Le foot, sport collectif où l’importance des joueurs est la plus grande ?

26
février
2018

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Catégorie : Analyse tactique

de gea-seville

Souvent l’on pointe le caractère de divas de certains joueurs de foot. La folle inflation des salaires les plus élevés, les prix des transferts devenus totalement démentiels, la propension des plus grands joueurs à se placer au-dessus des institutions que représentent les clubs participent en effet pleinement de cette image dont les joueurs de foot ont du mal à se départir. Par-delà les plus grandes stars, le footballeur lambda est lui aussi assez souvent vu comme un monstre d’ego et d’individualisme n’hésitant pas à se placer d’abord dans la lumière avant de se mettre au service de l’équipe ou du club. Si cette image est largement caricaturale, elle n’en demeure pas moins adossée à une certaine réalité.

Néanmoins, cette importance égotique prise par certains joueurs n’est-elle pas le pendant naturel des caractéristiques intrinsèques du football ? Si tel ou tel joueur se complait dans une posture individualiste, n’est-ce pas avant tout parce qu’il sait qu’il peut faire basculer le match à lui tout seul ou presque ? Bien qu’étant le premier ou presque à être en admiration devant les prouesses tactiques réalisées par certains coachs – sans doute la conséquence du fait que je sois incapable de réaliser de foudroyantes différences balle au pied – je ne peux que constater que le football est sans doute l’un des sports sinon le sport collectif où la prestation des joueurs a l’incidence la plus grande sur le résultat final. Les deux matchs de Ligue des Champions de cette semaine qui ont opposé Chelsea au Barca et le FC Séville à Manchester sont venus nous le rappeler avec force.

 

Stratégie tactique versus prestation des joueurs

 

Si le football est un sport aussi magnifique à vivre, c’est à mon sens en grande partie parce que celui-ci est l’un des seuls où une équipe plus faible sur le papier peut emporter la mise à la fin du match en raison d’une ingéniosité tactique de l’entraineur ou d’un véritable dépassement de soi des joueurs sur la pelouse. De la même manière, c’est le seul sport collectif ou presque où des amateurs peuvent se retrouver en mesure de faire tomber une équipe professionnelle. S’il faut bien entendu rendre hommage au travail des entraineurs qui peuvent se révéler être de très fins tacticiens, il semblerait pourtant que dans le foot, leur importance soit moins grande que dans d’autres sports collectifs. A contrario la place des joueurs est bien plus prépondérante.

Il ne s’agit bien évidemment pas de dire que les entraineurs n’ont aucun rôle dans le football, cela serait complètement absurde, mais bien plus que leur importance est plus limitée qu’ailleurs. Au handball ou au basketball, la présence de temps morts en plein match permet effectivement aux entraineurs de s’adapter progressivement et même de préparer une phase de jeu juste avant que celle-ci ne se produise. Ainsi l’aide apportée aux joueurs – si l’on peut l’appeler ainsi – est grande. A l’inverse, dans le football, bien que l’entraineur puisse tenter de vociférer sur le bord de la pelouse pour replacer ses joueurs ou faire passer des consignes tactiques par le biais d’un remplaçant, il faut bien admettre que la responsabilité qui incombe aux joueurs est plus importante que dans d’autres sports collectifs. Outre ces considérations sur les temps morts, la présence d’un nombre très limité de remplaçants et l’impossibilité de faire entrer et sortir comme on le souhaite les joueurs participent également de cette plus grande responsabilité reposant sur les épaules des joueurs.

 

Victoire tactique sans match victorieux, les exemples de Chelsea-Barcelone et Séville-Man U

 

Le corollaire direct de cette importance très grande des joueurs dans le football est assurément le fait qu’un entraineur peut tactiquement très bien préparer un match et s’imposer dans le duel tactique qui l’oppose à l’autre entraineur sans que son équipe ne parvienne à remporter le match. Une erreur individuelle peut par exemple ruiner l’ensemble d’une stratégie savamment mise en place. Mardi soir nous avons assisté à ce phénomène lors de Chelsea-Barca. Il n’est, me semble-t-il, pas exagéré de dire qu’Antonio Conte a largement supplanté Ernesto Valverde à Stamford Bridge. Son animation tactique mouvante (passant du 5-4-1 au 5-3-2 selon les phases de jeu) et visant à bloquer les côtés tout en profitant, en contre, de la justesse technique d’Eden Hazard et de la vitesse de Willian notamment a parfaitement fonctionné. Le Barca n’a pu se procurer qu’une seule véritable occasion (la tête de Paulinho en début de match) en plus de son but, quand Chelsea a réalisé le match parfait tactiquement en parvenant à saisir la moindre opportunité pour mettre en danger Ter Stegen, principalement par l’intermédiaire de Willian. Malheureusement pour les Blues, une seule erreur individuelle très grossière de Christensen a permis au Barca d’égaliser alors qu’il n’arrivait clairement pas à déstabiliser l’animation défensive mise en place par Conte.

Inversement, il peut arriver qu’un entraineur qui se fourvoie dans ses options tactiques se retrouve sauvé par la prestation d’un ou plusieurs des joueurs de son équipe. On peut bien sûr arguer qu’un entraineur peut fonder sa tactique sur le fait que les joueurs de son équipe sont capables de le sauver mais dire cela revient précisément à dire que la tactique utilisée consiste à se reposer sur les joueurs. De la même manière, cette semaine de Ligue des Champions a illustré cette potentialité. Jadis connu pour mettre en place des stratégies tactiques implacables, José Mourinho s’est très largement raté tactiquement au stade Sanchez Pizjuan. Son animation tactique sans ailier droit ne consistait en effet qu’à défendre et envoyer des longs ballons sur Lukaku en espérant par miracle que celui-ci parvienne à dribbler 4 joueurs et marquer un but. Il fut un temps où les équipes de Mourinho savaient jouer très bas sans concéder de réelles occasions. Mercredi soir à Séville, cette certitude était loin d’être présente et sans un très grand De Gea, les Red Devils seraient repartis d’Espagne avec plusieurs buts de retard. Ces deux exemples, qui ont marqué l’actualité footballistique, ne sont bien évidemment pas exhaustifs mais ils illustrent à mon sens très bien à quel point le foot demeure le sport collectif où l’importance des joueurs est la plus grande. Ce qui justifie donc de les rudoyer quand ils font n’importe quoi ?

Auteur : Marwen Belkaïd

Qui a dit que le foot et la culture étaient antinomiques ? Mon (humble) ambition est de réunir Camus, Jaurès et Shankly et de montrer que non le foot n'est pas un monde de débiles et de brutes

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