Le Mans contre-attaque

04
décembre
2017

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Catégorie : Ligue 1 / Ligue 2 / National

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Mercredi 5 mai 2010, 36ème journée de L1 au stade Marcel Picot de Nancy. Le Mans s’incline 3 buts à 2 face aux Lorrains et officialise sa relégation en Ligue 2. Aux yeux des observateurs assidus de Ligue 1, il s’agit d’un épiphénomène de la vie d’un club en pleine croissance qui cherche à s’installer durablement au sein de l’élite. On se dit alors que les Sarthois retrouveront la L1 à court ou moyen terme. En réalité, ce 5 mai 2010 marque le début de la descente aux enfers pour le club sang et or. Depuis, Le Mans remonte la pente. Étape par étape, saison par saison, et toujours avec ambition.

La menace fantôme

En dépit de la relégation, les ambitions du club sont intactes au printemps 2010. Henri Legarda, alors président du club, maintient ses objectifs du début de saison. Il avait en effet annoncé vouloir faire du Mans une des 50 meilleures équipes européennes et fait part de sa volonté de remporter un premier trophée national. A demi-mot, le dirigeant reconnaissait aussi son souhait de voir les Sarthois participer à une coupe d’Europe « d’ici 5 à 6 saisons ». Il faut dire qu’il s’en est donné les moyens. Un stade flambant neuf et moderne, le MMArena, est construit à l’initiative du club. Ce projet, évalué à 104 millions d’euros, voit le jour dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP) avec la ville du Mans et la région Pays-de-Loire. En parallèle, le club cherche à moderniser son image de marque en modifiant son nom. Le Mans UC, le MUC, devient Le Mans FC. Une dénomination plus moderne et professionnelle destinée à entériner la position du club au sein de l’élite sportive et économique du football en français.  Il faut ajouter à cela quelques recrutements bien sentis qui ont permis à plusieurs joueurs étrangers (De Melo, Grafite, Romaric) de se faire connaître et au club de réaliser quelques belles ventes.

Les Manceaux semblent alors avoir toute les cartes en mains pour retrouver la Ligue 1 rapidement. C’est en tout cas ce que suggèrent les résultats obtenus en Ligue 2 lors de la saison post-relégation. Porté par son entrée dans son nouveau stade, le club figure parmi les équipes en mesure d’être promue et occupe régulièrement le podium. Les Sarthois échoueront cependant au pied du podium, à égalité de points avec Dijon. Il aura manqué 5 buts aux Manceaux pour obtenir la montée. Une situation encourageante en apparence mais désastreuse pour les finances du club qui n’a pas su abandonner son train de vie de L1. Les ambitions ne cachent désormais plus la menace d’un dépôt de bilan que laissent présager les finances mancelles. En fin de saison, la DNCG pointe du doigt un déficit d’environ 4 millions d’euros qui oblige le club à se séparer de ses meilleurs joueurs, notamment Sébastien Corchia et Thorstein Helstad, et de son centre d’entraînement pour équilibrer ses comptes. Une saignée sportive qui ne pardonne pas puisque les Manceaux sont relégués en National deux saisons plus tard malgré les efforts financiers consentis par les actionnaires et la mairie du Mans pour maintenir le club à flots. Le Mans ne se relèvera jamais de cette relégation. Avec une dette cumulée avoisinant les 14 millions d’euros, le club est rétrogradé en Division d’Honneur à l’aube de la saison 2013-2014 et ne jouera jamais en National.

Un nouvel espoir

Suite à cet épisode judiciaire, Le Mans FC perd son statut de club professionnel. Il étrenne son nouveau statut amateur en débutant le championnat de Division d’Honneur par 6 défaites infligées sur tapis vert. Malgré tout, l’ambition mancelle reste la montée immédiate en CFA 2, l’échelon supérieur. Un objectif atteint par les manceaux grâce à des joueurs, jeunes en majorité, encore formatés par le passé professionnel du club dont le niveau est nettement supérieur à celui exigé par la DH. Une montée rapide qui permet au club d’encaisser le choc de la rétrogradation et d’entretenir le sentiment que Le Mans FC est forgé d’un destin professionnel dans le football français.

En coulisses, exit Henri Legarda et ses idées de grandeur. Jean-Philippe Pasquier, un courtier en assurance manceau bien connu du club pour avoir supervisé des joueurs locaux, est élu à la tête du Mans FC suite à la liquidation judiciaire. Dès son début de mandat, le nouveau dirigeant fixe l’objectif de retrouver le championnat de National dans lequel le club aurait dû évoluer avant sa liquidation judiciaire. Sans round s’observation, il se lance activement dans la recherche de partenaires locaux à même de financer une partie de l’activité du club afin de permettre le recrutement de joueurs rompus aux joutes du CFA2. En deux ans, il parvient à convaincre environ 80 partenaires qui participent à l’activité de club à hauteur de 45%. Il accorde également de l’importance aux relations entretenues avec les clubs amateurs locaux avec lesquels il souhaite tisser des liens solides dans l’optique de rester l’équipe locale phare. Des années L1 et L2, il reste aussi des clubs de supporters que Jean-Philippe Pasquier souhaite préserver. Un signal fort et révélateur de la ténacité du Mans dans sa quête de résurrection.

