Le Monde est à nous

17
juillet
2018

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Catégorie : Ligue 1

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Après plus d’un mois de joutes aussi acharnées que colorées, la Coupe du Monde en Russie vient donc de rendre son verdict avec le sacre des bleus de Didier Deschamps. Au delà de l’aspect purement footballistique, le grand concert des nations qu’est le mondial nous a rappelé l’usine à émotions que peut être le football. À l’heure du grand virage technologique de la VAR, destiné à rendre le sport roi « plus juste », le monde du ballon rond nous a offert plus de 30 jours de fête et de communion et a su rappeler à la face de ses détracteurs son rôle pacificateur des peuples.

La riche histoire du football vient donc de refermer le palpitant livre du mondial russe. Un tome peut-être moins spectaculaire que les précédents mais riche d’enseignements. Pendant plus de 30 jours, la planète s’est mise à vivre au rythme du si méprisé ballon rond. Et si le football peut se jouer de multiples façons, une tendance s’est dégagée sur les terrains russes. Celle d’équipes regroupées et bien organisées, aux projections rapides en phase offensive. Après la domination espagnole de la décennie précédente marquant l’avènement du football de possession, le mondial russe a accouché d’une forme de jeu plus défensive, telle une réponse. Une sorte de « Catenaccio » moderne, plus pragmatique. La France de Didier Deschamps a d’ailleurs été titrée avec la plus faible possession (34,2%) pour un finaliste. Le football est très souvent un reflet de la société, et le voir adopter une forme plus sécuritaire n’a rien d’anodin à l’époque qui est la nôtre.

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Mais au delà du terrain, ce mondial 2018 a rendu son lot de belles images et d’émotions qui font le charme du sport roi. Par exemple, le grand concert multiculturel a été marqué par l’exemplarité des joueurs et du public japonais, nettoyant vestiaires et tribunes après leur passage. On gardera également en mémoire la bravoure des iraniens, ou encore les chaleureux publics bruyants et colorés du Maroc et du Sénégal. L’absence de heurts et d’affrontements entre supporters est également à retenir. A-t-on été sevré d’images et d’informations ? La violence qui gangrène habituellement le monde du football semble en tous cas ne pas s’être invitée en Russie pour notre plus grand bonheur.

Mais la grande messe du football qui s’est tenue sur le sol russe a également alimenté deux grands débats cruciaux pour son avenir et sans doute significatifs de la nouvelle ère qui semble s’ouvrir pour le sport roi. Le débat sur l’arbitrage vidéo tout d’abord. Si le président de la FIFA, Gianni Infantino, a pu s’enorgueillir de rayer l’injustice du jeu grâce à l’assistance vidéo, le débat fait rage en ce qui concerne la spontanéité des émotions. Car qu’elles soient positives ou négatives, les émotions générées par un match de football sont la principale source de notre fascination pour lui. L’injustice fait partie de la vie et ainsi du jeu, et les accusations selon lesquelles la VAR aurait favorisé les grandes nations en phase de poules ajoute à notre méfiance envers l’apport technologique. Cette aide à l’arbitrage, véritable révolution dans un sport basé sur l’interprétation de l’homme en noir, risquerait de rendre le football moins humain, moins incertain, et pourrait surtout engendrer un football à deux vitesses, entre foot amateur et foot professionnel.

De surcroît, le mondial 2018 a également alimenté l’éternel débat entre « culture de la gagne » et « culture du beau jeu ». Si gagner en jouant bien n’est pas incompatible, nombre d’équipes ont préféré assuré le résultat parfois au détriment du spectacle. Un pragmatisme triomphant, magistralement incarné par l’equipe de France, sans doute dû aussi au manque d’artistes qui ont naguère marqué la légende de la Coupe du Monde. Le football est en perpétuelle évolution et il devient de plus en plus rare de voir un joueur faire parler son génie créatif pour faire la différence à lui seul et mener son équipe au sacre final. Qu’on se le dise, bien défendre est aussi une forme d’art. Aux antipodes de leurs indisciplinés aînés de 2010 à Knysna, la victoire des bleus est la victoire de la cohésion, de la solidarité, du travail et des valeurs. On pourra bien évidemment déplorer le manque d’émotions suscité par le jeu proposé mais la plus belle des émotions n’est elle pas celle de la victoire finale ?

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Ce mondial de foot a mis en exergue combien le monde était beau dans sa diversité. Combien les peuples du monde sont beaux à voir coexister lorsqu’ils se réunissent pacifiquement autour d’un ballon. Alaa EL Aswani, auteur égyptien exceptionnel et grand amoureux des femmes, écrivait : “La femme n’est pas un désir qui s’enflamme pour un temps seulement, que l’on rassasie et qui s’éteint, c’est un univers complet de tentations qui se renouvelle dans des images dont la diversité ensorcelante n’a pas de fin”. Le football est comme les femmes, il est lui aussi un univers complet, très diversifié tactiquement, esthétiquement, et qui n’a de cesse de se réinventer. Le sport roi est un langage universel, un partage. Il est la preuve, à l’heure des grands conflits planétaires, que les peuples savent vivre ensemble sans haine et sans heurts. Miroir de notre société, il est la preuve que le monde est ce que nous en faisons, au delà de nos différences, face à la peur et au progrès technologique incessant. En un mot, que le monde est à nous.

Auteur : Yannis Eleftheria

Méditerranéen rebelle et romantique baptisé à la religion footballistique. Le foot pour sa dimension sociale, la plume comme arme.

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