Le foot business est-il (à moitié) populaire?

12
janvier
2018

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Catégorie : Editos

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Cela fait bien longtemps que le football professionnel a pris un virage terrifiant le menant sur la route de la marchandisation à outrance, de l’aseptisation et du règne commercial, dont personne ne sait véritablement où elle se termine. Souvent mal-aimé, si ce n’est rejeté, des puristes du ballon rond, le « foot-pro » demeure pourtant toujours le sport populaire par excellence en France, comme en témoigne sa présence prégnante dans la culture populaire, et cela ne semble pas prêt de s’arrêter.

Cela fait partie des nombreux paradoxes du football : ses plus fervents supporters, dont l’auteur de ses lignes qui ne s’exclut pas du présent propos, n’ont de cesse de pointer les méfaits du foot-business, de s’indigner devant les montants des transferts et des salaires pratiqués, ou encore de pester contre ces joueurs refusant de s’entraîner pour exprimer leur désir de transfert. Les mêmes personnes ne peuvent cependant que clamer haut et fort leur admiration du Manchester City de Guardiola pourtant construit à grand coups (coûts !) de millions, et ne demandent qu’à vibrer, même si certaines l’admettent difficilement, devant des exploits européens du PSG ou de l’AS Monaco, eux aussi symboles de ce football moderne dont on ne sait plus très bien si l’on doit l’aimer ou le haïr.

Il n’est réellement question ici de revenir sur les sensations et l’engouement que peuvent générer un match de football, sujet maintes fois traité et qui de toutes manières mériterait un article à part entière. Mais plutôt de constater (et de se réjouir ?), de la place que ce sport continue d’occuper dans la société française. Pourtant, et là encore la question gagnerait à être mise en débat plus largement, il semble peu contestable d’affirmer que la France n’est pas réellement un pays de foot. Que ce soit le faible taux de remplissage des stades, le traitement par les médias non-spécialisés, ou le manque d’identification des français à une équipe, les signes allant en ce sens ne manquent pas. Les plus sceptiques pourront, pour se convaincre, se rappeler de l’épisode Knysna qui a servi ensuite pendant de trop nombreux mois de prétexte à se défouler contre le monde du ballon rond dans l’hexagone. Sans pour autant extrapoler cet épisode, n’oublions enfin pas la manière dont parlait de l’Equipe de France le présentateur du JT le plus célèbre du pays en 2012.

Malgré tout cela, sans dire que ce constat est plus vrai aujourd’hui qu’hier, ce football gangréné par l’argent et joué par des voyous n’a jamais cessé d’être présent dans le culture populaire. Pour certains artistes, comme Mickey 3D il y’a plusieurs années, ou DJ Pone plus récemment avec son « MFC », c’est la nostalgie du football d’antan ou la préférence pour un sport plus populaire qui sont mis en valeur. Plus largement, et notamment dans le rap qui est aujourd’hui le style de musique le plus écouté en France, ce sont les références au football d’aujourd’hui et à ses stars qui sont légions, dont le site rap genius en recense d’ailleurs bon nombre. Aucun autre sport ne peut tenir la comparaison, et cela même en tenant compte de l’ensemble des créations artistiques, qu’elles traitent d’un sport d’aujourd’hui ou de ses valeurs regrettées d’hier. Si la question de la sur-exposition médiatique rentre bien évidemment en compte, cela ne peut-il pas en outre du degré de pénétration important du football dans la culture française ? En 2017, une pièce de théâtre (Stadium), et une exposition dans un grand musée national (le Mucem), lui ont été consacrées.

En laissant de côté les productions artistiques où le football est appréhendé par le prisme de la nostalgie ou de la revendication d’un « autre » football, que nous apprennent l’omniprésence de ce dernier dans la musique la plus écoutée dans le pays, et le paradoxal attachement des plus puristes à l’aspect professionnel de ce sport, comme évoqué dans le premier paragraphe ? Tout d’abord, que sans être un véritable pays de football, ce dernier est bel et bien un sport populaire en France, dans la mesure où il ne peut s’empêcher d’infuser la culture populaire malgré les critiques qui peuvent être formulées à son encontre.

Sans pour autant défendre un système et un modèle qui sont dans l’ensemble bien plus néfastes qu’ils n’aident réellement le football, force est de constater que la concentration de moyens financiers démesurés dans quelques clubs en accentuant les inégalités et en tuant le suspens et l’intérêt sportif, concoure à la montée en qualité des matchs, et donc de leur intérêt pour le public. La démonstration peut paraître rapide, mais a toutefois le mérite de souligner un autre paradoxe du football : derrière certains discours, sa marchandisation, qui semble pourtant l’éloigner toujours plus du quidam, le rend en réalité, en partie, plus populaire.

C’est là que réside la faille de ce modèle économique qui de premier abord peut laisser penser qu’il tire le football vers le haut. Il relègue les individus à un simple rôle de consommateurs : consommateurs dans les stades, et consommateurs de matchs en grande quantité pour ceux qui ne peuvent se rendre dans les enceintes. Or, le football n’a de raison d’être que si il peut se vivre, et le réduire à un objet de consommation culturelle est la garantie de le voir mourir à petit feu.

Auteur : Raphaël G.

Enfant du Chaudron, c'est avant tout la ferveur du peuple vert qui m'a rendu fou de foot. Pour un football populaire et le respect des libertés des Ultras. (A gagné le 100ème derby).

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