Les duels de Légende : Boca-River le “Superclásico”

24
juillet
2013

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Catégorie : Culture foot / Dossiers APP

Pendant l'été, APP vous propose de découvrir l'histoire des plus grands derbys du monde. Place aujourd'hui au superclasico entre Boca Junior et River Plate.

Il est des matchs qui dépassent le cadre pur de la rivalité sportive, de l’enjeu comptable, de la victoire instantanée, éphémère au terme de 90 minutes de foot banales… Des affrontements qui relèvent plutôt de la lutte des classes, d’une rivalité quasi séculaire entre “le club du peuple” et celui des “classes moyennes” ou de la “bourgeoisie”. De ces matchs, dont l’écho mondial ne reflète parfois que très peu la réalité des enjeux, l’on ne sait parfois que peu de choses, ne voyant que çà et là de trop rares images de stades en furie, de rues enflammées, de quartiers incandescents. Focus sur ces duels de légende, ces matchs qui sous sortent de l’ordinaire opposition du samedi soir, sur ces instantanés où le sport et l’Histoire se mêlent pour donner lieu à des moments magique, de ceux qui nous font rêver, ouvrir de grands yeux, de ceux qui nous prennent, nous emmènent, sans que l’on ne sache vraiment pourquoi… Premier duel de légende : le “superclásico” argentin, opposant Boca Junior et River Plate.

La Genèse

En 1901, dans le quartier de La Boca, à Buenos Aires, la fusion des clubs de “Santa Rosa” et de “Las Rosales” donnent naissance au Club Atlético River Plate. Alors amateur, le club devra attendre les années 30 pour devenir professionnel. Certains joueurs étant payés en or, Rive Plate trouvera alors son premier surnom “El Millonario” (le millionnaire), faisant déjà des couleurs rouge et blanche les représentantes plus ou moins consenties des “classes moyennes” de Buenos Aires.

Quatre années plus tard (1905), des immigrés italiens, génois, créent à leur tour un club dans ce même quartier de La Boca. Ils décident de garder de le nom de leur quartier d’adoption et d’y ajouter “Juniors” en hommage aux origines britannique du football. Les couleurs sang et bleu n’arriveront qu’en 1907 sur le maillot du club dit “populaire” de La Boca, après qu’un joueur ait aperçu, au large, le pavillon suédois d’un navire marchand. Les couleurs du drapeau suédois deviennent alors celles du plus populaire des clubs argentins.

C’est le 24 août 1913 que les deux clubs s’affrontent pour la première fois de manière officielle. L’enjeu ? La suprématie sur le premier district de Buenos Aires, La Boca. Si la victoire 2-1 de River est actée dans les différents registres, l’Histoire retiendra de ce match qu’il aura très vite tourner au combat de boxe, sur le terrain et en tribune, la grande rivalité venait de naître, d’éclater au grand jour et ce n’était qu’un début… Indéniablement, il n’y a de place que pour un seul club à la Boca !

L’ère professionnelle

En 1920, River Plate se “délocalise”, le club quitte La Boca pour s’installer à Núñez, quartier riche de Buenos aires, marquant définitivement la différence entre les deux clubs. A jamais, River sera l’équipe des “Millonarios” et Boca celle des classes populaires et du “petit peuple”. Après l’expérience violente de 1913, les deux clubs ont tenté un maximum de s’éviter, mais l’arrivée d’un championnat professionnel allait définitivement faire entrer leur rivalité dans l’Histoire du sport argentin. Le 20 septembre 1931, les Star à Boca Junior, Juan Roman Riquelme est rentré dans l'histoire grâce au superclasico face à River Plate.deux clubs, désormais professionnels, s’affrontent en championnat… Le match sera arrêté au bout de 65 minutes, suite à une première bagarre générale ayant amené l’exclusion de trois joueurs… la rencontre ne reprendra jamais, tous les joueurs sombrant dans un affrontement massif, qui se répandit rapidement dans les travées du stade. Dés lors, chaque rencontre, chaque derby, serait parsemé d’une atmosphère électrique qui ira crescendo au fil des saisons mais dont personne ne réussira, n’essayera, de se départir. Boca Junior devenu le club le plus populaire d’Argentine va très vite s’affirmer aussi comme l’un des meilleurs, glanant très vite de nombreux titres. La ferveur qui entourent les “Xeneizes” (génois) est devenue l’une des plus impressionnante au monde et attirera, au fil des décennies, parmi les meilleurs joueurs argentins de l’Histoire (Maradona, Francescoli, Bianchi, Riquelme, Palermo, Tévez et tant d’autres…). Il faudra attendre une ère plus moderne pour voir le rival Millonario attirer de grands noms (Saviola, Batistuta, Aymar, Higuain, Mascherano, d’Alessandro, Kempes…). Difficile donc de se risquer à évoquer une certaine hiérarchie entre les deux clubs, même si les statistiques penchent grandement en faveur de Boca avec, entre autres, 24 titres de champions d’Argentine (en championnat unique, plusieurs formules ayant été testées pour le championnat argentin), contre 14 pour River.

