Les enfants terribles

19
juin
2017

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Catégorie : Editos

canto

Ce ne sont pas les plus capés ou les plus titrés, ce sont simplement ces joueurs différents,  artistes du ballon rond, virtuoses ou mauvais garçons, qui marquent le football à leur manière par leur folie, leur gestuelle ou leurs frasques. Et dans le laboratoire aseptisé du football d’aujourd’hui, cette grande industrie du divertissement asservie par l’argent roi, ils manquent cruellement et semblent en voie d’extinction. Ode aux désinvoltes.

Les rebelles engagés

Qu’on se le dise, le football n’est que le reflet de la société, et dans la vie comme sur le pré, il n’est pas rare de croiser des marginaux et des libres penseurs. L’enfant terrible du foot français se nomme Eric Cantona. Talentueux incompris passé par Auxerre, Martigues, Marseille, Bordeaux, Montpellier et Nîmes, devenu roi outre-manche sous la tunique des Red Devils. Dans le superbe film documentaire intitulé « Les rebelles du foot » (2012), le King de Manchester, modèle de professionnalisme et anti-système affirmé, met en lumière le parcours de cinq grands noms du football gravés dans la mémoire collective et élevés au rang de symboles par leur engagement politique pour sauver leurs pays respectifs des injustices et des atrocités. Ainsi, Didier Drogba (Côte d’Ivoire), Socrates (Brésil), Carlos Caszely (Chili), Rachid Mekloufi (Algérie) et Predrag Pasic (Yougoslavie) ont tous utilisé leur statut de joueur pour faire passer des messages forts et tenter de changer les conditions de vies de leurs compatriotes, mettant parfois en péril leur propre carrière. Car le football est un sport qui peut être assimilé au rang d’art, et que dans toute société digne de ce nom les artistes doivent se dresser devant l’injustice et garder l’esprit de révolte. Rares sont les sports aussi fédérateurs que le football et il serait grand temps, dans cette époque de tension extrême, que le sport roi joue son rôle pacificateur et unificateur des peuples.

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Les artistes incompris

Le philosophe grec Aristote, certainement l’un des penseurs les plus influents que le monde ait connu, disait « il n’y a point de génie sans un grain de folie » et en effet, force est de constater que nombre de génies du ballon rond se sont distingués par leur folie et leur liberté sur et hors du terrain.  De Ronaldinho, le fantasque brésilien à l’hygiène de vie désastreuse à Hatem Ben Arfa le prodige immature, il semblerait qu’il y ait corrélation entre le talent pur et le degré de folie des artistes créateurs du beau jeu. Quand on pense aux artistes qui ont marqué l’histoire de ce sport, on pense bien évidemment à Garrincha, à Maradona, ou encore au Ballon d’Or 1968, George Best. Dribbles, passes aveugles, courses folles, et autant de déboires dûs à la drogue et l’alcool. Leur force a toujours été de faire comme bon leur semblait, sur le terrain comme dans la vie. Ces désinvoltes ont en commun un goût immodéré pour les femmes et les vices des plaisirs nocturnes. Jorge Alberto Gonzalez Barillas. Ce nom n’évoque peut-être rien à la grande majorité des amateurs de football, et pourtant le salvadorien surnommé Magico Gonzalez, à la vie aussi tumultueuse que sa carrière, fut certainement le meilleur footballeur que la terre ait porté. Admiré par El pibe de Oro himself, le maestro centro-américain avouera récemment : « J’aime toujours la nuit, le jour n’est pas le même sans elle ».

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Les bad boys

Si la folie peut s’exprimer de manière poétique, artistique ou engagée, elle peut aussi naître sous une forme violente. Le football britannique a engendré des générations entières de joueurs agressifs  et provocateurs, certains laissant une trace indélébile dans l’histoire de ce jeu. L’illustration la plus parfaite du fighting spirit anglais est sans doute le Crazy Gang de Wimbledon du teigneux Vinnie Jones, vainqueurs de la FA Cup en 1988 face au Liverpool champion d’Angleterre. La notion de combativité fait partie du jeu et des joueurs comme Paul Gascoigne, Dennis Wise, Joey Barton ou encore Gennaro Gattuso font partie de ces gladiateurs acharnés capables de galvaniser tout un stade par leur caractère fougueux et bagarreur. Tout cela nous amène à penser que derrière chaque joueur il y a avant tout un homme, avec son passé, son éducation, ses blessures, ses forces et ses faiblesses. L’exemple le plus proche de nous étant un écorché vif indiscipliné comme Mario Balotelli, joueur difficile à canaliser et simplement enfant que la vie n’a pas épargné.

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« Un être libre, c’est rare, mais tu le repères tout de suite, d’abord parce que tu te sens bien, très bien, quand tu es avec lui » écrivait Charles Bukowski dans ses Nouveaux contes de la folie ordinaire. Il n’est donc pas surprenant que ces enfants terribles du football exercent sur le public une douce fascination. Miroir de la société, le football rassemble toutes les composantes de la nature humaine. On y retrouve ainsi l’histoire de la lutte des classes, la propension des petits à bousculer la hiérarchie, mais aussi la violence, la folie, l’individualisme, la joie, les larmes, l’altruisme, la beauté, la camaraderie et l’amour. Ce n’est donc pas une coïncidence si, à mesure que les citoyens du monde entier voient poindre la restriction de leurs libertés, ces joueurs insaisissables tant sur le terrain que dans la vie se font de plus en plus rares.

Auteur : Yannis Eleftheria

Méditerranéen rebelle et romantique baptisé à la religion footballistique. Le foot pour sa dimension sociale, la plume comme arme.

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  • Saul Preza

    merci pour garder le romanticisme dans ce monde des machines et condition physique

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