Côté terrain, l’équipe joue le haut de tableau chaque année mais termine en troisième position de saisons de suite, en 2014/2015 et 2015/2016. Des résultats encourageants quant à la capacité du club à retrouver, un jour, le championnat de National mais insuffisants pour monter en CFA, l’échelon supérieur. Il faudra attendre la fin de la saison 2016/2017 pour voir l’équipe terminer à la seconde place de son groupe de CFA2, synonyme de promotion. Aujourd’hui, Le Mans FC réalise une entame de championnat parfaite qui le place aux portes du Championnat de National, l’objectif de Jean-Philippe Pasquier. Après avoir fièrement entretenu l’espoir d’un retour dans les hautes sphères du football français, ce dernier a néanmoins quitté la tête du club récemment pour lui permettre d’entamer un nouveau projet plein d’ambition. Un terme qui, définitivement, fait partie de l’ADN du club.

Le retour de la force

Si Jean-Philippe Pasquier a passé la main, c’est parce que Le Mans a fait l’objet d’un projet encore plus ambitieux que le sien. L’ancien président de Troyes, Thierry Gomez, fait savoir qu’il est intéressé pour poursuivre l’œuvre de Jean-Philippe Pasquier. S’il n’a pas toujours rencontré le succès avec le club de Troyes – il a pris le club en Ligue 2 en 2004 pour le laisser en National en 2009, malgré une saison en L1 – il a le mérite d’avoir le profil d’un dirigeant de club professionnel. Il en connaît les rouages et a conscience de la rigueur financière nécessaire pour occuper une telle fonction. Il a d’ailleurs laissé le club de Troyes dans une situation comptable saine malgré des échecs sportifs. Surtout, sa détermination à reprendre les rênes d’un club professionnel – il fut un temps intéressé par Valenciennes, en L2 – montre que son ambition est en adéquation avec celle du Mans FC.

Il n’a pas échappé à Thierry Gomez que les infrastructures du club, à savoir un centre d’entraînement digne des meilleures équipes européennes et un stade quasiment neuf à disposition, en font un candidat solide à un retour parmi l’élite. C’est d’ailleurs l’objectif qu’il a fixé. Le point de départ de ce projet est le changement de statut juridique du club. C’en est terminé du seul statut associatif, Gomez créé une SASP (Société Anonyme Sportive Professionnelle). Il s’agit du statut juridique le plus répandu dans le football professionnel. Il a notamment l’avantage d’attirer des investisseurs puisqu’il autorise les clubs qui l’ont choisi à rémunérer des actionnaires. Gomez est aujourd’hui l’actionnaire majoritaire de la SASP grâce à un apport d’un million d’euros. Grâce à ce statut, il espère que d’autres le suivront.

Thierry Gomez a aussi repris Le Mans FC avec la ferme intention de permettre à l’équipe de rejouer au MMArena, initialement conçu pour elle. C’est un projet qui a vu le jour grâce à une entente tripartite entre Le Mans Stadium, l’entreprise qui exploite le MMArena, la marie du Mans et le club. Tout un symbôle. En ce début de saison, l’équipe enchaîne les bon résultats en CFA, devenu National 2, et s’affirme comme un prétendant sérieux à la montée en National 1. Le tout dans le stade dans lequel le club aurait dû briller en remportant ses premiers trophées et ses premiers matchs européens. On en est encore loin. Néanmoins, avec l’arrivée de Thierry Gomez, qui a débuté son mandat par la création d’une SASP et en orchestrant pour le retour au MMArena, Le Mans FC s’est doté de la force nécessaire pour retrouver l’élite dans un futur proche. L’ambition, encore et toujours.

Coupé dans son élan ambitieux et prometteur, Le Mans n’a pas traîné pour se relever de ses déboires sportifs et extra sportifs. A l’instar du Racing Club de Strasbourg qui a retrouvé la L1 cette saison, le club sarthois s’imagine lui aussi retrouver l’élite rapidement et renouer avec son destin. Alors qu’on imaginait la disparation du club, elle n’a jamais eu lieu grâce à la culture de l’ambition impulsée par Jean-Philippe Pasquier dès le lendemain de la liquidation judiciaire et prolongée, voire renforcée, par Thierry Gomez. Le Mans a décidé de jouer la contre-attaque et semble en passe d’atteindre son but.

Crédit photo : Ouest-France

Auteur : Pierre Foucault

Le cœur noyé dans la sueur de Mamadou Niang, c'est enivré par la douceur d'Andrea Pirlo, bercé au jeu à la nantaise et fasciné par le couloir d'Highbury que j'ai commencé à flirter avec le foot.

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