Le FCN et la Vieille Dame : je t’aime moi non plus

07
janvier
2017

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Catégorie : Coupes Nationales / Culture foot / Ligue 1

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En 2017, la Coupe de France célèbre sa centième édition. Voici 100 ans, depuis 1917, que les petits essaient de tendre un piège aux gros. Cette compétition a traversée les époques, a connu de nombreux présidents de la République, d’innombrables grands joueurs, et des finales mémorables. Pour le commun des mortels, la Coupe de France, c’est une multitude de petites histoires, d’épopées, comme celle de Calais et Quevilly pour l’histoire récente, ou bien la victoire historique du HAC en 1959, qui devient le premier club de seconde division à remporter la compétition.

Mais l’histoire de la Coupe de France c’est aussi une histoire politique qui suit un cérémonial bien précis comme la remise du trophée, instaurée par le président de la république Gaston Doumergue en 1927, ou encore le retentissement de la Marseillaise avant la finale. Marseillaise qui créera une énorme polémique en mai 2002, après que les supporters bastiais l’aient sifflée, ce qui provoqua l’ire du président Chirac fraîchement réélu. Ce n’est qu’après les excuses du président de la FFF de l’époque, Claude Simonet, que le match put débuter. C’est aussi ça l’histoire de la Coupe de France.

En haut du palmarès de la compétition on retrouve les clubs historiques de notre football. L’OM et le PSG se partagent la vedette avec 10 victoires chacun. L’AS Saint-Etienne et l’AS Monaco complètent le podium avec 6 victoires pour les deux équipes.

Le temps des désillusions

Pour le FCN, la Coupe de France fut longtemps une proie inaccessible. Une certaine malédiction semble toucher les jaunes au moment de soulever le précieux sésame. La première participation du club des bords de l’Erdre dans la reine des compétitions s’effectue le 17 octobre 1943 contre l’US Basse l’Indre avec à la clef une victoire 1 à 0. Difficile d’imaginer les conditions de cette rencontre en pleine guerre mondiale. Décidément une autre époque.

Malgré cette victoire inaugurale, le courant ne passe pas entre la Vieille Dame et les canaris. J’en veux pour preuve la statistique suivante : pendant vingt ans, de 1943 à 1963, le FCN se montre incapable de franchir le pallier des 1/16e de finale.

Le déclic intervient l’année suivante en 1964, les protégés de José Arribas atteignent les demi-finales de la compétition. Dès lors, l’histoire est en marche. Le club connaît ses premières années fastes en remportant le championnat en 1965 et 1966. L’équipe emmenée par son duo infernal de l’époque à savoir Bernard Blanchet et Philippe Gondet peut, pour la première fois en cette année 1966, soulever un trophée déjà cinquantenaire. Malheureusement, le FCN s’incline 1-0 en finale face au RC Strasbourg et gâche une première occasion de réaliser le doublé.

Pourtant, la Coupe de France semble se rapprocher de la cité des Ducs. En effet, la bande à Arribas atteint pour la seconde fois la finale en 1970. Le 31 mai, au stade Yves du Manoir de Colombes, le FCN subit la loi de l’ogre vert. Le score sans appel, 5-0, en atteste. Les verts de Revelli, auteur d’un doublé, récitent leur football face à des nantais dépassés. Ce résultat fleuve reste encore à ce jour, le plus gros score en finale d’une Coupe de France. Le FCN vient d’entrer, à sa façon, dans l’histoire de la compétition.

Après l’humiliation rencontrée devant Saint-Etienne, le FC Nantes ne veut pas en rester là. Les jaunes se remettent vite de cet affront, en atteignant de nouveau la finale en 1973, cette fois ci contre l’ennemi juré du club forezien, l’Olympique Lyonnais. C’est la troisième finale en 7 ans pour José Arribas, et autant dire que celle-ci, il compte bien la gagner. Hélas, la troisième tentative ne sera encore pas la bonne.

La finale a lieu dans un Parc des Princes fraîchement rénové et devant plus de 45 000 spectateurs. Le sifflet est confié à Robert Wurtz, premier grand arbitre international français. Et c’est bel et bien l’OL du redoutable Bernard Lacombe qui l’emporte, deux buts à un, malgré un but nantais de Couécou. Le football club de Nantes est maudit. Le club rate pour la deuxième fois de son histoire, le doublé coupe-championnat.

