Le premier OM

20
mai
2018

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Catégorie : Ligue 1

Premier-om

Mercredi soir, après les images de liesse qui ont rythmé leur journée, les supporters de l’OM ont tous vécu ce même moment de solitude. Cette fraction de secondes lors de laquelle ils ont retiré leur maillot – pour le ressortir dès samedi, bien entendu- enfilé plusieurs heures plus tôt, le cœur empli d’espoir. Un instant marqué d’une douleur immense, d’un tiraillement rance qui vient des tripes. La gorge sèche et nouée, l’œil humide pour certains, ils ont posé leur regard sur le maillot ciel et blanc avec l’amertume qui caractérise une désillusion, nourrie par le scénario terrible de la rencontre. A travers ce moment de solitude est apparue une réminiscence de l’histoire dramatique de l’OM dans ses précédentes finales européens. L’impression qu’une forme de malédiction se perpétue. Un moment effroyable qu’on redoute de devoir affronter dès lors que notre cœur s’est tourné vers une équipe. Pour autant, aussi douloureux soit-il, cet épisode est doit être le point d’orgue d’une métamorphose, pour le supporter comme pour son OM. Comme Jacques Cormery, « Le premier homme » d’Albert Camus, joueurs et dirigeants phocéens doivent se tourner vers le passé de l’OM pour construire l’avenir.

La recherche du père

C’est la grande fierté des olympiens cette saison. Grâce à sa campagne européenne, l’OM a réveillé une passion endormie chez ses supporters les plus âgés et s’est ouvert à la génération plus jeune qui vit pourtant le football différemment de ses aînés. Néanmoins, l’épopée s’est fracassée sur une bien triste issue lors de la finale de l’Europa League face à l’Atlético Madrid. Si ce dénouement était prévisible tant l’écart sportif – et financier – est énorme, il reste douloureux. Les mots de Jacques-Henri Eyraud et autres félicitations pour le parcours effectué n’y changent rien, l’OM a bégayé lors de ses trois dernières finales européennes. Des erreurs, des buts offerts, une équipe décimée et une fébrilité palpable ont remplacé la volonté féroce et le mental d’acier affichés durant les tours précédents de la compétition. Rien à voir avec la mythique finale de 1993 qui avait vu l’OM remporter la C1 malgré un statut d’outsider face au grand Milan AC. Un statut qui trouvait son essence uniquement dans la suprématie milanaise de l’époque puisque l’équipe en question, composée de nombreux internationaux, était probablement la plus forte que Marseille ait connu.

C’est justement parce que l’OM était à son apogée qu’il a remporté sa finale de 1993. Lapalisse n’aurait pas dit mieux, certes. Mais si l’OM a connu une lourde désillusion mercredi soir, c’est qu’il n’était pas programmé pour arriver là. De l’aveu à peine voilé de Rudi Garcia lui-même, l’effectif était trop court pour avaler une saison à 62 matchs. Lors du mercato d’été de 2017, il n’a pas été travaillé et pensé pour aller au bout d’une compétition européenne pourtant à la portée de l’OM, en apparence. C’était aussi le cas en 2004. Marseille avait réalisé un recrutement ambitieux dans l’espoir de réaliser un parcours honorable en ligue des champions mais sûrement pas pour remporter une compétition européenne. En 1999, l’OM se vouait corps et âmes à la lutte pour le titre de champion de France mais sa participation à finale de la coupe UEFA n’était pas attendue. Bref, chaque fois que l’OM a joué une finale européenne depuis 1999, il n’était pas taillé pour, contrairement à 1993. Cette année, l’OM a pensé avoir retrouvé les valeurs qui avaient été celles de Boli, Pelé et Deschamps lors de leur sacre européen mais semble avoir oublié qu’il n’était pas dimensionné pour rencontrer pareil succès. Un enseignement que joueurs et dirigeants vont devoir retenir pour impulser une vraie dynamique et nourrir des ambitions dignes d’un finaliste européen crédible.

