Le goût des belles choses

07
septembre
2017

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Catégorie : Editos

Giroud

L’exigence du beau dans le football n’est pas une nouvelle réalité. En effet dès les années 70 et plus particulièrement lors de la Coupe du monde 1974 et la défaite des Pays-Bas face à la RFA, l’importance du beau-jeu, et avec celui-ci des beaux joueurs, est devenu la base de la réflexion critique. Comme le traduit aujourd’hui cette déclaration de Mehdi Benatia dans le doc Ballon sur bitume «  A défaut d’être un bon joueur on va essayer d’être beau au moins ». La culture de la gagne et de la compétition reste omniprésente mais dorénavant il faut la manière si tu ne veux pas être contesté. La critique fait désormais partie de la vie quotidienne des footballeurs et plus seulement de la part des journalistes.

Afin de comprendre la manière dont elle fonctionne il me paraît évident de revenir sur le développement des réseaux sociaux. Poubelle du monde absolu pour certain, ouverture au dialogue universel pour d’autres, les réseaux sociaux cristallisent une grande partie de l’attention des joueurs.

Destruction de la bien-pensance

L’avènement des réseaux sociaux a engrangé la massification de la culture. L’utilisateur est devenu un contributeur assidu. Pour le journaliste les réseaux sociaux sont de nouvelles plate-formes pour diffuser leur propos. Outil devenu essentiel pour une grande majorité de la profession, ils constatent aujourd’hui le revers de ces réseaux qui sont à la disposition du moindre utilisateur. En effet la course à l’information c’est peu à peu transformée en ruée vers la désinformation. Aujourd’hui nous ne vivons malheureusement plus dans une société dans laquelle on essaye de comprendre l’information mais dans celle où il faut être au courant d’un maximum de faits. Le journalisme en pâtit clairement et sa qualité a grandement diminué au point qu’au sens noble du terme, la profession n’appartient plus qu’à quelques individus aujourd’hui.

Le journalisme sportif et plus particulièrement celui autour du football ne déroge pas à la règle. Pour le sport le plus populaire de la planète il fallait forcément s’attendre à une effervescence du miccroblogging. La place forte pour donner son avis n’est plus le café du coin mais bien le réseau social sur lequel on est pas obligé d’affiché son identité et par conséquent d’assumer ses propos une fois revenu dans la vie réelle. La nécessité du parti pris pour le contributeur favorise l’excès et la démesure des propos aussi bien pour ceux qui blâment que ceux qui flattent. De plus comme le souligne Robert Maggiori : « la logique qui conduit à fonctionner au rythme des « événements » a des effets pervers, dont le moindre n’est pas celui qui consiste à trouver « événementielle » la plus petite gesticulation d’un homme politique, d’une star des médias » (1).

Lukaku, Giroud même combat

Le transfert de Romelu Lukaku cet été pour approximativement 85 millions d’euros d’Everton à Manchester United a particulièrement mis en émoi toute la communauté s’intéressant de près ou de loin au football. Déjà sous le feu des critiques lors de l’Euro 2016 en France, le buteur belge n’était pas en reste vue la vague de jugements qui s’est abattue sur lui lors de la période estival. Tandis qu’une grande majorité s’accorde à dire que c’est une pipe, une autre partie l’adule comme l’un des meilleurs joueurs de la planète. Mais alors pourquoi cette communauté tombe à l’évidence dans l’excès lorsqu’il s’agit d’évoquer ce joueur ?

D’une part la question de tendance semble très importante. En effet l’exposition médiatique du joueur attire les opportunistes. Les fils de tendances sur les réseaux sociaux ont très bien compris cela. Chacun cherche à exister sur un thème autour duquel une effervescence se crée. Il est important pour cela de se démarquer et d’exprimer une personnalité forte quitte à en dépeindre une qui ne nous ressemble pas. D’autre part comme le disait Hervé Penot à propos Romelu Lukaku « Il faut se trouver au bon moment au bon endroit » (2), cela vaut également pour ceux qui chasse la critique facile. La peur de rater l’événement ne fait qu’accroître la rapidité avec laquelle les jugements sont émis. On tombe alors dans les bas fonds de l’analyse à chaud qui se révèlent comme une cuisante défaite de l’esprit critique.

Lorsque qu’on lit Hegel écrire que « Pour apprécier le beau à sa juste valeur, il faut avoir un esprit cultivé », faut-il comprendre que la plupart des supporters des Gunners et de l’équipe de France n’ont pas une culture assez développée pour estimer un joueur comme Olivier Giroud ? La notion de beau est tellement subjective qu’elle échappe même à Philippe Auclair lorsqu’il cogite sur l’attaquant des gunners : « Il manque à Giroud ce je-ne-sais-quoi que peut conférer un certain individualisme à la Alexis Sanchez, dans l’attitude comme dans le jeu, qui fait que le public vous voit autrement » (3). Voilà le réel mal d’Olivier Giroud, cette souffrance d’être sans cesse comparé à des joueurs techniques dont on loue l’élégance dès que l’occasion se présente. Cependant avec le rôle de supersub qu’Arsène Wenger lui a confié « […] Giroud n’est plus seulement un footballeur qu’on respecte, mais qu’on aime » (3). Olivier Giroud n’a pas un jeu plus ou moins beau que ses saisons précédentes mais il génère plus d’émotions au publique de l’Emirates Stadium et c’est sans doute dans cette charge émotionnelle que réside le beau dans le football finalement.

(1) Le Métier de critique, Robert Maggiori aux éditions Seuil

(2) Lukaku faramineux, H. Penot, L’Equipe 09/07/2017

(3) Pour l’amour de Giroud, P. Auclair France Football 15/08/2017

Auteur : Leo Dellier

La passion a débuté au stade Léon Bollée, elle demeure intacte aujourd'hui.

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