Le Betis : apologie du pragmatisme par l’échec

11
mai
2019

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Catégorie : Europe

Betis_villareal_2018

Tout commençait pourtant si bien. Une jolie 6ème place acquise en 2018 au terme d’un sprint haletant grâce à de belles victoires comme celle lors du “Gran Derby” sevillan, un recrutement malin et enthousiasmant (Lo Celso, Canales, William Carvalho arrivé libre, prolongation de Bartra …), cette saison s’annonçait sous les meilleures hospices pour le Real Betis Balompié.

Un optimisme que l’on peut difficilement refréner après le début de saison des Verdiblancos.  Aux victoires de prestige contre le FC Séville, le Barça, l’AC Milan ou encore l’Olympiakos, s’ajoutent un jeu léché, un collectif bien huilé, et des révélations franchement emballantes. Lo Celso, Canales et Carvalho, principales recrues du mercato betico, enchantent la Liga et attirent l’attention de la plupart des observateurs, et l’équipe de Quique Setién, en plus de produire du beau jeu, obtient des résultats plus qu’encourageants.

Le technicien natif de Santander, fraîchement débarqué de Las Palmas, met en place sa philosophie, faite de densité au milieu, et de pressing tout terrain. Reposant sur trois axiaux à la fois solides et capables de relancer proprement – on pense surtout à M.Bartra et A.Mandi – la formation andalouse s’appuie aussi et surtout sur des milieux manieurs de ballon comme Canales, Lo Celso, Carvalho ou encore Guardado. Cette belle et jeune équipe, est encadrée par quelques joueurs d’expérience, dont l’emblématique Joaquin est le symbole.

Le ballon circule, le Betis affiche des taux de possession dont le Barça lui-même n’aurait pas honte, mais déjà, quelque chose manque, et les résultats ne tardent pas à flancher …

Revenu de son prêt en Chine, le buteur maison Ruben Castro n’est pas conservé, ni remplacé au terme de la saison dernière. Tour à tour, des joueurs tels que Sanabria, Loren, Tello, ou encore Sergio Leon assurent donc l’intérim à la pointe de l’attaque sévillane. Le résultat est plus que mitigé puisque, 11ème attaque de Liga, le Betis se trouve à la septième position du classement à la trêve.

Une trêve lors de laquelle les beticos enregistrent le départ de leur seul numéro 9 “de métier”, Sanabria, qui ne laissera pas une trace impérissable sur les bords du Guadalquivir. Pour le remplacer, les dirigeants du Betis multiplient les pistes les plus improbables, s’approchant entre autres d’un Kostas Mitroglou en perdition du côté de la Canebière. Mais ils jetteront finalement leur dévolu sur la future ex star du Real et du PSG (mais aussi du reggaeton), Jesé. Une arrivée qui est censée panser les plaies d’un Betis emballant, mais inefficace.

Malheureusement, l’influence de l’ancien parisien peine à satisfaire les exigences des dirigeants, et les déceptions se multiplient vitesse grand V. A l’élimination prématurée en 16ème de finale d’Europa Ligue par l’héroïque Stade Rennais, s’ajoutent des contre performances en championnat qui se font de plus en plus nombreuses.

Distancée de la lutte pour la Ligue des Champions, l’équipe entraînée par Quique Setién, est devenue une équipe de milieux de terrain, mais aussi, par la force des choses, de milieu de tableau. Incapables de tuer les matchs, manquant de réalisme dans les deux surfaces, les verdiblancos sont désormais analysés comme le cliché péjorativo-parodique du Tiki Taka, stérile au possible. Au moment de s’interroger sur les raisons d’une telle désillusion, un élément, au delà de ce manque de réalisme et d’efficacité, crève les yeux.

 

Marc_Bartra

 

Cet élément réside dans le choix de l’entraîneur. Rappelons que Quique Setién arrive en Andalousie après avoir accompagné gentiment Las Palmas à l’étage inférieur, tout en proposant … du jeu ! Petit flashback. Nous sommes au début de la saison 2017-2018, Las Palmas démarre la saison en boulet de canon, occupant les premières places du classement et s’offrant le scalp de plusieurs belles écuries. Mais vite, les insulaires rentrent dans le rang, la faute à une attaque en berne, malgré un jeu fluide et une possession de balle élevée. Un attaquant espagnol dont le nom commence par “Je” et finit par “Sé” rejoint l’équipe, qui sombre finalement en fin de saison et connaît la relégation.

Cela ne vous rappelle rien ? Voir une histoire semblable (bien que la situation soit bien moins critique cette saison) se reproduire avec le Real Betis est donc si étonnant ?

Au coeur du Villamarin, antre des andalous, les supporters fatiguent, au point d’éprouver un rejet total du beau jeu jusque là pratiqué, sifflant lorsque une talonnade est réalisée au milieu de terrain. Du pragmatisme, c’est désormais ce que veulent les supporters, des victoires, et surtout des points, pour une équipe qui est à l’heure actuelle 13ème de Liga avec notamment 8 défaites sur les 10 derniers matchs.

Cette saison bien morose, qui avait si bien démarré,  laissera sûrement des traces. Absence de coupe d’Europe, probable remerciement de l’entraîneur, impact sur le moral et donc l’implication des supporters, les raisons de s’inquiéter sont réelles.

Pourtant, plusieurs motifs d’espoir peuvent être mis en avant. Le Betis va en effet conserver Lo Celso, pour lequel ils ont levé l’option d’achat émise par le PSG, et il en sera probablement de même pour la plupart des joueurs clés de cette équipe là. Si l’intersaison promet d’être capitale, un recrutement ciblé et malin, peut suffire au bonheur des supporters beticos, dont la vision sur le débat récurrent entre le résultat et la manière doit avoir bien changé ces derniers mois.

 

Crédit photo :

  • Photo d’en-tête : Real Betis-Villarreal Club de Fútbol saison 2017/18; prise le 4.02.2018 par Anual sous licence creative commons

  • Photo : Marc Bartra pendant un match; prise le 30.09.2018 par Gabriel Corbacho sous licence creative commons

Auteur : Baptiste Lauro-Lillo

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