Le Ballon d’Or ou la consécration de l’individu

14
octobre
2017

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Catégorie : Récompenses

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Chaque année, et plus précisément chaque fin d’année, les actualités et les débats autour du Ballon d’Or font florès. Si les exaspérations autour de la cérémonie annuelle ne datent pas d’hier, rien ne semble pour autant aller dans le sens d’une remise en cause sérieuse du Ballon d’Or.

L’obsession de la classification

En ce début octobre, les premières nominations sont tombées à la suite de la publication des 30 premiers noms ayant le plaisir de concourir pour le sacro-saint Ballon d’Or. Et comme toujours, les réactions entourant cette prestigieuse liste n’ont pas manqué de tomber dans le dithyrambe autant que dans la critique négative. S’il appartient à chacun de se faire un avis sur un joueur, il est évident que nul ne peut placer Iniesta devant ou derrière Modric, Ramos devant ou derrière Godin, Oblak devant ou derrière De Gea, tant leurs niveaux apparaissent semblables nonobstant des qualités et des défauts qui les caractérisent. Bien que certains se fassent une joie de s’offusquer devant une telle pensée, il est fort aisé de comprendre que si l’on sonde un échantillon d’une centaine de supporters et d’amateurs de football, aucun d’entre eux ne donnera un classement similaire. Et si leurs choix pourront sembler contestable, ils seront déterminés et circonstanciés par des opinions fondées et des choix assumés.

Dès lors, il paraît bien délicat d’ériger une liste, et à fortiori un classement, de joueurs qui serait incontestable et incontesté. Loin d’être anecdotique, cette obsession du classement et de la classification relève d’un fonctionnement institutionnel banalisé dans bon nombre de pays, et particulièrement en France. Souvent latent, cette obsession prend tout son sens si l’on s’intéresse de plus près à la manière dont sont traités les élèves durant leur scolarité mais aussi lorsque l’on se plonge dans les délicieuses recettes du management « efficace et pragmatique », loué par les caciques du gouvernement censé nous représenter.

La fable de l’objectivité

En outre, si l’on creuse un peu plus cette question du classement et de toute la dimension subjective, voire arbitraire qu’il dégage, cela nous permet de nous interroger quant à la prétendue objectivité desdits classements. Si le Ballon d’Or n’a pas l’apanage de la classification arbitraire et stupide, il n’en reste pas moins le visage le plus hideux mais aussi le plus visible dans le monde du football. En reprenant l’étymologie du terme « objectivité », il semble plus évident de cerner toute l’incohérence de ce mot. En effet le terme « objectivité » décrit « l’existence des objets en dehors de nous ». Dès lors, tout ce qui émane d’une conscience humaine est par essence subjectif dans le sens qu’il provient du sujet c’est-à-dire de l’être humain et donc de ses opinions. Ainsi, nul besoin de se targuer de détenir la vérité lorsque l’on comprend que celle-ci est potentiellement malléable pour chaque individu présent sur cette planète.

Si le nombre de buts inscrits au cours d’une saison importe pour beaucoup, d’autres préféreront s’intéresser aux passes décisives ou aux interceptions réussies tandis que d’autres encore se pencheront sur des critères bien plus flous, pour lesquels aucun outil ne sera nécessaire à leur mesure tant il appartient à chacun de les définir. Qui pourra donc se faire juge d’un contrôle réussi, d’une conduite de balle limpide, d’une grinta inépuisable ? Quel curseur définit la limite entre le geste juste et l’arabesque futile ? Quel chiffre constate le déplacement judicieux et l’appel opportun ?

A ces diverses questions, la réponse semble être la même : Personne. Et c’est ce « personne », aussi frustrant puisse-t-il paraître qui contribue à la beauté du football, faisant de lui un sport à part, où la beauté n’est pas chiffrée mais admirée, où l’effort n’est pas comptabilisé mais gratifié, où le jeu n’est pas individualisé mais collectivisé. C’est pour toutes ces raisons particulières que nous aimons tant ce sport que le Ballon d’Or travestit en un classement froid et glaçant, couronnant la primauté des chiffres sur les sentiments et d’un individu sur un collectif.

Auteur : Evan Risch

Marseillais d'adoption, amoureux de Bielsa et du QI foot de Valère Germain

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