Le foot international est-il intéressant?

02
juin
2018

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Catégorie : Editos

Bleus

Comme tous les ans, la finale de la Ligue des Champions clôture la saison européenne des clubs de la majeure partie des championnats d’Europe de l’Ouest. Comme tous les deux ans, les amoureux du ballon rond se réjouisse de pouvoir profiter d’un sevrage estival de football écourté grâce à la tenue d’une grande compétition internationale. Pourtant, certains ont du mal à se montrer enthousiastes avant le tableau finale de ces grandes compétitions, et même de manière générale pour les rencontres internationales.

Les étés des années paires sont maudits par une grande partie des amoureux de sport qui n’ont que les habituels Tour de France et Roland Garros à se mettre sous la dent pour attendre le retour du football, alors que tous les 4 ans se produit le combo tant attendu: Euro de foot et Jeux Olympiques. Une partie des fans de foot n’y trouve néanmoins pas son compte, et pour qui rien ne peut remplacer une rencontre de clubs. Bien que les deux (rencontres internationales/ matchs de club) ne s’opposent pas et soient même complémentaires au niveau du calendrier, nous permettant de pouvoir regarder des matchs presque tous les jours de l’année, la fibre patriotique s’active difficilement chez ces personnes…

Comment peut s’expliquer une telle distance vis à vis des rencontres de l’Equipe de France, du moins jusqu’à la sortie des groupes de ces compétitions, là où, débutent les rencontres à élimination directe, et monte l’adrénaline. Il y a très certainement une question de proximité et d’effet de répétition des matchs. Alors qu’un club jouera une quarantaine de matchs dans l’année, une équipe nationale n’en disputera qu’une dizaine et sera ainsi moins à même de répondre au “besoin” de foot, donnant inévitablement un avantage aux matchs de clubs sur l’aspect affectif. À cela s’ajoute le fait que, de ce constat, émane une émulation collective beaucoup plus forte autour des clubs (auxquels il est plus simple de s’identifier en somme) que des Nations. Les stades sont animés tous les week-ends par des groupes de supporters qui se font entendre et qui entretiennent cette ferveur, chose moins évidente pour les matchs de l’Equipe de France, même si il faut souligner le bon travail réalisé par les Irrésistibles depuis quelques années.

Bien plus, sur la dizaine de matchs disputés par une équipe nationale, combien ont un réel enjeu? En tant que nation majeure du football mondial, la France est généralement peu inquiétée, et la qualification est bien souvent une formalité. Au mieux, l’on se rend compte, et ce fut le cas de 2010 à 2014, avant les deux derniers matchs de poules que la qualification est mal-engagée, créant alors un intérêt particulier à un France-(Suisse, Iles Féroés, Biélorussie…) que peu avait du cocher sur leur calendrier initialement. Et lorsque les Bleus affrontent une sélection plus prestigieuse en match amical, il peut également être difficile de s’extasier devant ces rencontres dont dans les deux cas (victoire ou défaite), le principal enseignement est justement qu’il n’y en a pas, car il s’agissait d’une rencontre amicale. Notons néanmoins sur ce point la mise en place prochaine de la Ligue des Nations qui remplacera les matchs amicaux, et qui permettra peut être de redonner un peu de piment à ces rencontres.

Par ailleurs, chez beaucoup un match de l’Equipe de France réveille la fibre patriotique de laquelle émane un sentiment de fierté les incitant naturellement à s’intéresser à la rencontre, comme ils pourraient être capables par ailleurs de s’intéresser à un sport uniquement (sans aucune connotation péjorative ici) parce qu’un français y est performant, comme cela peut être le cas avec le biathlon par exemple. Ce phénomène n’est néanmoins pas évident pour tous, et les individus ne se sentant, ou ne se revendiquant, pas plus français que ça, ne voit pas dans le fait qu’une compétition sportive implique des français, une condition suffisante à assouvir leur intérêt.

Le fait que ce soit un match de football professionnel ne devrait-il pas suffire à intéresser tout fan de foot, peu importe ses sensibilités? La situation est souvent en réalité plus complexe que cela. D’une manière générale , et même si le débat est tout à fait ouvert sur la question, il semblerait quand même que se soient les rencontres entre clubs qui nous offrent les confrontations les plus relevées. Les contres exemples sont certainement nombreux, mais si le charme des matchs internationaux tient au fait que ce n’est pas toujours le meilleur qui gagne, la contrepartie est que les grandes compétitions sont parfois un peu fade d’un point de vue du contenu des matchs, l’Euro 2016 en étant un bon exemple. Les grosses affiches entre club opposent, grossièrement, les équipes ayant les joueurs parmi les meilleurs à leur poste, alors que cela n’est pas nécessairement le cas pour les rencontres entre nations.

Le football international est toutefois loin d’être le parent pauvre du football. Tout d’abord, elles ont généralement, en tous cas pour les plus importantes, la capacité de se faire intéresser à un match des personnes ne suivant pas du tout les résultats le reste de l’année. C’est un lieu commun de dire que le football rassemble, mais cette faculté est en réalité exacerbée lorsqu’il s’agit de l’Equipe de France. Là où le reste de l’année les supporters de football de l’hexagone sont divisés en 20 “clans” qui s’opposent, tous sont réunis dans le même objectif dès qu’il est question des hommes de Didier Deschamps. Cela a parfaitement été illustré avec le parcours de l’OM en C3 cette saison, qui a été source de tension et de débat stérile, alors qu’il s’agissait d’une des belles pages de l’histoire du football français. Les moments d’ivresse collective de 2016, 2006, 2000 ou 1998 trouvent par ailleurs peu d’écho, en France, dans l’histoire des clubs.

Comme dit précédemment, l’opposition entre rencontres internationales et matchs entre clubs n’a pas réellement de sens. Les premières citées ont néanmoins ce paradoxe de se faire plus rares, et de à la fois présenter peu d’intérêt de manière générale, tout en pouvant constituer les rencontres ayant la capacité de rassemblement la plus forte, et de s’inscrire de manière plus prégnante dans les mémoires collectives. Alors si aviez prévu de suivre de loin les matchs de poule de la France, dites vous qu’il s’agit peut-être des premières marches vers une ivresse collective qui sera (on l’espère), encore plus savoureuse pour ceux qui l’auront vécu depuis le début.

Auteur : Raphaël G.

Enfant du Chaudron, c'est avant tout la ferveur du peuple vert qui m'a rendu fou de foot. Pour un football populaire et le respect des libertés des Ultras. (A gagné le 100ème derby).

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