Les “Community Manager” : de l’ombre à la lumière (partie 2)

11
mars
2018

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Catégorie : Ligue 1

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Le web a permis de créer une nouvelle catégorie d’emploi avec la naissance des Community Manager. Et par conséquent, la régénération de l’organigramme du club en apportant une touche plus juvénile non négligeable si on veut toucher le plus de “followers”. Mais justement après avoir vu la forme, voyons ensemble quels sont les objectifs du CM.

Dans la première partie de notre dossier, nous avons expliqué les origines du community management. Une profession très récente représentant un panachage idéal entre information et digital. Comme dit le proverbe : “Tous les chemins mènent à Rome”. Cet adage faisant référence à un métier qui se démocratise de plus en plus et qui montre que si on détient les compétences sinéquanone, il est possible de devenir un excellent “CM”. Peu importe le parcours.

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Quand Guingamp change sa biographie en rappelant qu’il était le dernier à avoir fait tomber les Parisiens 2-1, le 17 décembre 2016 (crédit image : L’Equipe)

La fidélisation ou la quantité (ou les deux) ?

Quand on consulte le compte Twitter et/ou Facebook d’un club professionnel, il nous est tous passé par la tête ce réflexe : voir le nombre de followers. Ces personnes “abonnées” ou qui “aime ça” mettant en évidence leur attachement parfois vicéral à leur équipe favorite. Dans la tête des Community Manager, on y pense forcément. L’un des objectifs les plus importants est d’attirer chaque jour de nouveaux profils sans oublier les critères essentiels. “Le plus important, c’est de connaître tout ce qui se passe au club. De la billetterie aux matchs, en passant par les écoles de foot, les féminines, les jeunes … Tout y passe ! Cela est important dans le but d’informer nos followers” confirme Pierre Fargès, CM du compte Twitter des Girondins de Bordeaux. “Cela permet de s’intéresser aux gens et donc d’être intéressé par ce qui nous entoure. Si on ne connait pas l’actu de l’équipe, c’est difficile d’intéragir avec les supporters sur Twitter […] Quand je me lève le matin, je consulte Facebook, Twitter pour voir ce qu’il s’est passé durant la nuit et mon mail pro pour voir les dernières informations de la LFP, la FFF, la commission de discipline et les mails internes” complète-t-il. 

Rien ne doit leur échapper. De A à Z, les community managers doivent tout savoir. Négliger cela est comparable à se tirer une balle dans le pied. Pierre Fargès le crie haut et fort : “Si quelqu’un m’interpelle à trois heures du matin pour me demander comment accéder au stade, je dois lui répondre ! C’est un boulot public”. Le CM de Bordeaux rajoute : “Quelqu’un qui ne se sent pas écouté par le club, ne viendra plus au stade, se désintéressera de notre actualité etc.”.

Forcément, si cette base est respectée, les followers se multiplieront par dizaines, par centaines, voire par milliers (à l’échelle de la Ligue 1). On entre pleinement dans une notion de professionnalisation de ce métier, parfois couplé avec la fonction de JRI (Journaliste Reporter d’Images), d’assistant ou chargé de communication. Michaël Michée, social media des Chamois Niortais (pensionnaire de Ligue 2) depuis 2016, a vu son rôle s’élargir en endossant également la casquette de responsable communication du club l’été dernier. “La certitude, c’est que si tous les clubs professionnels se structurent de plus en plus au niveau de leur communication et, en particulier, au poste de CM où ils sont plusieurs dans certains clubs. C’est bien que c’est un rôle déjà beaucoup plus important qu’amusant ou grotesque …” note celui qui est titulaire d’un DEUG et d’une licence de communication avant de mettre sa carrière entre parenthèses pour le football.

Chambrage et autodérision : le match se joue aussi sur les réseaux

Ce vent de fraîcheur amené sur le paysage digital de Twitter amène forcément à des taquineries voire des trolls entre les comptes officiels des clubs professionnels. Dernier exemple en date, le Clasico en 1/4 de finale de la Coupe de France opposant le Paris Saint-Germain à l’Olympique de Marseille. Victoire nette et sans bavure des parisiens 3-0. Moment jugé opportun pour que le CM du PSG “réconforte” les Olympiens.

 

Si les “Social Media” utilisent leurs comptes personnels pour profiter de cette liberté de ton, le grand public raffole de ces petites bisbilles cassant les codes d’une communication trop rigide. De bon goût ou insignifiant, le côté décalé de ces tweets amuse généralement la galerie. Mais le côté pervers peut vite resurgir. Ne l’oublions pas, l’image et la réputation du club en dépend. Si un tweet est mal interprété notamment par la majorité, difficile d’éviter un lynchage médiatique remettant en cause la crédibilité du club qui, quoi qu’on en dise, représente une institution. Etre community manager d’une équipe professionnelle, c’est aussi marcher sur des oeufs. On ne sait jamais à quoi s’attendre. Le clash Pierre Ménès/FC Nantes peut en témoigner. Le célèbre consultant de Canal + avait partagé son ennui suite aux prestations en championnat de Nantes en décembre dernier. La réponse des Canaris fut cinglante :

