L’école du micro en bois

26
juin
2017

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Catégorie : Ligue 1

eyraud

Depuis sa nomination comme président de l’Olympique de Marseille à l’automne 2016, Jacques–Henri Eyraud s’est montré omniprésent dans l’exercice de la communication. Tantôt claires, pertinentes et bien ficelées, tantôt rébarbatives et outrancières, les déclarations du président marseillais n’ont eu de cesse de présenter l’investissement de Franck Mc Court en terme de projet et d’ambition. A l’heure où le mercato marseillais démarre enfin avec le judicieux recrutement de l’attaquant champion de France Valère Germain, le très médiatique club provençal est exposé à une valse de rumeurs et de « on-dit » qui joue avec l’humeur, l’impatience et les rêves de ses fidèles passionnés. Tentative d’explication.

L’opération séduction

Marqué par une instabilité chronique due à l’impatience et l’exigence de ses supporters, le Champion d’Europe 1993 est un club bien difficile à gérer. En multipliant les interviews et les entrevues avec certains cadres des associations de supporters, le président Eyraud a entretenu depuis son arrivée une forme de paix sociale nécessaire à quiconque entend développer un projet à long terme sous le ciel marseillais. Expert de la communication, ses prises de paroles ont le mérite d’avoir ravivé l’espoir chez les supporters tout en s’assurant une certaine patience de ceux-ci à l’égard du projet. Bien entendu, les médias tiennent un rôle central dans cette opération séduction. En effet, pas un seul jour – ou presque – ne passe sans qu’on entende parler de l’OM Champion’s Project sur les ondes ou dans la presse écrite.

Club très médiatisé, régulateur de l’audience, les effets d’annonces formels ou informels en termes de recrutement et d’ambition se sont multipliés et ont animé chez les passionnés du club phocéen les rêves et les espoirs les plus fous. Il n’est pas anormal dès lors, à l’heure où le mercato marseillais démarre intelligemment mais péniblement, de ressentir sur les réseaux sociaux et aux terrasses de café une pointe de scepticisme et d’impatience à l’égard des dirigeants marseillais. Usés par des années de présidence Labrune, désastreuses en termes de communication et de résultats, l’exigence des fans olympiens n’a désormais d’égal que leur méfiance vis-à-vis de leurs nouveaux dirigeants.

Les abonnés, noyau de la passion

Comme l’a dénoncé le très lucide – pour ne pas dire visionnaire – papier de Marwen Belkaïd sur la campagne d’abonnements 2017/2018, la gestion des abonnés s’est faite de manière étrange, voire absurde, entre vente forcée et foi aveugle en l’avenir. Force est de constater qu’on n’a vu débarquer depuis l’ouverture du mercato le 9 Juin, ni les joueurs de renommée censés booster la campagne, ni le grand attaquant à 50 millions d’euros annoncés sur les ondes par les oracles cherchant à pulvériser l’audimat. Pourtant, il n’est point permis d’en douter, l’Olympique de Marseille travaille et s’active en coulisses, sous l’égide de son discret mais très professionnel directeur sportif Andoni Zubizarreta. Initialement fixée jusqu’au 30 Juin et moins emballante qu’à l’accoutumée, la campagne d’abonnement vient d’être prolongée jusqu’au 13 Juillet.

Dès lors, il serait sans doute intelligent de se rendre à l’évidence, le noyau d’abonnés qui était de 35000 à 40000 personnes depuis une vingtaine d’années n’est aujourd’hui plus que de 20000 personnes. L’absence de résultats –mis à part les 3 années avec Didier Deschamps qui ont rendu un peu de fierté au peuple marseillais -, les querelles intestines et l’amateurisme des années Anigo ont quelque peu éteint la passion. Mais tout va très vite dans le football, dans un sens comme dans l’autre, et en particulier dans le club phocéen. Le public marseillais est connaisseur, il a vu défiler nombre de grands joueurs et a connu les sommets européens. Versatile, il peut être intransigeant quand ça va mal mais sait se montrer extraordinaire quand l’équipe tourne et les résultats suivent. L’OM a l’ambition de retrouver sa place dans les cîmes du football français, ses fidèles le méritent, mais leur passion ne s’achète pas à grands coups de teasing et de promesses.

 

« A Marseille parfois, ce qu’on a sur le cœur s’entend mieux que ce qu’on dit avec la langue » écrivait le célèbre romancier marseillais Jean-Claude Izzo. Par la lente adhésion à la campagne d’abonnement, les supporters de l’OM, conscients qu’il faut s’armer de patience, ont lancé un message à leurs nouveaux dirigeants. Lui qui a approximativement fait sienne la citation d’André Dacier « Dire c’est faire rire, faire c’est faire taire », le président Jacques-Henri Eyraud serait bien inspiré de mieux appréhender les spécificités de la cité phocéenne et de séduire désormais les fidèles de l’Olympique par les actes, si il ne veut pas aller au-devant de graves déconvenues à l’accent pagnolesque. Condition sinéquanone à l’essor de l’OM Champion’s Project, c’est en bâtissant une équipe hautement compétitive que les supporters chanteront de nouveau à l’unisson leur amour de l’OM dans les travées du bouillant stade Vélodrome.

Auteur : Yannis Eleftheria

Méditerranéen rebelle et romantique baptisé à la religion footballistique. Le foot pour sa dimension sociale, la plume comme arme.

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