Le projet Next Generation, entre limites et espoirs

25
juin
2017

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Catégorie : Ligue 1

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Il y a quelques semaines, l’Olympique de Marseille, par l’intermédiaire de son président Jacques-Henri Eyraud, signait un nouveau partenariat avec un club du bassin marseillais. L’US Endoume Catalans est, en effet, le 19ème club à rejoindre ce projet porté par JHE depuis son arrivée et fortement soutenu par Andoni Zubizarreta. L’idée est à la fois simple et complexe. Simple dans la compréhension de son objectif à savoir réussir à faire émerger les talents de demain dans le bassin marseillais et provençal mais éminemment complexe à mettre en œuvre tant notre club avait pris du retard sous la mandature Louis-Dreyfus dans la mise en place de partenariats avec les clubs de la cité phocéenne.

A chaque partenariat signé c’est toujours la même séquence qui se met en place : on voit notre président se rendre sur les pelouses du nouveau club partenaire prendre un bain de foule et s’amuser avec les minots. Si la répétition de ces images s’insère évidemment dans un plan de communication millimétré – on pense au sempiternel « Aux Armes » entonné par le président et repris par les jeunes pousses – celles-ci sont indéniablement porteuses d’une fraicheur qui fait plaisir à voir. En outre, avec l’émergence de Maxime Lopez au cours de la saison dernière et la signature de Bouba Kamara en fin de saison, le club montre que ce projet Next Generation, loin de n’être que de la com, est l’un des piliers du projet porté par la paire Eyraud/Mc Court. Il faut dire qu’en l’absence de moyens démesurés, cette stratégie semble être plus que pertinente. Si ce projet est porteur d’espoirs certains, il est également susceptible de se heurter à certaines barrières inhérentes au bassin marseillais.

 

Le désert provençal

 

La principale limite qui pourrait retarder – voire tuer dans l’œuf – la réussite du projet porté par le club est sans conteste la baisse dramatique du niveau dans le district Provence. Derrière l’arbre Consolat, qui a manqué de peu la montée en Ligue 2 lors des deux dernières saisons, c’est d’une forêt bien peu reluisante qu’est constitué le district Provence actuellement. Aucun club n’a réussi à réellement grandir dans l’ombre du géant olympien et les deux dernières équipes ayant réussi à se hisser au niveau professionnel (Istres en Ligue 1, Arles-Avignon en Ligue 2) ont fini par se faire rétrograder administrativement et jouent désormais en DHR l’équivalent de la 7ème division de notre pays.

Dans l’ombre de l’OM on trouve également en CFA Marignane-Gignac et Martigues – qui semble être sur un nouveau départ comme l’a très bien expliqué le camarade Yannis récemment. A une époque l’on trouvait bien plus de club du bassin marseillais à ces niveaux (Ligue 2, National, CFA), ce qui peut laisser d’autant plus de regrets vis-à-vis du retard qu’a été le nôtre pour mettre en place de vrais partenariats tant ceux-ci auraient pu aider à conserver à un haut niveau un nombre conséquent de clubs avec lesquels les partenariats auraient pu être mutuellement bénéfiques (prêts de joueurs de la part de l’OM afin qu’ils s’aguerrissent dans les divisions inférieures par exemple). Toutefois, il me semble que le mal est bien plus profond puisque le niveau dans les catégories de jeunes, beaucoup s’accordent à le dire, a singulièrement baissé dans le district de Provence. Peut-être est-ce là une tendance globale mais il suffit de se promener sur les stades du département les week-ends pour constater que le niveau de jeu n’est pas le même qu’il y a quelques années. Etant donné que le projet Next Generation a pour ambition de dénicher les pépites dès le plus jeune âge, cet état de fait peut être inquiétant. Et cela sans compter qu’il existe déjà quelques frictions entre l’OM et certains clubs historiquement forts dans les catégories de jeunes à Marseille (Burel ou Air Bel pour ne citer qu’eux).

 

Le Next Generation Project pour enrayer la chute ?

 

« Il est toujours aisé d’être logique, il est presque impossible d’être logique jusqu’au bout » écrivait en son temps Camus dans Le Mythe de Sisyphe. Sans doute que cette phrase écrite il y a plus de 70 ans résume bien l’écueil qu’il faudra que notre club évite afin que ce projet soit une franche réussite. D’aucuns ont pu ricaner en voyant notre club se contenter, pour le moment, de soigner ses partenariats avec les clubs de la région sans avoir bouclé de recrues d’envergure en ce début de mercato – l’arrivée de Valère Germain marque néanmoins le début de ce mercato pour nous. Je crois pourtant que, contrairement à l’analyse qui est souvent faite vis-à-vis de ce projet, il faut retourner la perspective. Nous avons, en effet, tendance à nous demander à quel point ou comment le Next Generation Project sera bénéfique à l’OM. Il me semble qu’un tel projet sera d’abord bénéfique au club de la région et qu’en retour celui-ci sera bénéfique à l’OM.

