Les finances du LOSC ou les liaisons dangereuses

14
décembre
2017

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Catégorie : Ligue 1

gérard lopez

« Ou vous avez un rival, ou vous n’en avez pas. Si vous en avez un, il faut plaire pour lui être préféré si vous n’en avez pas, il faut plaire encore pour éviter d’en avoir ». Ces phrases, tirées du roman épistolaire de Pierre Choderlos de Laclos Les Liaisons dangereuses, semblent décrire à merveille la situation qui a été celle de Gérard Lopez il y a un peu plus d’un an lorsqu’il a tenté de racheter l’Olympique de Marseille. Plaire, voilà quel était l’enjeu de l’homme d’affaires hispano-luxembourgeois pour tenter de mettre la main sur le club phocéen. Plaire à Margarita Louis-Dreyfus en premier lieu bien sûr en lui montrant qu’il avait les reins assez solides pour reprendre le club mais plaire aussi aux supporters. Dans sa logique, cette danse du ventre dont Marcelo Bielsa était le centre avait tout de la pièce maitresse mais contrairement aux victimes du roman, l’ancienne propriétaire de l’OM n’est pas tombée dans le piège et lui a préféré Frank McCourt.

Plus d’un an après cette tentative infructueuse, voilà Gérard Lopez au cœur de tourments bien puissants. Entre temps, il a réussi à racheter le LOSC et a effectivement fait débarquer El Loco dans le club avant de le débarquer il y a quelques semaines. Mardi soir, le verdict de la DNCG est tombé comme un couperet, froid et tranchant comme la lame d’une guillotine qui viendrait anéantir les espoirs de grandeur et de démesure d’un LOSC qui parait désormais bien limité. Le coup de semonce a, parait-il, été violent puisque les dirigeants nordistes ne s’attendaient apparemment pas à se voir notifier une interdiction de recrutement. Comme certains l’ont exprimé sur les réseaux sociaux, Lopez a tranché en faveur du recruteur (Campos) dans le conflit qui l’opposait au formateur (Bielsa) et voilà son club interdit de recruter au moins pour le prochain mercato. Si MLD et l’OM sont sortis indemnes de leurs liaisons dangereuses avec Gérard Lopez, le LOSC pourrait bien connaitre une catastrophe tant les liaisons financières de son président et propriétaires semblent dangereuses voire mortelles.

Le règne de l’opacité

La décision de la DNCG d’interdire le LOSC de recrutement pour le prochain mercato hivernal au moins est incontestablement un coup de tonnerre. Toutefois, il serait malhonnête de ne pas dire que celle-ci s’inscrit dans une continuation et une accentuation de ce qui a pu se faire par le passé. Dès l’arrivée de Lopez à la tête du club, en effet, nombreux ont été les éléments troublants à se manifester. Dans la trainée des Football Leaks, nous apprenions en effet que la holding qui détient le club nordiste était domiciliée dans un paradis fiscal et qu’un véritable jeu de poupées gigognes nous empêchait – et nous empêche encore aujourd’hui – d’avoir l’assurance que le club est bel et bien détenu par l’homme d’affaires.

Au-delà de cette question, c’est donc une multitude d’interrogations qui ont vu le jour, notamment celle qui questionnait la véritable capacité financière de Gérard Lopez et donc du club. Lui qui par le passé avait tenté de racheter un club de D2 espagnole (Lugo) et plus récemment l’OM, s’était à chaque fois heurté, semble-t-il, à un problème de financement direct. Incapable d’apporter les garanties financières pour le rachat d’un club de D2 espagnole dont le prix ne dépassait pas les quelques millions d’€, l’homme d’affaires a-t-il pu racheter le LOSC sans aucune aide extérieure ? Jusqu’à aujourd’hui la question reste entière, ce qui n’est pas pour rassurer les supporters des Dogues au vu de la situation financière du club qui semble être plus que précaire.

Le cercle vicieux

Si des questions se posent encore sur le rachat du LOSC sur ses fonds propres de la part de Gérard Lopez, une chose est certaine : pour mener à bien les deux mercatos (hiver et été derniers) qui ont eu lieu depuis sa reprise du club, l’homme d’affaires a contracté des prêts, sur le marché obligataire notamment. Son projet étant fondé sur le trading de joueurs – ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi – il avait besoin de fonds pour pouvoir acquérir de jeunes joueurs à fort potentiel, les faire progresser et les revendre afin d’effectuer des plus-values. En ce sens, la présence de Bielsa sur le banc et de Campos à la direction sportive répondait à cet objectif, Campos étant connu (à tort ou à raison) pour sa faculté à dénicher des jeunes joueurs prometteurs et Bielsa pour les faire progresser et donc les valoriser.