La Bombonera : enfer ou paradis

Mythique  stade de Boca Junior, la Bombonera est en enfer pour le rival River Plate.De nos jours, la rivalité entre les deux géants d’Argentine n’a pas pris une ride. Si les dérives d’antan semblent plus ou moins contrôlées, les derbys restent d’invraisemblables fêtes où les Millionarios et les Xeneizes aiment à s’affronter plus par la ferveur des kops que par la dangerosité de leurs hooligans. Malgré tout, le Superclásico reste un match à part et se joue à chaque fois sur un fil, les normes de sécurités ont été renforcées depuis biens longtemps aux abords des stades. La réception de River à Boca, dans l’arène de la Bombonera (stade de Boca Junior), revêt une sorte de “retour aux sources” pour les blancs et rouges. Au coeur de leur quartier d’origine, La Boca, les Millionarios ne viennent jamais pour autre chose que pour rappeler que le premier club fondé à La Boca était bien le leur. Les supporters n’ont de cesse de le rappeler à travers banderoles, chants ou déclarations médiatiques. Si à travers l’Histoire, Boca a pris la place de N°1 dans le coeur des Porteños (habitants de Buenos aires), les Millonarios de River garde bien en tête la vérité historique qui fait de leur club le plus ancien club de football de La Boca, en quelques sortes, le vrai, le seul et l’unique et rien n’y fera ! Rien, pas même la ferveur inégalable de la Bombonera. Le stade mythique de Boca accueille depuis 1940 l’ambiance la plus ahurissante du monde lors de chaque Superclásico. L’ambiance est telle, parfois, que les matchs sont retardés, tant il y a de cotillons ou autres bande de papiers toilettes déroulés dans les tribunes jusqu’à la pelouse, ce qui donne lieu à des images hallucinantes qui, loin des affrontements basiques et brutaux de supporters violents, font vraiment rêver. Le Superclásico de la Bombonera, bien plus chaud que son homologue de l’Estadio Monumental (River Plate) donne également lieu à l’unification des kops Xeneizes, les trois tribunes “bleues et or” font face, comme un amphithéâtre à la tribune présidentielle, dans une ambiance indescriptible, qu’il faut sans doute avoir vécue, ou vue, en vrai, pour prendre la mesure.  Le jaune, le bleu, les couleurs mythiques du club de Boca mêlés aux chants des socios porteños donnent un aspect presque surnaturel à la rencontre… La clameur brûlante, troublante qui émane de la Bombonera ces soirs-là, nous laissent songeurs, vue d’Europe, bien au-dessus de nos références continentales, le Superclásico de la Bombonera est une exception, un mythe, un chef-d’oeuvre de ferveur, une référence, une sorte de rêve ultime pour tout footballeur.

Quelques chiffres

Depuis la relégation de River en 2011 et d’Independiente en 2013, Boca Junior est la seule équipe du championnat argentin à n’avoir jamais été reléguée. A ce jour, en mêlant les différentes formules plus ou moins officielles du championnat d’Argentine, River Plate recense 34 titres de champions d’Argentine contre 24 pour Boca Junior. Les deux clubs se sont affrontés à 326 reprises dont 225 fois dans les 7 compétitions officielles et 101 fois en amical. Boca s’est imposé à 120 reprises, River 104 fois pour 102 matchs nuls. Le Superclásico c’est 844 buts (441 pour Boca et 403 pour River). Le prochain Superclásico se déroulera à l’Estadio Monumental de River Plate, le 6 octobre prochain pour le compte de la 10ème journée de la ” Primera Division “, devant près de 80 000 spectateurs, le rendez-vous est pris !

Auteur : Damien Jaud

Damien, 31 ans, passionné de foot. Ex-joueur de foot. Fan d'esthétisme plutôt que de puissance. Amoureux du foot.

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