ma passion la plus ancienne: décortiquer et partager toute l'actu du foot ! C'est une "addiction" qui m'a frappé dès mes 10 ans !

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