Le fils ou le premier OM

Cette saison, la grande crainte des supporters marseillais était celle de tout perdre malgré les émotions offertes par la ligue Europa et quelques matchs spectaculaires. Elle s’est concrétisée samedi soir après les rencontres de la 38éme journée. L’OM termine aux pieds du podium après sa finale perdue. Il faut désormais apprendre de cette saison riche et des échecs passés pour être à la hauteur des impératifs d’un monde du football qui a beaucoup évolué ces dernières années. Lors des deux dernières saisons, la ligue Europa a été remportée par une équipe surdimensionnée pour cette compétition. L’Atlético Madrid était taillé pour le dernier carré de la C1 et Manchester United, vainqueur en 2017, possédait un effectif pléthorique et de niveau international. Compte tenu des réformes à venir concernant les compétitions européennes, c’est une tendance qui risque de se confirmer puisque l’UEFA souhaite ouvrir un boulevard aux équipes des meilleurs championnats.

Si l’OM ne prend pas la mesure de cette tendance, l’épopée européenne de 2018 risque d’être un coup d’épée dans l’eau. Tout au long de leur parcours, les marseillais n’ont semblé tenir qu’à un fil. La confrontation contre Salzbourg était d’ailleurs un signe avant-coureur de la finale décevante qui s’annonçait. Aveuglés par le but inespéré mais qualificatif de Rolando puis l’allégresse qui s’en est suivie, certains ont feint de ne pas s’en rendre compte : une compétition européenne ne peut se remporter de la sorte. Nous ne sommes plus en 1993, la volonté et la force mentale ne suffisent plus à remporter des trophées. Bien sûr, cette grinta est l’apanage de ceux qui les gagnent. Mais ils y ajoutent aussi un niveau technique supérieur à la moyenne et une maîtrise tactique de tous les instants qui découlent de moyens colossaux, indispensables à un football qui a changé et évolue encore. On ne parle pas forcément de moyens financiers – quoi que – mais de moyens sportifs.  Si le Real Madrid est en passe de remporter une troisième Ligue des Champions consécutive, c’est parce qu’il est capable de changer de système et de joueurs pour gagner chez un prétendant au trophée. A Marseille, quand le fuoricasse Dimitri Payet quitte la pelouse, le match est – presque – terminé.

Pour éviter que l’histoire ne se répète et faire en sorte que cet OM 2017/2018 soit le premier d’une lignée prestigieuse, les joueurs vont devoir apprendre des héros de 1993. Un match, surtout quand c’est une finale, ne se lâche pas parce que le maître à jouer se blesse. En championnat, des points ou des buts ne peuvent être lâchés par déconcentration et un match ne peut être supposé perdu ou injouable parce que l’adversaire est prétendument plus fort. Des ressources mentales et physiques, la capacité à se sublimer, à se sacrifier, doivent perdurer. Les phocéens vont aussi et surtout devoir apprendre à élever leur niveau pour gommer leurs erreurs, notamment celles qui ont émaillé leur finale. Celle du duo Anguissa-Mandanda n’étant pas la seule bien qu’elle soit la plus visible et préjudiciable. En coulisses, les dirigeants aussi vont devoir s’atteler à capitaliser sur ce parcours. A l’instar de la présidence de Bernard Tapie dans les années 1990, le mercato qui s’ouvre dans trois semaines devra être mené de façon à bâtir une équipe plus solide et plus talentueuse, quitte à ce qu’elle soit surdimensionnée pour les compétitions à jouer, et notamment la ligue Europa. Après la finale perdue, Andoni Zubizarreta a déclaré qu’il fallait rejouer une finale, et pas dans 14 ans, en référence au temps écoulé depuis la dernière finale en 2004. Difficile de lui donner tort mais c’est en partie à lui d’en créer les conditions. Lui, ainsi que Jacques-Henri Eyraud et Rudi Garcia devront aussi regarder dans le rétro pour éviter de prendre de mauvaises directions comme l’ont fait leur prédécesseurs après les finales de 1999 et 2004.

Pour y parvenir, il va falloir que le fils, le club que nous connaissons aujourd’hui, apprenne de son père, l’OM des années 1990, mais s’en émancipe également. Comme Jacques Cormery dans le livre de Camus, le club va devoir trouver sa place dans le football d’aujourd’hui sans que son père ne puisse l’y éduquer. Une démarche indispensable pour que le sentiment de mercredi soir ne laisse place à une angoisse tenace quant aux espoirs de renouveau de l’OM dans l’esprit du supporter marseillais et ne le condamne à regarder, envieux, ses concurrents avancer et triompher.

Auteur : Pierre Foucault

Le cœur noyé dans la sueur de Mamadou Niang, c'est enivré par la douceur d'Andrea Pirlo, bercé au jeu à la nantaise et fasciné par le couloir d'Highbury que j'ai commencé à flirter avec le foot.

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