Le futur est à eux

25
octobre
2018

Auteur :

Catégorie : Editos

scott-webb

C’est ce qu’on appelle savoir se faire attendre. Après un magazine pilote qui nous avait fait voyager à travers l’Italie et sa culture du ballon rond, leur numéro 1 intitulé Science Football Fiction nous questionnera sur un futur probablement plus proche qu’on ne le pense. Le football évolue à grande vitesse et suit logiquement les évolutions du monde contemporain.

Bistrot de St So – Le 17 Octobre 2018, Lille -, on sort d’une séance qui ne nous a pas laissé indifférent. Dans le cadre de la sortie prochaine de leur magazine, l’équipe de Supersub s’est associée aux organisateurs du Festival La Lucarne ainsi qu’à ceux s’occupant de l’exposition SportFoto dans le cadre Lille3000. Au programme une visite guidée de l’expo Gare Saint Sauveur suivie de la projection du documentaire Football Manager – an alternative reality. Ce documentaire, produit par les créateurs du jeu devenu célèbre, revient sur le développement du jeu donc mais aussi de son influence auprès de ses adeptes.

Bien que le ton du documentaire accompagné d’anecdotes amusantes soit divertissant, les questions sous jacentes quant au développement du jeu dans le monde professionnel subsistent. En effet grâce au développement de la base de donné du jeu, les créateurs ont pu mettre en place un outil d’une toute nouvelle envergure pour la détection de joueurs. Travaillant main dans la main avec les cellules de recrutement, la frontière entre le jeu et la réalité se dissipe progressivement et devient de plus en plus opaque. La base de donnée du jeu constitue une véritable boule de cristal pour les sections de détection des clubs professionnels.

Cependant le facteur humain fait encore défaut aux nombres et aux statistiques pour qu’on puisse laisser le recrutement à un programme seul. D’ailleurs Patrick Barul, recruteur pour le R.C. Lens, nous le confirmera dans son intervention post projection. Pourtant la tentation de trouver la recette miracle est forte et pas forcément une recette pour réussir sportivement. En effet dans un sport où le trading de joueurs a explosé depuis vingt ans, la spéculation va bon train et la diminution des risques financier à travers de savants calculs est toujours appréciée. Tandis que la technologie autour du football se développe le plus souvent par le biais de passionnés, sa fin ne sied qu’aux plus pragmatiques d’entre nous.

Dans un passé pas si lointain il était commode pour le buteur de jeter un rapide coup d’oeil à l’arbitre assistant pour s’éviter une célébration qui tournerait au ridicule en cas de position de hors jeu. A présent la Video Assistant Referee (VAR) ajoute une note de stress supplémentaire à celui qui délivre son équipe, ses supporters. Bien qu’elle ait pu apporter son lot de contestations et de débats, son usage se démocratise dans les championnats qui ont les moyens (financier) de la mettre en place. Sans réellement communiquer sur l’avis des principaux utilisateurs de la VAR que sont les arbitres, on a la sensation que cette technologie est imposée au football et gare à celui qui serait réfractaire au changement, à l’évolution. Après tout “on n’utiliserait pas la technologie si elle ne nous servait pas, si elle n’ouvrait pas de nouvelles possibilités” (1).

Aujourd’hui la technologie introduit une véritable fracture dans le football. En effet il est de plus en plus difficile de suivre le rythme de développement du football moderne. Ainsi le football d’élite se renforce et garde un peu plus la main mise sur l’énorme gâteau à se partager en terme de retombée financière. Marwen Belkaid prévenait déjà que “de la même manière qu’un couteau peut servir à sauver ou ôter une vie, la technologie peut se révéler bénéfique tout comme catastrophique pour le football. Se cacher derrière l’outil permet en réalité de ne pas aborder les visions du football qui se dissimulent à l’abri de la technologie” (2).

Dans un milieu du football où “ce qui ne s’est jamais vu, c’est l’intervention d’un agent supérieur pour corriger ou diriger les forces aveugles, éclairer ou améliorer l’homme, empêcher un affreux malheur, prévenir une injustice” (3), la technologie s’inscrit comme parole d’Évangile dont on  ne pourrait douter de son bien fait pour la collectivité. A travers la VAR, la technologie se dessine même comme le bien-fondé de l’autorité arbitrale, autrement elle entraîne la déresponsabilisation de l’arbitre sur les décisions qu’il est amener à prendre.

A l’heure du mirage du monde moderne toujours plus connecté, les instances dirigeantes du football mondial ont clairement pris un virage qui s’accommode avec cette réalité. Leur désir de réduire les risques liés aux incertitudes du football, en résumant l’homme à une machine, ne semble pas inquiéter une foule qui se branche chaque week-end sur ses chaînes de football favorites.

 

(1) Ehssan Dariani, Indigne-toi!, StreetPhilosophy, Arte

(2) Marwen Belkaid, Arbitre, le si commode coupable (2/3): le mirage technologique, Au-Premier-Poteau.fr

(3) Ernest Renan, Examen de la conscience philosophique

Crédit Photo : Scott Webb

Auteur : Leo Dellier

La passion a débuté au stade Léon Bollée, elle demeure intacte aujourd'hui.

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