Les enseignements du Divin Codino

18
juillet
2017

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Catégorie : Culture foot

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Il y a 23 ans, le 17 Juillet 1994, en finale de la Wold Cup américaine, Roberto Baggio envoyait son tir au but dans le ciel californien et, par la même occasion, les rêves de tout un pays dans les nuages de l’histoire. Par cet échec, l’idole du peuple italien offrait alors au Brésil de Romario sa quatrième coupe du monde. L’histoire du Divin Codino, c’est l’histoire d’une carrière aussi clairsemée de titres qu’exemplaire, et ce tir au but manqué tristement célèbre, la fin tragique d’un parcours en coupe du monde aussi magique que bouleversant, aux leçons de vie encore bien ancrées dans les mémoires.

Les anges chantent dans les jambes de Roberto Baggio*

Le monde du football vibra pour la première fois au rythme des exploits de Roberto Baggio à travers le poste de télévision en Juin 1990. Contre la Tchécoslovaquie en phase de poule du Mondial italien, le frêle milieu de terrain de la Nazionale gratifiait le public d’une danse au milieu des défenseurs adverses pour offrir à son pays la qualification en huitième de finale. Sous les yeux émerveillés des tifosi, le meneur de jeu transalpin venait de résumer en un but décisif tout ce qui fait la beauté du football : cette légèreté, cette facilité, cette insouciance, cette gestuelle semblable à de la poésie. Comme l’écrira si justement la Gazzetta dello Sport : « Gli angeli cantano ai piedi di Roberto Baggio* ». Sa grâce, divine, balle au pied est reconnue de tous. Malheureusement en demi-finale, Gianluca Vialli lui sera préféré, et le pays hôte sera éliminé aux tirs au but par l’Argentine de Diego Maradona.

Le monde est aveugle, rare sont ceux qui voient

Le parcours de la Nazionale lors de la World Cup 1994 est l’histoire d’une équipe miraculée au premier tour, portée jusqu’en finale par la grâce et le talent de son meneur de jeu. Ainsi, face au Nigéria en huitième, à l’Espagne en quarts et face à la Bulgarie du Ballon d’Or 1994 Hristo Stoichkov en demi-finale, toute l’Italie s’en remet au génie de son numéro 10. Baggio, c’est un être libre. Sans doute trop libre pour un tacticien comme Arrigo Sacchi. Pourtant sans la vision du jeu, la maîtrise du temps et de l’espace de l’attaquant à la queue de cheval, l’Italie n’avait cette année là aucune chance d’atteindre la finale et de se distinguer dans cette compétition. Dans cette Squadra Azzurra peu transcendante, sa vista, son sang froid et ses buts millimétrés feront de lui un guide.

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Il y a plus de larmes versées sur la Terre qu’il y a d’eau dans l’océan

L’histoire tragique de cet ultime tir au but raté en finale de coupe du monde a fait de Baggio un damné de l’histoire du football. Touché à la cuisse en demi-finale face à la Bulgarie, épuisé par l’intensité de la compétition et 120 minutes éreintantes face au Brésil en finale, son penalty s’envola donc dans le ciel du Rose Bowl de Pasadena. L’image du numéro 10 italien, la tête basse, les mains sur les hanches, fait partie de la légende de la coupe du monde et de l’histoire du football. Ses larmes dans les bras de Franco Baresi immortalisent à ce moment là toute la souffrance d’échouer si près de son rêve d’enfant et celle du peuple italien. Lors de sa troisième et dernière coupe du monde, celle de 1998 organisée en France, il sera tout près d’inscrire le but en or en quarts de finale face à Fabien Barthez. La suite de l’histoire, nous la connaissons. Malgré son penalty réussi, l’Italie sera une nouvelle fois battue aux tirs au but. Le destin.

Mille victoires sur mille ennemis ne valent pas une seule victoire sur soi-même

Le Bouddhisme est la troisième religion la plus répandue en Italie après le Christianisme et l’Islam. Il Divin Codino – littéralement « le divin à la queue de cheval » – s’y converti en début de carrière pour surmonter sa première grosse blessure. Son parcours sera une longue lutte contre un physique chétif, qui le verra devenir roi de Florence, de Bologne et de Brescia, sans vraiment s’imposer incontestablement dans des clubs de standing supérieur. Dans le pays de la culture tactique et physique, réussir avec un physique frêle, marqué par six opérations du genou, relève du miracle. C’est la preuve d’une grande force mentale. A ce propos, le monument de la littérature uruguayenne Eduardo Galeano dira un jour de lui : « Ses adversaires l’agressent, le mordent, le frappent. Baggio porte des messages bouddhistes sous son brassard de capitaine. Buddha ne lui évite pas les coups, mais il l’aide à les supporter. ».

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Le Ballon d’Or 1993 est une de ces icônes qui ont marqué à jamais l’histoire du sport roi. Technique, rapide, il avait cette insatiable faculté à faire basculer le cours d’un match et de le gagner à lui seul. L’équivalent en quelque sorte d’un Maradona ou d’un Messi. Un fuoriclasse comme il est commun de dire au delà des Alpes. Roberto Baggio a toujours été l’une de mes plus grandes idoles. Sa carrière est parsemée d’incertitudes, d’aléas, de blessures, de rêves, de réussites et d’échecs. J’ai toujours admiré l’esthétisme de son football, son sang froid, son destin de martyr, et son engagement humanitaire pour lequel il fût récompensé quelques années après la fin de sa carrière. Le poète Ernesto Granpasso lui dressa sans doute le plus bel hommage : « Sans Baggio, le monde football risque de devenir un peu trop plat, comme lorsque l’on sait qui va perdre et qui va gagner. Ni Totti ni Del Piero ne réussiront à le remplacer. Ce ne sont que des champions. Baggio est plus que cela : il est le dernier hasard, une prière adressée aux dieux. ». Même éloignés des terrains, les anges continuent de chanter.

Auteur : Yannis Eleftheria

Méditerranéen rebelle et romantique baptisé à la religion footballistique. Le foot pour sa dimension sociale, la plume comme arme.

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