 

Mais l’inspiration demeure toujours au rendez-vous comme le montre ces exemples, dont celui d’Amiens, compte géré par Gaspard Truffet, en début de saison :

 

Si Toulouse reste maître en la matière, d’autres clubs n’hésitent pas à s’inspirer de cette philosophie pour se faire connaître. Guingamp, Nîmes, Caen ou encore Lorient font parler d’eux pour le côté hilarant de leurs tweets. Bordeaux a aussi de la répartie. Que ce soit pour l’histoire du Mug (voir la première partie), leur “complicité” avec l’OL ou leur élimination au troisième tour préliminaire d’Europa League face à un club hongrois méconnu :

(Crédit image : Eurosport)

 

“Il y a de bonnes choses qui se font partout mais historiquement, c’est le TFC qui a la meilleure com’. Je connais très bien les gens qui y travaillent. Je suis en lien avec beaucoup de clubs sur Twitter mais le plus souvent c’est avec Toulouse et Niort que je discute” confie Pierre Fargès. Michaël Michée avoue s’inspirer de la communication de certaines formations de L1 et L2 avec lesquelles il est en relation : “C’est difficile de s’inspirer d’un seul club. Ce serait davantage un mélange des choix visuels de Monaco, de la légèreté de Guingamp, de la réactivité par rapport à l’actu de Nîmes. Avec, bien entendu, du contenu régulier et de qualité à ajouter à tout ça. […] Ce n’est pas régulier mais je discute beaucoup avec Bordeaux, Nîmes, Lens, Guingamp et Le Havre.” Dans tous les clubs (ou presque), la liberté de ton a le mérite d’exister grâce à une direction faisant pleinement confiance aux CM. Rendons à César ce qui appartient à César.

Démocratisation des CM : la gageure à relever

C’est sans doute la question à laquelle ce dossier doit répondre ou du moins émettre des éléments de réponses. Même si on en a légérément évoqué le sujet concernant le jumelage des CM avec d’autres fonctions au sein du département communication du club, l’avenir du métier de community manager doit tendre vers la professionnalisation. En clair, devenir un métier à part entière comme boulanger ou électricien. Cela passe par plusieurs points notamment les compétences techniques d’un CM. Même s’il est spécialisé dans un réseau social, le CM doit être à l’aise sur tous les supports et d’être le plus polyvalent possible. Afin de remplacer quelqu’un qui est malade ou de se préparer à un calendrier surchargé de dernière minute par exemple. Comme le soulignait précédemment Michael Michée, il existe plusieurs CM au sein de quelques équipes professionnelles. A Bordeaux, Pierre Fargès s’occupe seulement de Twitter tandis que ses collaborateurs Julien Mondon et Cyril Jouison prennent soin respectivement du compte Facebook et Instagram. L’idée d’avoir une personne disponible, réactive et surtout à l’aise sur tous les réseaux est un objectif à prendre en considération. Même si la mission peut paraître difficile.

Pierre Fargès souligne un problème encore récurrent : “Tous les clubs n’ont pas forcément de CM. C’est anormal pour moi ! Peu importe le niveau, on se doit d’avoir un spécialiste des réseaux sociaux dans une équipe. C’est un premier pas vers la démocratisation de cette fonction.” Ses journées sont comparables à celles d’un journaliste. Avec des horaires de bureau de 9h à 18h, son quotidien est lié à l’actualité des Girondins : “Avant la signature de Martin Braithwaite (au mercato d’hiver, NDLR), mes collègues sont restés jusqu’à minuit pour créer et publier du contenu à ce sujet” confirme-t-il. Ses jours de repos étant le mardi et mercredi. “Pour le licenciement de Jocelyn Gourvennec, on était convoqué un jeudi matin, ordre de la direction, pour rédiger un communiqué officiel. On devait aussi se mettre d’accord sur l’heure de diffusion. Cela nécessite un vrai travail de coordination”. 

Trop ou pas assez, voilà le véritable défi à relever pour la place des community manager des clubs pros et amateurs. Faut-il privilégier la polyvalence sur plusieurs réseaux plutôt que de se focaliser sur un en particulier ? Au final, chacun sa manière de fonctionner. Le Community Management ne se résume pas qu’aux réseaux sociaux mais aussi à la création de contenus vidéo et audio. Une chose est sûre, on n’aura pas fini d’entendre les frasques humoristiques des clubs professionnels de football sur Twitter, véritable pépinière de jeunes talents et de moments cultes.

Auteur : Nassim Jabeur

Fan de la modestie et du talent incroyable de Zinedine Zidane, Ngolo Kanté, Riyad Mahrez et Karim Benzema sont les fils spirituels du foot d'aujourd'hui. Un sport toujours aussi magique et passionnant grâce à ces personnes. Au service d'APP et du plaisir de l'écriture.

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