1979, année zéro pour le FCN

Après le départ de José Arribas, l’architecte du jeu à la nantaise en 1976, le FCN entre dans une nouvelle ère. Jean Vincent reprend les reines d’une maison qu’il connaît par cœur. Cela porte immédiatement ces fruits puisque le club glane son 4e titre de champion en 1977. En ce qui concerne la Coupe de France, le FCN devra attendre six longues années, et 1979 pour être de nouveau en finale.

De retour au Parc des Princes, le FCN affronte l’AJ Auxerre du déjà mythique Guy Roux. L’équipe bourguignonne est la surprise de cette compétition puisqu’elle évolue en D2. Les jaunes emmenés par leur capitaine Henri Michel sont logiquement favoris. Grâce à une bonne entame de match, le FCN prend rapidement les devants, grâce à un but d’Eric Pécout. Pourtant, il était écrit que rien ne serait facile pour les nantais. Les valeureux auxerrois poussent les canaris aux prolongations.

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Le salut viendra une nouvelle fois de l’inévitable Pécout à la 104e permettant à Nantes de reprendre l’avantage, puis le coup de grâce sera assené par Muller à la 113e. Un dernier but, anecdotique, de l’intenable Pécout, scellera la victoire nantaise. Après quatre tentatives, le Football Club de Nantes inscrit enfin son nom au palmarès de la compétition. L’anomalie est réparée. Néanmoins, lors de l’édition suivante, le FCN est platement battu par le LOSC dès les 1/16 de finale.

L’année 1983 propose une affiche de rêve en finale de la compétition. Le FC Nantes du génial Coco Suaudeau affronte le PSG et sa pléiade de stars articulée autour de Fernandez, Rocheteau et Susic. Cette finale est une des plus haletantes de l’histoire, avec un scénario fou.

Dans son antre du Parc des Princes, le PSG met tout de suite la pression sur les cages de Bertrand-Demanes. Le FC Nantes plie dès la troisième minute sur un superbe coup franc de Zaremba. Mais les jaunes ont de la ressource. Le titre de champion acquis un mois plus tôt en atteste. Dès la 17e minute, Bruno Barronchelli, au terme d’une action rondement menée, égalise pour les nantais. Le FC Nantes reprend même l’avantage juste avant la mi temps, avec un but entré dans la légende de la Coupe de France. Grâce à un enchaînement technique exceptionnel (qui rappelle celui de Pelé lors de la Coupe du Monde 1958) conclu d’une reprise de volée, José Touré permet au FC Nantes de virer en tête à la mi-temps. Ce but provoque l’extase des commentateurs de l’époque Thierry Roland et Jean-Michel Larqué.

Au retour des vestiaires, les débats sont toujours aussi équilibrés. A la 65e, Susic rappelle à toute la France quel genre de joueur il est. Avec sa conduite de balle il élimine deux défenseurs nantais avant d’adresser une frappe limpide hors de portée de Bertrand-Demanes. 2 à 2, le chaos est proche. La fin du match est cruelle pour les canaris. Toko dans les dernières minutes arrache la victoire pour le PSG, dans une finale qui aura fait l’histoire de la Coupe de France.

 

Le renouveau des années 1990

La cruelle et non moins belle défaite de 1983 marque le retour d’une période de trouble entre le FC Nantes et la Vieille Dame. Celle-ci, dans les années 1980 préfère les bras du FC Metz et des Girondins de Bordeaux, à ceux du FC Nantes. Ce n’est qu’en 1993 que les nantais, emmenés par leur emblématique trio d’attaque (Oueddec, Pedros,Loko) retrouvent le Parc des Princes. Une nouvelle fois face au PSG, pour la revanche 10 ans après.

La sentence est la même pour les jaunes. Mais la défaite est moins amère car elle ne souffre d’aucune contestation. Avec des buts de Kombouaré, Ginola et Roche, le PSG de Canal + surclasse le FC Nantes.