Aussi les deux mercatos ont-ils consisté en l’achat de joueurs très jeunes, chose qui a été reproché au LOSC tant la naïveté de certains d’entre eux a sauté aux yeux depuis le début de la saison, et assez onéreux. Pour parvenir à mettre en place son projet, Lopez a donc eu recours au financement par la dette en contractant des prêts notamment auprès d’Elliot, un fonds vautour qui a fondé sa richesse sur des poursuites judiciaires menées envers des Etats en difficulté. Pour ce genre de fonds, le classement ou le beau jeu ne compte guère, la seule chose qui les importe est de récupérer l’investissement qu’ils ont contracté en effectuant ce prêt tout en percevant un juteux pourcentage d’intérêts. C’est bien pour ça que la décision de la DNCG résonne comme le glas du projet de trading mis en place par la nouvelle direction. Après l’aube apportée par le rachat et l’arrivée de Marcelo Bielsa sur le banc, voilà Lille plongée dans les lueurs vespérales de l’hiver froid qui semble devoir être interminable pour le club.

La catastrophe qui vient

L’hiver est en effet bien présent sur le Nord depuis quelques semaines et aux chutes de neige régulières s’ajoutent désormais les déboires d’un club qui semble chaque jour un peu plus au bord de la rupture. Si la décision de la DNCG sonne en quelque sorte le glas du projet Lopez c’est précisément parce que la situation sportive de son équipe est quasiment catastrophique. Malgré la légère embellie depuis la suspension de Bielsa, l’équipe semble toujours aussi empruntée et limitée que par le passé. Sur le long terme, l’on voit mal, en effet, comment cet effectif pourrait parvenir à se hisser dans la première partie de tableau – et je ne parle même pas de la possibilité de se mêler à la course à l’Europe, objectif affiché en début de saison mais qui relève aujourd’hui de l’utopie – quand bien même tout peut aller très vite dans ce championnat.

L’interdiction de recruter notifiée aux Dogues est en effet doublement catastrophique au sens étymologique du terme, la catastrophe signifiait renversement dans la Grèce antique. Non seulement le LOSC se retrouve privé de recrutement mais il va sans doute devoir vendre des joueurs car les créanciers attendent leur dû et vont assurément commencer à perdre patience. Ce qui se profile donc est bel et bien un affaiblissement d’une équipe déjà franchement pas souveraine. En ce sens, la relégation dont aurait été menacée la direction du club par la DNCG pourrait bien finir par intervenir sportivement à l’issue de cette saison tant la lutte pour le maintien s’annonce arrachée. Une descente du club serait assurément catastrophique en cela qu’elle scellerait sans doute la fin du projet Lopez et la mise en danger certaine de l’institution LOSC. Dans une région où le football possède un rôle social exacerbé du fait de la situation économique difficile, une descente voire une disparition du LOSC marquerait un drame absolument monstrueux, d’autant plus que cela aboutirait également à une baisse des ressources de la métropole lilloise, le loyer du stade étant indexé sur la présence ou non du club en Ligue 1.

Nous le voyons donc, la situation des Dogues est bien peu reluisante. Sans vouloir jouer les Cassandre, il me parait assez peu probable de voir Lopez réussir à redresser la barre. Les pouvoirs publics lillois et nordistes seraient bien inspirés de commencer à se mettre à la recherche de nouveaux investisseurs s’ils ne veulent pas voir le club sombrer dans les affres des divisions inférieures. Les supporters lillois n’ont rien fait pour mériter ça et Gérard Lopez semble être symbolique de ces vautours uniquement appâtés par le gain. Les Liaisons dangereuses mettent en scène un duo pervers de deux nobles manipulateurs qui peuvent rappeler le propriétaire actuel du LOSC. « Il arrive que les décors s’écroulent. […] Un jour seulement, le « pourquoi » s’élève et tout commence dans cette lassitude teintée d’étonnement. « Commence », ceci est important. La lassitude est à la fin des actes d’une vie machinale, mais elle inaugure en même temps le mouvement de la conscience. Elle l’éveille et elle provoque la suite. La suite, c’est le retour inconscient dans la chaîne, ou c’est l’éveil définitif » écrivait Camus dans Le Mythe de Sisyphe. Sans l’éveil, il y a fort à parier que les Lillois connaissent l’écroulement définitif de leurs décors.

Auteur : Marwen Belkaïd

Qui a dit que le foot et la culture étaient antinomiques ? Mon (humble) ambition est de réunir Camus, Jaurès et Shankly et de montrer que non le foot n'est pas un monde de débiles et de brutes

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