Les “second-couteaux” du ballon d’OR

20
octobre
2018

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Catégorie : Europe

Allan Simonsen ballon d'or

Le ballon d’or est devenu une institution, la bagarre pour le lauréat 2018 fait rage à coups de déclarations pouvant faire croire à du lobbying. Chaque célébrité y va de son favori, MBappé pour Buffon, Ronaldo pour Casemiro, et, chose plus étonnante, Luka Modric, nominé pour le trophée, qui a déclaré sa flamme à Antoine Griezmann.

Dans l’histoire de cette récompense, créée en 1956 par France Football, nombre de joueurs fameux a connu la joie de soulever le sésame, que ce soient Alfredo Di Stefano, la « flèche blonde » des années 50 (qui a même été élu super ballon d’or en 1989), Johan Cruyff, l’oranje mécanique, 3 fois lauréat, ainsi que le « Kaizer » Beckenbauer et Michel Platini, ou, plus près de nous, les rivaux des années 2010, Ronaldo et Messi. Si, cette année, le vainqueur devrait être un néophyte (les favoris sont Modric, Varane, MBappé et Griezmann), il reste à savoir si celui-ci restera dans les annales des récipiendaires comme une référence.

En effet, une particularité de ce trophée est qu’il a récompensé pendant des décennies des joueurs strictement européens (ou naturalisés) avant de s’ouvrir au reste du monde à partir de 1995, échappant aux meilleurs spécialistes tels que Pelé ou Maradona qui l’auraient amplement mérité dans leurs années fastes. De ce fait nous retrouvons au palmarès quelques « second couteaux » qui, bien que valeureux et talentueux, ne sont pas restés dans toutes les mémoires. La sélection qui suit est bien sûr subjective, elle vise à (re)mettre sur le devant de l’affiche certaines figures, dont certaines n’ont brillé qu’un seul été, avant de disparaître dans les oubliettes plus ou moins profondes de l’histoire du sport.

Les « one hit wonders » des sixties*

Dans les années 60, aucun doute possible, Edson Arantès Do Nascimento, plus connu sous le surnom de Pelé, aurait trusté les récompenses, sa révélation en 1958 lors de la coupe du monde en Suède, lui ayant assuré un statut de vedette planétaire confirmé par les titres et les tournées européennes de son club, Santos, avec lequel il démontrait une telle valeur qu’à la fin de la décennie, le roi allait atteindre les 1000 buts inscrits ! Cependant le ballon d’or étant dévolu à un joueur issu du vieux continent, ni Pelé ni son compère Garrincha ne pouvaient prétendre le remporter. Ainsi, l’année 1958 a vu Raymond Kopa sacré alors que le Brésil avait enchanté la coupe du monde et 1962 a titré Josej Masopust alors que Garrincha avait illuminé la compétition mondiale. Ce tchèque, bien loin de la fantaisie auriverde, était un milieu de terrain jouant le plus souvent en position reculée, organisateur de jeu et habile passeur mais qui ne dribblait que rarement et ne disposait pas d’une frappe mémorable. Il a dû principalement son trophée au fait d’avoir marqué en finale contre le Brésil, le but de l’espoir pour la Tchécoslovaquie, qui sera par la suite débordée par les vert et or (1-3).

Si les noms de Yachine, Eusebio et Bobby Charlton, sacrés en 1963, 65 et 66 demeurent légendaires plus de 50 ans après leur sacre, le lauréat 1967 ne manquera pas de surprendre. Il s’agissait d’un hongrois du nom de Florian Albert qui s’était révélé lors de la coupe du monde 1962 dont il finira meilleur buteur. Bien qu’arborant le numéro 9 au dos de son maillot il n’était pas vraiment un attaquant traditionnel. Loin d’un renard des surfaces, Albert redescendait volontiers très bas chercher des ballons qu’il se chargeait de ramener dans la surface, aux prix d’accélérations foudroyantes dont il avait le secret. Très élégant, le buteur de Ferencvaros sera freiné dans son élan peu après son ballon d’or, victime d’une fracture de la jambe en 1969, qui ne lui permit pas de briller au même niveau. Il est à noter qu’en 1967, son seul palmarès fut le titre de champion de Hongrie …

Un lutin après l’ère des Géants

10 ans plus tard, alors que la domination du duo Cruyff/Beckenbauer (6 ballons d’or à eux deux) touchait à sa fin, un petit lutin venu du Danemark allait connaître le Graal. Bénéficiant du vote du journaliste français en sa faveur, Allan Simonsen ravissait la 1ère place à Michel Platini et Kevin Keegan, futurs lauréats. Le natif de Vejle était un joueur de taille très modeste (1m65), mais doté d’une vivacité exceptionnelle, ses dribbles et courses étaient irrésistibles pour les puissants défenseurs européens. De plus l’attaquant de Moenchengladbach se trouvait souvent à point nommé pour mettre le cuir au fond des filets comme lors de la finale de C1 1977 (malgré la victoire de Liverpool 3-1), et malgré son gabarit, son jeu de tête également très efficace. Bien que transféré au FC Barcelone, Simonsen ne connaitra pas par la suite la même réussite.