Dans une récente interview, Marc Ingla le directeur général du Losc expliquait que le projet porté par Gérard Lopez dépassait le simple cadre du football et était également social et culturel. Je crois qu’il n’est pas exagéré de voir dans le Next Generation Project, un projet de la même veine dans la mesure où en aidant les clubs partenaires – notamment financièrement ne nous cachons pas derrière notre petit doigt – l’OM va assurément permettre auxdits clubs de retrouver un environnement de travail plus sain, fondement d’un travail efficace sur le long terme. Finalement dans ce coup de billard à plusieurs bandes, on peut retrouver la célèbre théorie du don et du contre-don édictée par Marcel Mauss dans son Essai sur le don. En offrant attention et moyens aux clubs de la région, l’OM ambitionne certainement d’enrayer la chute de niveau que nous connaissons depuis quelques temps en même temps qu’il espère pouvoir à terme en tirer profit. Quand on connait le rôle social que joue les clubs de football en général et à Marseille en particulier, il est donc assez clair que ce projet déborde allègrement le cadre du football.

Nous le voyons donc, loin des caricatures et des sarcasmes, le projet Next Generation Project est sans doute l’un des chantiers les plus importants qu’ont mis en place les nouveaux dirigeants depuis leur arrivée. Albert Camus, dans La Chute raconte une histoire qui, me semble-t-il, illustre à merveille la stratégie du club avec le Next Generation Project : « Cette nuit-là, en novembre, deux ou trois ans avant le soir où je crus entendre rire dans mon dos, je regagnais la rive gauche, et mon domicile, par le pont Royal. Il était une heure après minuit, une petite pluie tombait, une bruine plutôt, qui dispersait les rares passants. Je venais de quitter une amie qui, sûrement, dormait déjà. J’étais heureux de cette marche, un peu engourdi, le corps calmé, irrigué par un sang doux comme la pluie qui tombait. Sur le pont, je passai derrière une forme penchée sur le parapet, et qui semblait regarder le fleuve. De plus près, je distinguai une mince jeune femme, habillée de noir. Entre les cheveux sombres et le col du manteau, on voyait seulement une nuque, fraîche et mouillée, à laquelle je fus sensible. Mais je poursuivis ma route, après une hésitation. Au bout du pont, je pris les quais en direction de Saint-Michel, où je demeurais. J’avais déjà parcouru une cinquantaine de mètres à peu près, lorsque j’entendis le bruit, qui, malgré la distance, me parut formidable dans le silence nocturne, d’un corps qui s’abat sur l’eau. Je m’arrêtai net, mais sans me retourner. Presque aussitôt, j’entendis un cri, plusieurs fois répété, qui descendait lui aussi le fleuve, puis s’éteignit brusquement. Le silence qui suivit, dans la nuit soudain figée, me parut interminable. Je voulus courir et je ne bougeai pas. Je tremblais, je crois, de froid et de saisissement. Je me disais qu’il fallait faire vite et je sentais une faiblesse irrésistible envahir mon corps. J’ai oublié ce que j’ai pensé alors. « Trop tard, trop loin… » ou quelque chose de ce genre. J’écoutais toujours, immobile. Puis, à petits pas, sous la pluie, je m’éloignai. Je ne prévins personne ». Dans le roman du Prix Nobel de littérature, la jeune fille qui se suicide est un symbole en cela qu’elle renvoie à autre chose qu’à elle-même. Jean-Baptiste Clamence, le héros du roman, s’en voudra toute sa vie d’avoir tourné le dos à cette jeune fille parce que celle-ci représente à la fois son passé et les personnes qui lui sont proches. Pour le moment, la direction semble refuser de faire comme Clamence et ne tourne pas le dos aux clubs de la région qui ont besoin du moteur qu’est l’OM. Grand bien nous fasse.

Auteur : Marwen Belkaïd

Qui a dit que le foot et la culture étaient antinomiques ? Mon (humble) ambition est de réunir Camus, Jaurès et Shankly et de montrer que non le foot n'est pas un monde de débiles et de brutes

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  • Sentenza

    Super article. Mais ça les impatient ne le comprennent pas. On nous dit meme que c’est inutile…..C’est désolant.

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