Le Pérou au Mondial : je t’aime moi non plus !

26
novembre
2017

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Catégorie : Coupe du Monde 2018

Yordi Reyna, Jefferson Farfan et Christian Cueva célèbrent la qualification
(Source image : « Le Télégramme »)

Qualifiée pour la première fois depuis 36 ans pour la phase finale de la Coupe du Monde qui se déroulera en Russie cet été, la « Blanquirroja » est (enfin) revenue sur le devant de la scène. La nuit du 15 au 16 novembre dernier fera date pour beaucoup au Pérou. Et rien ne peut gâcher cela. Les Péruviens ont un rapport à la Coupe du Monde spécial, qui ne date pas d’hier.

Quand on vous dit Pérou, vous pensez à quoi ? Personnellement, Lima. Un lieu féérique où on a annoncé, sans suspense, en septembre dernier les attributions des JO 2024 et 2028 respectivement pour Paris et Los Angeles. Le Pérou c’est aussi le Dakar. Ce célèbre rallye exilé en Amérique du sud depuis 2009. Mais depuis le 16 novembre 2017, le Pérou est surtout le 32ème pays qualifié pour la Coupe du Monde 2018. Un billet arraché en barrage intercontinental face à la Nouvelle-Zélande (2-0 ; aller 0-0) qui a sonné comme un séisme à l’Estadio Nacional de Lima. Le gouvernement péruvien a même décrété que le 16 novembre est un jour férié au pays.

Cubillas et la génération dorée

Longtemps à la course pour obtenir cette quatrième place directement qualificative lors des éliminatoires de la zone Amsud, le Pérou s’est contenté de la cinquième place, synonyme de barrages, après une dernière confrontation « douteuse » face à la Colombie (1-1). Peu importe, l’essentiel est là. C’est une première depuis 1982. Oui, cette date fait forcément ressurgir les douleurs d’un certain France/RFA en demi-finale du mondial espagnol. Mais pas que.

Le soir du 28 avril 1982, dans un Parc des Princes bondé (plus de 46 000 spectateurs), la France avait affronté le Pérou en amical en préparation pour la CDM. Vous le voyez venir ? Une victoire 0-1 … des rouges et blancs. Un hasard ? Pas du tout, tant l’équipe nationale péruvienne était composée de joueurs talentueux. Une génération dorée qui va permettre aux Incas de se qualifier pour les Mondiaux 1970 (1/4 de finale, son meilleur résultat), 1978 et 1982 mais aussi de remporter la Copa América en 1975.

S’il faut retenir un joueur de classe mondiale qui a sublimé le Pérou, c’est bien Teofilo Cubillas. Son fait d’arme : être toujours à l’heure actuelle le meilleur buteur péruvien de l’histoire en Coupe du monde avec 10 buts (dont 5 inscrits en 1970). Ce numéro 10 fut pendant longtemps le meilleur joueur sud-américain dans les années 70/80 et nommé parmi les 50 meilleurs joueurs du XX° siècle par la FIFA. Sans doute le symbole de cette génération exceptionnelle des Hugo Sotil, Juan Carlos Oblitas (buteur face à la France) et Hector Chumpitaz, le capitaine. « El Nene » emmena les siens dans une révolution sportive comme le fît Juan Velasco Alvarado en politique. Le tout à la même époque. #AlbumPanini

Cubillas, le Pelé des Andes (source : Foot Nostalgie)

Cubillas, le Pelé des Andes, en 1978 (crédit image : Foot Nostalgie)

Le scandale de Pérou/Argentine 1978

Le Pérou au Mondial c’est aussi des histoires controversées. Comme en 1978 lors d’un match couperet face à l’Argentine, pays hôte, lors du dernier match de la deuxième phase de poule. Ramon Quiroga – gardien argentin naturalisé péruvien – se prend six buts lors de la défaite 6-0 du Pérou, alors que l’Albiceleste de Kempes avait besoin d’une victoire par … quatre buts d’écart pour se qualifier en finale. On parle de boycottage, de match truqué. Un scandale qui a largement dépassé le cadre sportif. En 2012, l’ex-sénateur péruvien Genaro Ledesma Izquieta n’avait toujours pas digéré dans SoFoot : « Le régime péruvien nous a envoyé moi et 13 autres opposants politiques en Argentine, avec le statut de prisonniers de guerre, sans papiers, sans argent, pour que Videla nous envoie dans ses fameux vols de la mort », ces trajets qui consistaient à balancer les opposants en plein vol de sorte qu’on ne puisse plus les retrouver ! Izquieta rajoute : « Voilà comment l’Argentine a payé sa victoire en 1978. Heureusement que la France nous est venue en aide pour nous sortir de Buenos Aires, sinon, nous aurions été tués quelques jours plus tard puis portés disparus.” Cela est donc confirmé. Ce Pérou/Argentine 78 résulte bien d’une entente entre les dictateurs des deux pays, Morales Bermudez et Videla, afin de redorer le blason du régime argentin, accusé à plusieurs reprises d’atteintes aux droits de l’homme.

Le gâchis puis le renouveau

Claudio Pizarro, Nolberto Solano, Juan Manuel Vargas ou encore Roberto Palacios. Durant les années 2000, être un bon joueur n’était pas gage de réussite en sélection du Pérou et toujours pas de Mondial disputé à ce moment-là. Seul point positif, une troisième place à la Copa América 2010. Le 2 mars 2015, l’argentin (ironie du sort) Ricardo Gareca devient le nouveau sélectionneur et Solano son adjoint. Tout bascule. Son 4-1-4-1 (ou 4-2-2-2) sublime son équipe. Jefferson Farfan (33 ans), buteur en barrage, vit une seconde jeunesse. Luis Advincula émerge au poste de latéral droit. Un jeu puissant basé sur la contre-attaque. Seule ombre au tableau : l’absence de Paolo Guerrero. Le capitaine et meilleur buteur de l’histoire (32 buts/86 sélections), véritable star au Pérou, divise le pays depuis son contrôle positif « anormal à une substance stimulante ». Suspendu 30 jours par la commission de discipline de la FIFA, Guerrero n’a pas disputé les barrages et fait face à un débat : « doit-on le reprendre en sélection ? ». Comme Karim Benzema en France, Guerrero est soutenu par une frange importante de la population qui rêve de le voir en Russie. A suivre. Sur le terrain ou en dehors, on n’aura donc pas fini d’entendre parler du Pérou. Pour notre plus grand plaisir.

 

Auteur : Nassim Jabeur

Fan de la modestie et du talent incroyable de Zinedine Zidane, Ngolo Kanté, Riyad Mahrez et Karim Benzema sont aujourd'hui les fils spirituels du foot d'aujourd'hui. Un sport toujours aussi magique et passionnant grâce à ces personnes. Au service d'APP et du plaisir de l'écriture

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