Latéral en perdition

20
juillet
2017

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Catégorie : Edito

Lahm

Le joueur défensif latéral a toujours été un élément essentiel dans l’évolution tactique du football. Aujourd’hui trop souvent réduit au rôle de piston, il est un atout majeur pour apporter un déséquilibre aussi bien offensif que défensif. Avec la retraite de Philipp Lahm la famille des latéraux a perdu un joueur qui a su donner une autre envergure à ce poste. Un exemple, une référence à son poste. Pourtant le football moderne ne semble pas vouloir emprunter le profil du capitaine munichois pour animer ses couloirs.

Avec ses allers-retours incessant, le latéral possède une dimension physique que les joueurs dépourvu de talent ont l’habitude d’occuper. A force de séance de travail à haute intensité et d’une bonne dose de volonté, n’importe quel joueur peut finalement avoir le bagage suffisant pour satisfaire le poste de latéral. Un physique que le joueur met au service du duel que ce soit sur phase défensive ou offensive, sa capacité à surpasser son adversaire direct semblant devoir être sa principal qualité. Quitte à sacrifier son QI football, le latéral se concentre à être le bon soldat dont les responsabilités sont forcément sous estimées puisqu’il ne peut pas être considéré comme le dernier rempart protégeant son but au détriment du défenseur central. Il n’est également pas celui qui sera attendu comme le providentiel buteur qui sauverait son équipe lors d’une fin de match angoissante. Et pourtant, le jeu étant naturellement attiré par l’axe du terrain puisque c’est le passage le plus rapide afin d’accéder au but adverse, le latéral se révèle comme une arme de poids afin de trouver les espaces libres sur les couloirs. Alors vient le moment fatal où le physique ne va plus être un facteur déterminant pour définir la capacité du joueur à tenir son rôle de latéral : le centre décisif. A ras de terre, en retrait, tendu, premier poteau, point de penalty … les possibilités sont multiples. Le temps devient l’ennemi numéro un du latéral, trouver le timing parfait et la précision suffisante pour servir le partenaire de la meilleure des façons. Le joueur de foot qui sommeil en lui se révèle. Le physique laisse place à la qualité technique tantôt approximative, parfois jouissive, elle est le véritable révélateur du niveau d’un latéral.

Aujourd’hui je fais le constat que la formation des latéraux ne semble pas être une priorité pour les académies qui continuent de sortir des joueurs stéréotypés. Puissance et rapidité sont les maîtres mots. On peut bien sûr penser à des latéraux de très grandes qualités qui font le bonheur de quelques grosses écuries européennes mais le poste reste très peu garni dès lors qu’on s’aventure à regarder les effectifs des clubs ne participant pas à la Ligue des Champions. Tous les footballeurs ne sont pas talentueux pourtant il est bien réel qu’un joueur peut s’améliorer aussi bien sur le plan tactique que physique alors pourquoi les latéraux sont le plus souvent cantonnés à une dimension physique ? Voici une réponse qui me semble plausible. D’une part rare sont les entraîneurs aujourd’hui à considérer les latéraux comme des joueurs faisant partie intégrante du jeu de l’équipe. Le latéral souvent coincé dans son couloir ne peut pas forcément participer au jeu de l’équipe de façon active et dès lors qu’un joueur ne semble pas utile à l’équipe son influence en pâtit, ainsi il semble moins important de lui prêter de l’attention. D’autre part le côté mercantile des latéraux dont la côte glamour est sans doute la plus basse du marché. En effet le latéral ne se marchande pas dans les mêmes sphères qu’un attaquant ou qu’un défenseur central. Force est de constater que cela n’incite donc pas les clubs à investir sur une formation plus pointue en ce qui concerne le poste de latéral.

Avec des joueurs de plus en plus polyvalent, le latéral de formation vit peut être ses dernières heures tel le numéro dix dont on nous fait croire l’extinction comme pour imprégner un peu plus son mythe dans la sphère footballistique. Une chose est certaine, on regrette déjà Philipp Lahm.

Auteur : Leo Dellier

La passion a débuté au stade Léon Bollée, elle demeure intacte aujourd'hui.

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