Le football français et la culture de l’épopée

06
mai
2018

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Catégorie : Editos

om-epopee

Depuis le Stade de Reims des années 50, le football français a vécu bon nombre d’épopées européennes, des demi-finales ou finales de coupe d’Europe qui n’ont finalement laissé qu’une trace bien maigre au palmarès du foot français, mais dont la France du foot semble se satisfaire.

Lorsque l’on compare le foot français au reste du football européen, la comparaison se fait par rapport à l’Angleterre, l’Espagne, l’Italie ou l’Allemagne. Mais, au vu du palmarès du football français en coupe d’Europe, oublier le Portugal, la Russie ou même la Belgique est-il pertinent ? Certes, la Ligue 1 est le cinquième championnat européen au classement UEFA mais le palmarès du foot français en coupe d’Europe est moins important que ces pays-là. Avec deux coupe d’Europe à son actif (pour 150 finales jouées !), la France en compte bien moins que le Portugal, une de moins que la Belgique mais autant que la Turquie, la Roumanie ou la Hongrie par exemple.

La France se croit au-dessus de ces pays de par sa puissance en matière d’économie, mais son football n’a rien fait pour prouver sa supériorité. Le football français se contente depuis les années 50 d’histoires sans lendemain, d’épopées que l’on raconte de génération en génération. Il y a eu le Stade de Reims et ses deux finales en 1956 et 1959, la finale de Sainté en 1976, de Bastia en 1978, une demi-finale de Coupe des Champions pour Bordeaux en 1985 et de Coupe des Coupes en 1987. Des histoires sans lendemain. Mais suffisante pour écrire la légende du foot français, on raconte les matchs de Reims face au Real, les poteaux carrés pour Sainté, le SC Bastia de Claude Papi et on est content. Et au palmarès, on écrit quoi ? Rien. Jusqu’en 1993. Sous l’impulsion de Bernard Tapie, l’OM construit une équipe pour enfin dominer l’Europe. Bien avant le PSG de QSI, Tapie sort le chéquier et recrute Papin, Boli, Sauzée, Waddle, Pelé, Voller, Cantona, Deschamps, entre autres. Là où le PSG qatari ne s’occupe que de lui, Tapie sait aussi que pour dominer l’Europe, il lui faut un championnat bien plus compétitif. Il encourage alors un jeune entrepreneur lyonnais, Jean-Michel Aulas, à reprendre l’OL et incite Canal+ à racheter le PSG.

Tapie est l’homme qui se cache derrière la meilleure période du football français de clubs. L’OM domine en France et se fait une place parmi les grands en Europe. Dans le même temps, le PSG recrute Weah, Rai, Ginola et enchaine cinq demi-finales de coupe d’Europe, entre 1993 et 1997, pour deux finales (96 et 97) et un sacre. Finaliste malheureux en 1991, l’OM remporte la C1 en 1993 face à l’AC Milan de Berlusconi. Cette première coupe d’Europe remportée par un club français aurait pu servir d’exemple et donner un élan à tout le foot français, mais ce ne sera qu’une nouvelle épopée sans lendemain, l’OM étant radié des compétitions européennes dès la saison suivant son sacre, payant les déboires de Tapie, à la fois l’homme providentiel et le bourreau du foot français des années 90. Après deux titres européens en trois ans, l’OM et le PSG vont disparaître du paysage européen, l’OM est revendu en 1996 à Robert Louis-Dreyfus et le PSG changera de cap avec Charles Biétry dès 1997.

Les vainqueurs l’écrivent, les vaincus racontent l’histoire.

Dans les années 2000, Monaco réalise à son tour son épopée en allant en finale de Champions League et Marseille va en finale de coupe de l’UEFA, des nouveaux coups d’un soir pendant que l’OL d’Aulas prend le pouvoir en France et espère dominer l’Europe. En vain. Éliminé chaque année dès les quarts de finale de Champions League par l’AS Rome ou le PSV Eindhoven, loin d’êtres des cadors européens, Lyon peine à exister en Europe. L’OL arrive certes en demi-finale de LdC en 2010, mais en éliminant que le Bordeaux de Laurent Blanc en quart et en ne faisant pas le poids en demi face au Bayern Munich. Une demi-finale pour servir de fondation pour le futur cette fois ? Non, une nouvelle épopée, Lyon se faisant sortir l’année suivante par l’Apoel Nicosie. Depuis, les résultats des clubs français en coupe d’Europe se situent entre le minable et le ridicule. L’OM boucle une phase de poules de LdC avec un historique 0 pointé. Toulouse ne passe pas les barrages en 2007 face à Liverpool, Lyon est éliminé au même stade par la Real Sociedad en 2013. L’Europa League, les clubs français la snobe, comme si elle n’était pas à la hauteur du foot français. Quelle plaisanterie !

Un renouveau et une remise en question semble se faire actuellement mais, hormis le PSG qui semble s’installer pour de bon parmi les grands européens, même si les résultats ne sont pas encore au rendez-vous, qui en France a les moyens d’en faire de même, d’en finir avec ces épopées et de s’établir pour de vrai comme un grand d’Europe ? Demi-finaliste de Ligue Europa l’année passée, l’OL s’est ensuite fait éliminer dès les huitièmes par le CSKA Moscou, et ce, malgré la perceptive d’une finale dans son stade. La finale de l’OM cette année sera-t-elle le début de quelque chose ou une nouvelle épopée finalement sans autre intérêt que de nous raconter des histoires ?

Auteur : Dylan Houeix

Rédacteur Au Premier Poteau pour servir Edinson Cavani.

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