Le bilan est lourd pour le club de la cité des ducs à cette époque. Six finales disputées pour une seule remportée. Il faut impérativement, pour étoffer le palmarès du club que la courbe s’inverse. C’est chose faite en 1999, lors de la dernière finale du XX e siècle. Le FC Nantes affronte le CS Sedan club de seconde division au Stade de France. Devant près de 79 000 spectateurs, et après un match assez terne, les canaris s’imposent 1 à 0 grâce à un penalty litigieux de Monterrubio. Sur le plan du jeu cette victoire n’est pas très glorieuse mais qu’importe, elle permet au FCN de renouer avec la Vieille Dame, 20 ans après l’avoir embrassée pour la première fois.

L’année suivante est marquée par l’épopée fantastique des amateurs de Calais. Les pensionnaires de CFA éliminent tour à tour trois clubs de deuxième division puis le RC Strasbourg et les Girondins de Bordeaux pour accéder en finale.

Le FC Nantes lui, est passé à deux doigts de la correctionnelle en 1/8e, face à Gueugnon (victoire 5-3 au TAB), puis s’est débarrassé de l’ennemi rennais en quart et des monégasques en demie finale.

Cette finale, la 83e du nom est une occasion immense pour les canaris de remporter pour la deuxième fois d’affilée la compétition. Les hommes de Raynald Denoueix peuvent pour cela compter sur une colonne vertébrale très stable. En partant de Landreau dans le but et d’une charnière centrale aguerrie avec Gillet et Fabbri, en passant par Carrière pour enfin se terminer par Da Rocha en attaque.

Pourtant à la 34e minute, la stupeur envahit les rangs nantais. Ce sont bien les amateurs de Calais par l’intermédiaire de Jérôme Dutitre, qui ouvrent le score. L’impensable est en train de se réaliser. Ce serait une première dans l’histoire si un club amateur parvenait à s’imposer. Le stade et la France sont acquis, et on les comprend, à la cause calaisienne. Les amateurs rejoignent les vestiaires en tête à la pause. L’exploit est en marche.

Nul doute que les canaris ont du se faire secouer à la mi temps. Dès la 50e minute, Sibierski sur une action un peu confuse égalise. Dès lors on pense que les amateurs vont craquer. Il n’en est rien. Comme l’année précédente, le FC Nantes s’en sort grâce à un nouveau penalty litigieux à la 90e minute obtenu par Caveglia et transformé par Sibierski. Cruel pour Calais, savoureux pour Nantes qui remporte sa troisième coupe de France. Néanmoins les héros de cette édition aux yeux de tous sont les amateurs du Nord. En terrassant les clubs de l’élite, les sang et or ont rappelé que le football est avant tout un sport populaire.

Longtemps distante avec le FC Nantes, la Vieille Dame semble se plaire sur les bords de l’Erdre en cette fin de XX e siècle. Le club remporte sa troisième et, à ce jour, dernière Coupe de France. Les mauvaises langues (rennaises) diront que le FCN n’a remporté la compétition que contre des équipes évoluant à des échelons inférieurs, ce qui est exact. Les supporters nantais rappelleront à leurs homologues bretons une certaine finale de mai 2009 perdue par les rouges face à l’EA Guingamp…

Depuis cette date, la Vieille Dame a repris ses quartiers loin de la douceur nantaise. Elle semble s’habituer à la vie parisienne en ce début de deuxième millénaire. En tous cas elle paraît loin, très loin de la ville de Jules Verne. La Vieille Dame du football, qui fête ses 100 ans cette année, est de nouveau l’objet de toutes les convoitises pour cette édition historique de 2017. Tous les clubs de l’hexagone se précipitent une nouvelle fois pour lui faire la cour.

Le FC Nantes en fait partie. Le club connaît la recette pour attirer le Graal mais il semble l’avoir oubliée ces dernières saisons. Depuis 2000 c’est le néant ou presque. Une demie finale au Vélodrôme en 2007 et c’est tout.

Il en faudra plus aux hommes de Conceiçao pour reconquérir de nouveau le cœur de la Vieille Dame. La première étape de ce long et périlleux chemin débute ce samedi du côté de Blois…

Auteur : Fabien Albert

Supporter depuis tout petit du FCN, fan de José Mourinho et Fabien Barthez. Ancien gardien de but. Mais aussi arbitre de foot convaincu que Tony Chaperon est un bon arbitre ! Amateur d'MPG et de Julien Cazarre

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