1986, un ballon d’or par défaut ?

La décennie 1980 aurait dû être celle de Maradona, mais l’argentin, au même titre que Pelé 20 ans plus tôt, ne pouvait prétendre au trophée de meilleur joueur européen. Certes, Platini et Van Basten auraient été de rudes concurrents, ils l’ont d’ailleurs remporté 5 fois en 7 éditions, mais qui d’autre que le pibe de oro méritait d’être en tête en 1986 ? Cette année-là, le one man show de Diego lors du mondial mexicain avait tout éclipsé mais quelques semaines plus tôt, au stade de Gerland, une performance collective avait aussi ébloui le monde du football.

 

Couverture France Football Igor Belanov ballon d'or

 

Les votants ne s’y sont pas trompés et, au moment de cocher les noms sur le registre, nul doute que la performance du Dynamo de Kiev en finale de la coupe des coupes contre l’Atletico de Madrid a influé. Difficile d’isoler un joueur du onze de Lobanowski, mais son attaquant vedette Igor Belanov allait également marquer la coupe du monde avec un triplé inscrit contre la Belgique en 1/8ème de finale (3-4). Joueur complet, le natif d’Odessa se distinguait également par 4 passes décisives dans la compétition. Ses démarquages incessants causent encore des insomnies aux défenseurs à la coupe mulet de l’époque, mais cette récompense sera à la fois le point d’orgue le début de la fin pour l’ukrainien qui n’aura brillé qu’un seul été…

L’internalisation des nineties

Nouvelle décennie, nouveaux critères, à partir de 1995, les candidats au ballon d’or, bien qu’évoluant en Europe, n’auront pas de nationalité imposée, George Weah en profite pour illustrer cette règle, il demeure le 1er (et seul jusqu’à présent) lauréat africain… 1996 étant une année de championnat d’Europe des nations, le ballon d’or ne pouvait échapper à l’un des participants, Matthias Sammer allait être élu, premier défenseur après son compatriote allemand, Beckenbauer, mais Sammer était né à l’Est du mur, c’était sa révolution. Le rouquin de Dortmund s’illustrait par un rôle inédit de libéro devant la défense, expert dans la relance, à l’origine de beaucoup d’actions offensives. Perpétuant la lignée des ballons d’or éphémères, Matthias dut écourter sa carrière en 1998, pour cause de genou blessé…

Les surprises des années 2000

Que dire des années 2000 ? le vainqueur le plus surprenant semble être Pavel Nedved, en 2003, le plus vieux primo-lauréat, à 31 ans. Incarnant « le mouvement perpétuel », et bien qu’absent de la finale de la Ligue des champions perdue par la Juve, le successeur de Masopust dont l’abattage, la polyvalence, les dribbles, les accélérations et les buts firent fureur cette année-là, bénéficia largement du vote quasi-unanime des pays de l’Est pour devancer Thierry Henry. Travailleur insatiable, le juventino avait la lourde charge de succéder à Zidane, dans un tout autre style, il s’en est acquitté avec une réussite exceptionnelle dont ce ballon d’or fut la récompense suprême.

En cette première décennie du XXIème siècle, les lauréats se succédaient et perpétuaient la domination des joueurs offensifs, Owen en 2001, Chevtchenko 2004, Ronaldinho 2005 ou Kaka 2007 témoignaient de l’attrait des votants pour les buteurs/créateurs. A ce titre le vainqueur de 2006 est très étonnant, 10 ans après Sammer, un défenseur était en effet sacré, mais pas du style élégant relanceur comme Beckenbauer. Non, il s’agissait d’un gregario, à l’italienne, un combattant de tous les instants, dont les attaquants sentaient le souffle sur leur nuque, un expert du tacle et (aussi) du tirage de maillot … Fabio Cannavaro, 33 ans, profitait de la victoire en coupe du monde de la squadra azzura pour se hisser au sommet de l’Europe.

Il demeure à ce jour le dernier défenseur gagnant du ballon d’or, avant que la vague Ronaldo-Messi ne domine pour 10 ans. Seul Varane cette année pourrait lui succéder, un champion du monde opérant au Real de Madrid, l’histoire bégaierait ainsi…

*Expression anglaise décrivant les succès sans lendemain, les tubes musicaux uniques.

© Morten Langkilde & France Football

Auteur : Gilmon

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